AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 chris-fantôme ∴ haut les cœurs

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage


avatar

PSEUDO/PRÉNOM : COLD BLOODED. (coralie)
CRÉDITS : PEACH.
AVATAR : ANTON LISIN.
ÂGE : 17 ANS.
DATE D'INSCRIPTION : 13/08/2014
MESSAGES : 733

MessageSujet: chris-fantôme ∴ haut les cœurs    Ven 15 Aoû - 2:08

Imagine ta tête contre le bitume. Imagine ta tête maintenue contre le sol. Y a une main emmêlée dans tes cheveux, y a des doigts serrés dans tes nœuds. T'as la lèvre qui brûle et du gravier plein la bouche. Tu respires presque plus – imagine – ta poitrine compressée, l'air qui doucement dis-pa-raît. T'as du feu dans le ventre et tu te demandes si cette fois c'est la dernière si cette fois
c'est
la
bonne.
Mais y a rien à faire, imagine, malgré tout, tes mains écorchées relèvent ton corps et tu te portes sur tes genoux branlants. Imagine ta robe tâchée et ta voix qui râle juste dans ta tête putain pas ma robe. Imagine ton silence, tes mots qui ne se forment pas parce que tes lèvres crament ou parce que t'as jamais su les former, tes mots.
Imagine les bleus sur ton corps et le rouge hors de ton corps.
Imagine leurs voix et leurs insultes qui s'effacent doucement, imagine ta sœur t'engueuler de son souvenir intracrânien : t'avais qu'à pas les chercher Jeff, t'avais qu'à pas chercher la merde. Et imagine, malgré tout ça, malgré la douleur, le bleu, le rouge, la fatigue, imagine – ton sourire. Et sur tes lèvres qui s'étirent
le
goût
du
sang.

Elle est belle, Jeff, dans sa robe rouge tachée noire. Elle est aussi belle qu'elle manque d'équilibre, elle a des comètes sous les paupières et les doigts un peu de travers. Elle est assise, elle est bancale, elle a les jambes au bord du gouffre et le cœur dans le vide. L'espoir suspendu au dessus d'un terrain de foot, la vie assise sur un mur un peu trop haut. Elle fait peur, de loin, les cheveux blonds tachés d'un peu de son sang flottant au gré du vent. Elle a la colère douce au fond de la bouche, elle a le palpitant qui se calme tout, tout, tout doucement. On pourrait croire qu'elle va sauter, là, se laisser tomber la tête la première sur ce terrain de foot un peu trop dur, depuis sur mur un peu trop haut.
Mais son cul est bien vissé, elle a les pieds bien accrochés au rien qui compose son quotidien.
C'est un peu de silence, un peu d'ecchymoses sur le visage et de sang sur les mains. C'est un nouvel accrochage avec ceux qui sont les autres, une nouvelle explication avec ce qui est sa vie.
C'est une petite blonde (sans un mot) assise, les pieds dans le vide, à quelques mètres du sol, qui attend que le futur vienne la voir – lui parler – la serrer – l'embrasser.

_________________

Ténèbres ☸️
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

Invité
Invité



MessageSujet: Re: chris-fantôme ∴ haut les cœurs    Ven 15 Aoû - 21:28

l'avalanche. dans son cœur. dans ses sentiments. dans sa tête. jeff. anton. jeff. jeff. jeff. déçue. dégoûtée. puis plus rien. rien du tout. néant. tristesse sur son minois. elle a été jetée. encore. mutisme. désespoir.
jeff, jamais elle ne veut d'elle. jamais.
elle l'a bien mérité.
anton. fallait pas y toucher. elle le savait, pourtant. mais c'était plus fort qu'elle. le meilleur ami. cette relation qu'elle envie. lui, là pour la muette. elle, personne n'est là pour la tatouée. la laissée pour compte.
mais si.
millie.
heureusement qu'elle est là. parce qu'elle a déjà le cœur qui dérive. l'esprit embrumé par la cigarette. par du shit. elle regrette.
non.
non.
c'est faux.
elle se souvient avec un sourire d'égarée de sa réaction. enfin, les yeux de l'innocente se sont illuminés à sa vue.
oui, c'était de la colère.
mais la colère c'est mieux que rien. c'est mieux que le silence.
elle a rien dit. rien du tout. juste cogné.
ça l'a fait saigné. et elle a aimé. elle doit être masochiste, chris. parce que tout ce à quoi elle pense, c'est de recommencer.
pas pour être avec le beau salaud. juste pour qu'enfin, elle la voit.
j'existe.
c'est ce qu'elle murmure. ce qu'elle lui a simplement dit, la voix plate, lorsqu'elle la ruait de coups.

et là, elle se perd. dans les gradins, dans le stade de palo alto. ses pieds nus foulent l'herbe. son short trop court menace de montrer au monde sa petite culotte colorée de fleurs arc-en-ciel.
chris-débauchée.
chris-enfummée.
chris-salope.
quinze ans sur sa tête. quinze ans d'indifférence. mais aujourd'hui, c'est fini.
elle saurait pas dire comment elle a su. mais elle la voit, jeff, les pieds dans le vide.
et un sourire se dessine sur ses lippes.
jeff.
grande sœur. tout. rien. elle est tout et elle... elle c'est son rien.
petite sœur, ça veut rien dire. c'est juste bon à copier les aînés.
mais la plus vieille, elle s'est barrée. plus que jeff et chris. plus que la muette et la trop-bavarde. la hipster qui se la raconte, juste pour être regardée.

la tatouée rejoint la blonde-poupée, sans sentir le froid qui mord sa chair. elle a peur de souffrir encore, chris. d'accuser encore ses poings.
mais elle a peur surtout de n'obtenir rien. aucune réaction. juste un regard plat. pas de mots, pas d'étincelles. pas de flammes pour venir la consumer.

- jeff.

elle claironne, arrivée à la hauteur de la patronne.
sa main vient effleurer celle de l'autre : hésitante, palpitante, et enfin plus durement.

- ça va ?

elle ose demander, la catin. elle sait ce qu'elle a fait. jeff sait aussi. mais chris, elle ne supporte plus son visage impassible. dénué d'émotions.

- tu sais...

elle commence. mais elle ne sait pas quoi dire. y'a rien à dire.

- je voulais pas. te blesser.

elle chuchote à peine, mais ses mots sont avalés par le vent. engloutis. c'était le cas, mais aujourd'hui, elle recommencerait sans hésiter. elle a envie de la toucher, de lui susurrer combien elle l'aime.
mais elle le fera jamais.
elles sont pas comme ça.
préfèrent les actes à la parole : les poings à la parole surtout.
mais chris, c'est pas son genre de cogner. elle use les poings des mots. les poings des actes répréhensibles.

- je veux juste... tu sais. exister.

à tes yeux. dans ta vie. elle aimerait ajouter. mais elle se tait.
les yeux dans le vague, elle laisse ses longues jambes se balancer. jeff pourrait la tuer. elle le sait. suffirait de la pousser.
mais elle ose croire que sa sœur l'aime encore. un peu.
si elle l'a jamais aimé.


Dernière édition par Chris Carewall le Dim 24 Aoû - 20:44, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas


avatar

PSEUDO/PRÉNOM : COLD BLOODED. (coralie)
CRÉDITS : PEACH.
AVATAR : ANTON LISIN.
ÂGE : 17 ANS.
DATE D'INSCRIPTION : 13/08/2014
MESSAGES : 733

MessageSujet: Re: chris-fantôme ∴ haut les cœurs    Dim 17 Aoû - 0:24

Elle n'entend rien, plus rien d'autre que le battement régulier du monstre caché dans sa poitrine. Sa machinerie infernale ne s'arrêtera jamais, vole, le sang, cours, la vie. Toujours, toujours – son silence n'existera que quand, d'épuisement
de vide
de silence
elle mourra.
Mais elle ne meurt pas, pas aujourd'hui, pas maintenant, même si ses lèvres carmin au goût métallique pourraient lui faire penser le contraire. Même si son arcade pleure un liquide trop chaud, même si ses genoux tremblent encore légèrement leur dernière chute.
Elle n'entend plus rien, plus rien d'autre que la vie. Pas même un froissement de présence.
Elle ne voit rien. L'horizon. Le soleil doux et sombre d'un début de soirée, à peine. Elle le devine, le sourit presque – ce soleil qu'elle connaît si bien, celui qu'elle préfère à tous. Elle ne voit rien. Quand bien même cela bouge, quand bien même cela parle. Elle ne perçoit rien.
Rien.
Rien.
Rien.
Alors pars.
Mais le rien ne bouge pas. Mais le rien reste lourd sur son corps, appuyé sur ses épaules fragiles, pesant sur sa frêle poitrine. Suivant les notes du vent, il se fait encore plus envahissant. Comme si l'air qu'elle respirait l'intoxiquait. Jeff-poison.
Le rien fait frémir sa main blessée. Elle aimerait jurer, elle aimerait hurler, mais – très vite – l'utilité d'un tel geste ne lui semble plus exister. La blonde fuit, elle enlève au rien cette main pour la cacher sous ses autres doigts. Et le sang – et le sang, étalé.
Comme le rien ne semble décidé à la quitter, elle s'en va, sans bouger. Son esprit disparaît. Elle fixe les traces vermeilles sur sa peau, plus belles que n'importe quel Picasso. Elle tire dessus du bout de ses doigts pour – le sang – un peu plus l'éparpiller. La douleur est moindre, le plus dur, c'est le rien qui l'accable, c'est le rien qui semble vouloir lui grimper dessus.
Alors, elle sort de sa poche un paquet de clopes – de celui-ci sort un briquet – de celui-ci sort une flamme, et de la flamme, éternellement, sort l'air – la vie.
Les poumons se remplissent et la blonde se tourne vers le rien, pour le colorier, pour lui souffler à la gueule sa vie empoisonnée, ses tripes de Jeff-toxique. Doucement, sans le regarder, sans le voir, elle lui souffle la fumée. Elle le comble.
Pars, pars, ne reviens pas.
Ses yeux se referment rapidement et elle refait face au vide pour ne pas risquer de voir le rien, pour ne pas risquer d'en faire quelque chose avant qu'il ne disparaisse. Avant de ne le faire exister.
Et puis, dans une lenteur tragique – propre à la presque-muette, sa main vient se poser sur sa lèvre blessée. Elle y trouve l'entaille, y enlève un peu de gravier resté collé, et la dessine du bout des doigts. Des doigts sang, des doigts imprimés pourpres sur sa tige d'air-poison.
Le calme est revenu, délicieux.
Après ses doigts viennent ses dents.
L'écho du vent répète dans sa tête vouloir-te-blesser.
(silence)
(silence)
Et les dents s'enfoncent dans la chair vermeille, dans la chair merveille.
te-blesser répète le vent.
exister répète le rien.
Et le sang,
triste,
chaud –
et le sang,
préféré,
soleil –
coule, coule, doucereusement.

_________________

Ténèbres ☸️
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

Invité
Invité



MessageSujet: Re: chris-fantôme ∴ haut les cœurs    Dim 17 Aoû - 9:33

impuissante.
débordante.
et enfin, elle le voit : le vermeil. l'écarlate. c'est comme un coup de batte sur sa mâchoire, sur sa tête, qui l'éclate.
jeff est blessée. jeff est écorchée. chris est alarmée. elle voudrait la toucher... mais si sa main se lève, elle retombe aussi sec.
comme le coeur de jeff, comme ses prunelles : sec. tout.
chris ravale sa peine d'être ainsi ignorée. elle voit bien, la jeff-muette, la jeff-toxique, la jeff-vas-t'en, qui regarde au loin.
se préoccupe de tout, mais surtout pas du rien.

elle réfléchit pas, chris.
attrape le bâton toxique, le jette dans la fosse alors même que la fumée éclate à peine. qu'elle s'empresse d'inspirer pour que les douces volutes la pénètrent.
elle sent déjà les dents de jeff qui crissent.

- je sais que tu parleras pas. je... mérite pas. mais t'as pas le droit de fumer, de t'intoxiquer.

c'est l'hôpital qui se fout de la charité.
chris, si dépendante de ces tubes-maladie, de cette fumée âcre qui lui brûle l’œsophage.
la tatouée, elle sort un mouchoir de sa poche.
et tout doucement, elle l'approche.
elle frotte tout doucement la lèvre, les mains de sa petite poupée. de sa grande sœur atrophiée.
elle risque sa vie. parce que tout le monde sait que la muette est prompte à la détruire. à lui faire payer ses envies. à lui couper l'envie de rire.
mais elle supporte pas, la cadette, de voir son sang couler. de voir ce rouge qui tranche tellement avec la pâleur de sa peau.

- comment t'as fait pour te blesser ?

elle demande, sans plus oser la toucher. chris, y'a qu'avec la famille, la carewall, qu'elle se tait.
qu'elle arrive, le silence, à l'apprécier.
parce qu'elle sait. que même si elle ne cessait de parler, jeff, jamais ne lui répondrait. que pour jeff, jamais elle n'existerait.
ça fait des années qu'elle essaie.

son cœur tambourine, son cœur extermine. l'amour. la haine. le dégoût. son besoin d'approbation.
elle mérite le silence. mérite l'indifférence.
jeff-constellation.
chris-néant. bien fait.
elle se victimise pas, le bébé. tout ce qu'elle fait, c'est d'accepter.

- parles-moi, jeff.

elle supplie. n'ose plus la regarder. elle sait que ça ne sert à rien : jeff ne parle jamais. à elle, à tout le monde. elle ne parle qu'avec les yeux, avec son corps.
qu'elle a frêle. qu'elle a déchiqueté. broyé.

- je pensais pas... que tu l'aimais autant. qu'il était aussi important.

elle chuchote. quelle sotte. surtout qu'elle ment : elle savait tout. elle voyait dans l'azur de jeff-lumière à quel point anton était tout.
le premier.
le dernier.
mais elle a osé y poser les mains. l'étreindre.
parce qu'il s'est pas gêné. mais lui, c'est pas grave... c'est pas la famille.
chris, elle supporterait difficilement que jeff touche à son ange. à son meilleur ami. alors pourquoi elle l'a fait, elle ?
parce que, elle, c'est différent ?
non.
non.
elle a sauté sur l'occasion.
perdre sa virginité, son insouciante, son corps de bébé.

mais la vérité, c'est qu'aux yeux de jeff, le bébé n'a jamais existé.
ça a été la seule fois où elle l'a regardée.
où ses prunelles se sont attardées, sans chercher à voir au dessus, à travers, plus loin.

- cognes-moi, si ça peut t'aider.

elle souffle. mais elle sait, elle est persuadée que la poupée ne fera rien.
ce serait donner à chris trop de crédibilité.
lui faire croire qu'elle compte.
et ça, ce serait mentir. parce que si jeff est le monde, chris reste le rien.
elle rit jaune, la tatouée. parce qu'elle se souvient avec amertume du comportement de l'entre-deux avec l'aînée. la vraie, celle qui s'est barrée.
elle était tout. jeff suivait tous ses conseils. aurait presque pu lui parler.
mais chris, c'est pas l'aînée.
chris, c'est peut-être la raison qui fait que les parents se sont cassés.
comme son cœur.
qui se brise, là, maintenant.
de ne plus voir les couleurs. de ne rien pouvoir faire pour que la situation cesse.
et chris, finalement, reprend pied.
le cerveau n'est plus consumé.
juste rationnel.
elles ont arrêté de battre, les ailes.
et ça fait mal.
comme se prendre le bitume dans la face.
blessée, l'animal.
plus rien, et surtout plus d'audace.


Dernière édition par Chris Carewall le Dim 24 Aoû - 20:44, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas


avatar

PSEUDO/PRÉNOM : COLD BLOODED. (coralie)
CRÉDITS : PEACH.
AVATAR : ANTON LISIN.
ÂGE : 17 ANS.
DATE D'INSCRIPTION : 13/08/2014
MESSAGES : 733

MessageSujet: Re: chris-fantôme ∴ haut les cœurs    Mer 20 Aoû - 21:46

Elle aimerait ne pas sentir le vent, elle aimerait ne pas ressentir le rien. Elle aimerait faire taire sa tête en brûlant – brûle brûle – sa douce cigarette. Sa cigarette volante, comète empoisonnée qui fonce sur le sol du terrain de foot. Alors Jeff sourit presque en admirant ce bâtonnet de mort – cette mort – qui meurt des mètres plus bas. Ce bâtonnet de mort qu'on lui retire, que la vie ne veut pas lui laisser. Sale vie qui danse en elle, sale vie qui coule d'elle par sa peau blessée, par son enveloppe charnelle tendrement lésée.
Puis la violence se fait, dégueulasse, quand on lui enlève – après la mort – les blessures. Elle ne veut personne pour panser ses plaies, elle ne veut personne pour anesthésier ses peines. C'est sa vie, là, par le sang, qu'elle exprime. C'est sa vie, là, de son corps, qui s'exprime.
Jeff, le regard planté droit devant elle, se retient de vomir. Elle a le rien coincé dans la gorge, elle a le dégoût au bord des yeux et trop de nausées au bord des lèvres. Elle lui retire ses mains – pitié, pitié, qu'il n'ose pas la toucher. Pitié, pitié, qu'il arrête de parler.
Mais rien à faire, le vent continue sa course musicale. Il emplit ses oreilles, son crâne, son esprit. Il fait fermer ses yeux et serrer ses poings. Sent-il sa colère ?
Sent-il avec quelle force la blonde s'efforce de le ravaler ? De ranger sa haine, de la garder pour plus tard, pour d'autres. Parce que non, décidément, il ne vaut
pas
la
peine.
Pas-la-peine.
Elle glisse entre ses doigts une autre clope et la rallume. Espoir-poison s'infiltrant dans ses poumons. Et, avec lui, la colère s'efface. Le rien ne mérite pas ça. Le rien doit disparaître.
Il ne doit pas lui faire penser à Anton, ne pas la faire pleurer de nouveau, il ne doit pas être entendu. Elle ne doit pas le faire exister.
De son corps souffrant s'extirpe une fumée grisâtre qu'elle observe attentivement. Elle ne doit pas laisser le goût de trahison revenir dans sa bouche, bonbon amer glissé sous sa langue par un rien un peu trop insistant. Un rien sur lequel elle soupire le souffle de sa cigarette, passant sans peine son regard à travers.
Elle a les yeux pleins de vide et l'âme malade depuis quinze ans. Elle a sous les paupières un monde plein de rage et d'un amour qu'elle s'applique, à chaque clin d’œil, à ravaler. Elle a, entre les lèvres, un monstre qui brise chacun de ses mots.
Et la main du Diable qui tient son cœur l’oppresse aussi bien qu'il l'enlace, amant parfait, amant brûlant. Son silence est doux – doux –  dans son corps. Il est maladie, il est affection, depuis une vie déjà.
Une vie déjà.
Et puis c'est trop tard. Et puis Anton et le rien emplissent entièrement sa tête. Et puis ses yeux sont déjà levés vers le ciel pour retenir des maux salés jamais parlés.
Alors, Jeff baisse le visage pour laisser au Diable une voie de sortie. Et, tout doucement, comme le souffle d'une mer enfouie loin – loin – dedans, sa voix s'élève dans un chant-murmure. Et, tout doucement, son cœur-silence fredonne une mélodie sans paroles, une mélodie pour elle. Pour faire taire, par pitié, le rien dans sa tête.

_________________

Ténèbres ☸️
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

Invité
Invité



MessageSujet: Re: chris-fantôme ∴ haut les cœurs    Dim 24 Aoû - 20:42

elle voit tout, chris. toujours, les dents de jeff qui crissent, à son contact, à son toucher.
parce que la muette est blessée, mais qu'elle ne veut surtout personne pour la panser.
égoïste petite chose, chris s'insuffle dans sa vie. la force à accepter son envie. son désir, qui ne finira jamais par aboutir.
parce que jeff-violente refuse la chris-impatiente.
parce que jeff-sacagé n'a jamais pu apprécier cette soeur qui lui a tout volé : c'est clair, n'est-ce pas ? la tatouée est née. et ensuite, les parents se sont barrés.
elle sait tout ça. elles savent toutes les deux. ensemble, et pourtant séparées par un tout petit rien. par le rien.

ça sera jamais suffisant, chris. tu peux rien faire. qu'une petite voix lui murmure, dans un coin de la caboche. dans le coin le plus moche. le plus vil, le plus destructeur.
le coin où les catins attendent patiemment le client. le coin où il n'y a rien de bien.
où les catins représentent les idées désabusées qui guettent la petite faiblesse, celle qui fera chavirer chris-bonheur en chris-malheur.
et jeff, qui sert les dents. se retient de cracher sa haine à la cadette. la petite sotte, qui devrait arrêter de lui prendre la tête.
quand elle retire ses mains, c'est tout comme si elle s'était brûlée. icendiée.
comme si la cigarette précédement coincée entre ses doigts fins s'était échappée, calcinant la chair à son passage.
chris-horreur ravale sa fureur.
ravale ses mots hargneux, parce qu'elle sait qu'elles ne sont plus que deux. que l'aînée s'est barrée et qu'elle ne reviendra pas.

au fond, les deux blondes sont deux faces d'une même pièce.
même réactions,
même cheveux blonds,
même rébellion.
sauf que jeff-harpie préfère cacher le venin qui se cache partout dans son corps, et un peu plus au creux de ses reins. qui remonte, pour tout enflammer.
pour tenter, la briseuse de vie, de la semer.
chris-fantôme.
chris-hématome.
elle voit bien, la plus jeune, que son aînée n'en a rien à carrer. qu'elle rallume une clope comme s'il ne s'était rien passé. mais elle ne relève pas : ça ne ferait que l'agacer.

elle ne sait plus quoi faire, l'hirondelle. il n'y a plus personne qui pourrait la caractériser de belle.
ses cheveux sont emmêlés, comme ses sentiments dans une coupelle de ciment, et ses prunelles complètement déchiquetées par les drogues ingérées.
faut bien ça pour continuer d'e x i s t e r.
alors même que ses pensées dérivent, jeff la ramène sur la rive. avec sa voix qui s'élève, tout doucement, portée par le vent. murmure, chuchotis, toujours est-il qu'elle est là.
pas de mots. juste des sons avalés par l'air, par l'atmosphère.
et qui, malgré elle, font danser des perles d'eau dans les prunelles couleur de ciel.

- c'est...

elle commence. mais ne finit pas. ça risquerait de tout gâcher.
la vérité, c'est que c'est la première fois que chris l'entend chanter. que chris peut bénéficier d'un son sortant des lèvres entrouvertes de l'écorchée.
et ça lui donne envie de pleurer.
parce qu'elle e x i s t e.
un peu.
à cause de ses méfaits qui, chaque jour, tentent un peu plus de la tuer.
parce qu'elle regrette.
que sa nuit passée avec le connard, ça la fait suffoquer.
qu'elle reste coincée en travers de sa gorge délicate, en menaçant d'exploser. de déchiqueter les chairs, de les abîmer pour ensuite les manger.
parce que même si elle a mérité l'attention de jeff, voir ainsi le désespoir dans ses yeux noirs - sous l'éclairage blâfard - c'est pire que tout. pire que la mort. pire que les remords.

chris, elle sait tout. pour l'argent que jeff laisse sur la table.
pour le téléphone qu'elle ne raccroche parfois pas, laissant ainsi l'occasion à bébé-poison de parler à l'aînée-lâcheté.
que le prix de son existence aux yeux de jeff n'a fait que s'égratigner.
et surtout...
chris, elle sait pas où elle en est.
si anton était une erreur. si elle l'aimait.
si elle l'aime toujours, au fond d'elle.
si elle l'a jamais aimé.
mais elle se souvient avec quelle dureté il l'a jetée.
sans un mot de regret, juste la prise de conscience que chris n'était pas sa poupée.
Revenir en haut Aller en bas


avatar

PSEUDO/PRÉNOM : COLD BLOODED. (coralie)
CRÉDITS : PEACH.
AVATAR : ANTON LISIN.
ÂGE : 17 ANS.
DATE D'INSCRIPTION : 13/08/2014
MESSAGES : 733

MessageSujet: Re: chris-fantôme ∴ haut les cœurs    Jeu 4 Sep - 15:58

La vie se chante entre ses lèvres, douce comme le souvenir de la peau d'une grande sœur disparue. Elle était tendre comme maman, ferme comme papa, infiniment plus juste que la vie. Elle était l'équilibre et depuis c'est le tic-tac dans le cœur de Jeff, c'est le tic-tac quand elle marche et que son cœur cogne un peu trop dur contre ses côtes.
Y a plus qu'Anton pour la serrer dans ses bras,
y a plus qu'Anton pour embrasser ses yeux-fatigue et ses yeux-colère,
y a plus qu'Anton pour hausser la voix et faire se lever son cœur.
Y a plus qu'Anton quand il choisit pas d'embrasser un fantôme à l'odeur de miel,
une presque-blonde qui reste dans la gorge et qui piétine la poitrine depuis des années, invisible aux rétines d'une Jeff égarée.
Y a plus qu'Anton quand il ne décide pas qu'il y ait plus personne.
Les lèvres font mal et le sang sèche, la peau ouverte est douloureuse quand elle bouge mais la voix s'échappe quand même. Elle chante la vie pour la rendre un peu plus douce, au moins autant que l'air gris qu'elle inspire – expire à la saveur nicotine.
Elle chante pour y croire assez, à cette histoire qu'elle se raconte, celle où elle est l'abandonnée, celle où elle n'a rien à voir avec l'abandon.
Elle chante pour ne pas voir qu'elle a matière à haïr mais aussi à s'excuser,
à s'en vouloir,
à se détester.
Elle chante l'air de sa cigarette pour se rappeler qu'elle est seule et qu'elle est douce, qu'on l'a laissée et qu'elle a aimé, qu'on l'a trahie alors qu'elle n'avait rien fait. Elle chante pour briller Jeff-innocence,
la petite sœur,
la laissée pour compte.
Elle chante pour rendre la vie plus douce et faire taire le rien – la
(absence)
(absence)
(absence)
culpabilité.
Le mot est amer dans la gorge, cendres dans la bouche, écrasé par le mégot d'une clope qui vient mourir à quelques millimètres de la peau d'une blonde-fantôme.
Et Jeff, dans son si bruyant silence, se lève – et Jeff, dans sa si doucereuse existence, disparaît.


_________________

Ténèbres ☸️
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: chris-fantôme ∴ haut les cœurs    

Revenir en haut Aller en bas
 

chris-fantôme ∴ haut les cœurs

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Coffre arrière basculant avec haut-parleurs sur Viano
» haut-rhin recherche famille pr projet maison jumelée paille
» le chantier de marie et norbert dans le haut-jura
» [Lampes fantômes] Lampes Light Guards de Manfred Kielnhofer
» Apchon, haut et clair

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PALO ALTO :: HORS JEU :: RP-