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 D'AMOUREUX ENLACÉS.

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PSEUDO/PRÉNOM : endort-fine (élodie)
CRÉDITS : marie pêche
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MessageSujet: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Mer 22 Oct - 13:42



- Allez, les uns derrière les autres jusqu’à la bibliothèque.
Ils me saoulent avec leurs conneries.
Y aura pas d’orage, y aura pas d’explosion nucléaire, y aura pas de tornade, y aura pas d’incendie, y aura pas de fusillade, y aura pas d’inondations, y aura rien, la catastrophe mondiale elle est déjà arrivée, c’était y a deux semaines, mon téléphone a sonné, c’était Silas, j’ai dit « salut husband » avec des cœurs dans la voix, il m’a répondu avec des coups de couteau, voilà. Ça commence avec Silas et ça finit sans lui. Catastrophe mondiale.
Silas.
Si lasse.
J’en ai mal au cœur de penser son prénom.
- Asseyez-vous par terre côte à côte, portables éteints pour éviter les ondes, exercice terminé dans une heure et demie !
Ta gueule.
Ils me font chier avec leurs conneries d’exercices de confinement.
Silas est assis à trois personnes de moi, trois petits corps chauds qui ne peuvent même pas imaginer le merdier dans lequel je me débats depuis quinze jours, l’espèce de trou noir qui m’aspire, m’aspire, celui-là même dans lequel sont tombées toutes nos étoiles difficilement entretenues mais bel et bien entretenues, polies et tout. Putain de métaphore pour dire que Silas a tout foutu en l’air avec deux mots et un c-apostrophe : c’est fini.
Pourquoi ?
Est-ce que c’est parce que j’ai pas porté ma bague de fiançailles au lycée ?
Est-ce que c’est parce que l’autre jour je lui ai dit qu’il était moche ?
(Mais c’était pour rire)
Ça fait deux semaines, deux semaines que quand je me lève le matin j’ai encore du mal à me dire que c’est vrai, que Silas et moi ça n’arrivera plus jamais, même pas derrière les gradins du terrain de foot, même pas dans ma chambre, ça n’arrivera plus jamais non plus les câlins pendant les matches à la télé, parce qu’il en peut plus, c’est ça qu’il a dit, il peut plus attendre et il peut plus continuer. Ni amour ni amitié. Que du néant. Ça fait deux semaines qu’il me parle plus, qu’il me regarde plus, qu’il me touche plus, qu’il me sourit plus, qu’il m’aime plus. Ça fait deux semaines que je suis vivant mais que ça sert plus à grand-chose.
J’ai mal même quand je marche.
Je suis sûr que ça se voit que je boite du cœur.
Triste moi(s) d’octobre.
Je regarde ses mains, parce qu’elles au moins elles peuvent pas fuir mon regard. Je penses à ses mains et moi. Ses mains sur moi. Ses mains sur mon torse, ses mains autour de ma taille, ses mains dans les miennes. Ses mains là où je peux pas les voir aussi, mais seulement les deviner, seulement les ressentir : ses mains sur mes joues, ses mains dans mes cheveux, ses mains dans mon dos, ses mains derrière ma nuque, ses mains partout sur moi comme des ma-gi-ciennes.
Cette nuit j’ai rêvé qu’il était là avec ses mains mais aussi avec ses cheveux cosmiques et ses yeux pas croyables. Il me souriait, il murmurait pleins de poèmes à la suite, je me suis réveillé en criant sans faire de bruit, la respiration à mille kilomètres à l’heure comme après l’amour, mais en moins beau, en moins bien, j’avais mal au cœur, comme si on m’avait planté un clou dedans, c’est pas pour rire, c’est pas une image, c’était pour de vrai. Je pouvais plus respirer. Quinze jours et quinze nuits sans lui. J’en perds mon oxygène. Cette salope de douleur me prend de partout, ce matin j’étais sur un passage piéton et y a une voiture qui a pas voulu me laisser passer, j’ai cru que j’allais me mettre à pleurer. Mais je pleure pas. J’ai pas pleuré. Je pleurerai pas.
Y a rien à pleurer.
Et rien à crier non plus.
Rien à faire.
Je me demande si les autres ils ont remarqué. Qu’on se parle plus qu’on se sourit plus (…). Ils savaient pas qu’on s’aimait (s’aime) (encore les conjugaisons qui foutent tout en l’air), ils avaient pas le droit, mais ils savaient que si Silas tombait j’étais le premier à courir pour l’aider à se relever, que si je me mettais à pleurer y avait que lui pour savoir comment arrêter les larmes. Je me demande s’ils se posent des questions. Pourquoi. Comment. Qu’est-ce qui s’est passé. Qu’est-ce qui s’est cassé. Mais si ça se trouve tout le monde s’en fout. Si ça se trouve même Silas s’en fout. Il joue avec la manche de son pull, ça se voit qu’il s’en fout. Silas il a l’air loin, loin, alors qu’il me suffirait de pousser les trois autres pour pouvoir tomber dans ses bras, ou au moins toucher sa main. Il a l’air loin.
On dirait plus lui.
On dirait plus nous.
Il me manque ça me fait comme une grosse boule bien lourde dans le ventre. Mon ventre que j’avais l’impression qu’il se mettait à voler quand je le regardais. Bah voilà. Mon ventre en a eu marre d’être un oiseau et maintenant c’est devenu une bombe à retardement. Pesante, et prête à exploser. Il me manque, comme si j’étais un alcoolique et que j’essayais de me désintoxiquer, il me manque, ça me manque de rentrer chez moi le soir, de vérifier que mes parents sont pas là, de l’emmener dans ma chambre et de lui enlever son pull, de l’allonger sur mon lit et de me coucher sur lui, la tête sur son torse à deux centimètres de son cœur pour être sûr qu’il continue de battre (pour moi tant qu’à faire).
Je le regarde sans aucune discrétion.
Je le regarde et je trouve pas de solution.
J’ai pensé à m’excuser mais il voudrait même pas m’écouter alors ça sert à rien. J’ai pensé à lui casser la gueule mais ça servirait à rien non plus. J’ai pensé à pleins de choses mais je l’ai déjà demandé en faux-mariage quand on a eu notre rencard, je vois pas ce que je peux faire de plus. Si, j’ai aussi pensé à me mettre debout sur une table dans la cafétéria et crier à tout le monde que je suis pédé, pédé avec Silas Pollock, que je l’aime jusqu’à la planète Pluton qui est quand même la plus éloignée de la Terre. C’est ça qu’il veut ? C’est ça qu’tu veux ?
- Victor ?
Vous devriez le voir ce garçon. Il est minuscule.
- On peut échanger de place steuplait ?
Entre deux rayons de bibliothèque c’est pas pratique, mais Victor je vous dis il est minuscule, je pourrais me promener en le tenant dans ma main, mais non, faut que j’arrête de tomber amoureux de garçons qui ressemblent d’un peu trop près à des étoiles. Victor prend ma place et je prends la sienne juste à côté de Silas, et puis je m’assois en tailleur comme ça nos genoux se touchent.
- T’as coupé tes cheveux ?
Je m’entends même pas parler tellement mon cœur bat fort

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Mer 22 Oct - 16:43

J’ai beaucoup réfléchi.
J’ai beaucoup réfléchi jusqu’aux maux de tête qu’on doit soigner à coups de Doliprane effervescent dans un grand verre d’eau. J’ai beaucoup réfléchi, j’ai hésité à la façon de le faire. Est-ce que je dois lui écrire une lettre ? Non, j’aurai trop l’écriture qui tremble, et je saurai pas m’étaler comme d’habitude. Est-ce que je laisse un mot dans son casier ? Non. Il serait venu chez moi me réveiller la nuit comme ce que j’ai fait pour lui. Je veux pas être un lâche, je veux pas être encore plus à chier que maintenant, je veux pas. Alors une fois j’étais dehors, dans mon jardin (personne à la maison). J’avais déjà fumé trois cigarettes que j’ai écrasé dans le cendrier à la moitié. Et puis les doigts qui tremblent comme des malades, j’ai appelé.
Sa voix elle a dit
- Salut husband
Et je me suis vu raccrocher et m’effondrer sur ma chaise de jardin en plastique. Mais j’a juste répondu salut et puis il faut que je te dise quelque chose. Quelque chose d’important. Je me suis contrôlé pour que ma voix tienne la route, pour qu’elle tremble le moins possible, pour pas qu’elle se casse la gueule en sanglots en plein milieu de ma phrase. Je m’en suis plutôt bien sorti. J’ai parlé en fermant très fort les yeux. J’ai dis bon écoute-moi bien Coma, on peut pas continuer, et là je rigole pas. Je peux plus t’attendre. Je peux plus.
J’ai raccroché.
Et j’ai allumé une quatrième cigarette.
J’ai eu envie de rire de pleurer et d’écrire sale con au cutter sur mon poignet. C’est que j’ai espéré tellement fort. J’ai espéré tellement fort qu’il fasse quelque chose, qu’il réagisse. Qu’inconsciemment il me prenne la main au lycée et dans la rue. Comme un geste naturel, parce qu’il en a envie, parce qu’il en a besoin.
Mais moi je suis fatigué. Fa-ti-gué.
Fatigué de lui dire ça va aller tout ira bien tu vas voir je suis patient je peux t’attendre. Je suis surtout trop bête trop amoureux. J’ai trop d’espoir dans la tête dans le cœur dans le corps. Mais ça me fait tenir debout, ça a toujours marché cette technique de l’espoir.
Deux semaines.
Quinze jours et quand j’ouvre les yeux il fait toujours nuit. Quand j’ouvre les yeux il fait toujours froid. Je me réveille en pleine nuit et je me dis : je donnerais tout pour avoir ses deux grands bras enroulés autour de mon corps comme une écharpe. Parfois je déverrouille mon téléphone, je veux lui téléphoner, entendre son répondeur, sa voix qui dit « Salut c’est Coma, je ne suis pas là mais laissez-moi un message et je vous répondrai dès que possible ». Mais mon téléphone est à l’autre bout de ma chambre, loin de moi. Je me sens loin de lui.
Sa lettre d’amour je l’ai pas jetée. Elle est cachée dans mes placards, au milieu des chaussettes et des caleçons. Noyée dans la masse.
Je me réveille en pleine nuit et je regrette. Parce que mon plan, il a pas marché. Coma il est pas revenu, Coma il est pas tombé dans mes bras pour m’embrasser de nouveau et me dire : je vais faire des efforts. À la récré je suis tout seul ou alors je vais voir Debbie et Sol. Elles me posent pas de question. Je crois qu’elles sont un peu au courant.
Il me manque.
Et c’est horrible. Je crois que j’ai presque oublié le parfum dans son cou, la forme de son ventre et de ses cuisses. Je l’ai pas vu sourire depuis quinze jours. C’est que je le regarde pas. Quand il est de dos j’ose poser mes yeux sur lui mais je sens les larmes monter, monter, monter.
Je suis en train de perdre les deux personnes les plus importantes pour moi : mon meilleur ami et mon Grand Amour.
On est assis dans la même pièce. Je regarde mes pieds et je triture les manches de mon pull en attendant que la journée se passe pour que je puisse aller dormir. Je crois que j’ai les symptômes. Vous savez, ceux de la d é p r e s s i o n. Toujours la fatigue mais pas de sommeil. L’envie de rien. L’envie d’être aimé mais sans devoir aller vers les autres. Jamais faim, jamais soif. Je veux juste
fermer les yeux (et oublier comment les rouvrir).
Mais non. Tout les matins mon réveil sonne et je pense à la lettre de Coma dans mes chaussettes et caleçon, sa lettre qui démontre par A+B à quel point il m’aime, à quel point toutes les belles choses du cœur et du corps. Et moi je voudrais lui dire : je t’aime toujours, je t’aime aussi. Allez viens, embrasse moi, c’était pour rigoler mon coup de téléphone.
Tu parles.
Deux semaines.
Je sens qu’il me regarde. Moi je ne le regarde pas, mais je le vois. Dans le coin de mon œil, sa tête blonde dépasse. Ses yeux sont sûrement plus sombres que d’habitude. Regarde le sol Silas. Regarde-le ce putain de sol.
(je regarde le sol)
Et puis le temps passe un peu.
Quelques secondes/minutes/heures je ne sais plus. Tout est distordu. Tout est fade.
Où sont tes bras ta bouche tes dents ta langue où sont tes jambes tes yeux tes mains où est passée ta voix ton cœur ton âme. Ah oui, c’est vrai.
Je les ai jetés.
J’ai dis c’est fini. Terminé. Comme quand on termine un jeu-vidéo ou un livre. Ça fout le cœur en vrac et des nœuds dans le bide.
Il est assis à côté de moi. Je me ronge les ongles dans l’attente. Je sens le rocher de son genou sur le mien. J’ai envie de le repousser de dire arrête ne rend pas les choses compliquées. Essaie de m’aimer moins, tu m’aimes déjà mal de toute façon.
Oh non.
J’ai honte de penser ça j’ai tellement honte je suis désolé Coma. Désolé désolé désolé. Est-ce qu’on peut effacer mes mots vilains et recommencer depuis le début, dire bonjour moi c’est Silas et toi c’est quoi ton prénom tu veux bien devenir mon ami
puis tomber amoureux de moi
puis m’embrasser derrière un arbre
puis me faire l’amour
puis
- T’as coupé tes cheveux ?
Je le regarde. Ça dure une fraction de seconde parce que mon cœur chavire et ma gorge se noue. Il y a des cernes sous ses yeux tempétueux (c’est de ma faute). Je voudrais les gommer avec mes pouces, l’aider à s’endormir.
Je touche un peu mes cheveux.
- Oui, je sais que tu préférais longs. Mais… mais je voyais plus rien.
Putain d’aveugle.
- Est-ce que- est-ce que tu vas bien ?
Oh l’abruti. Est-ce qu’il a l’air d’aller bien est-ce que j’ai l’air d’aller bien est-ce que la terre tourne est-ce que les étoiles brillent encore non je crois qu’elle se sont toutes éteintes elles se sont suicidées pendant mon coup de téléphone furieux elles se sont dit
à quoi bon
Les yeux sur le sol encore. Je le fuis, je veux pas le regarder. Je veux pas regarder ses yeux parce qu’après je vais regarder son nez ses oreilles sont front son menton je vais faire le tour de son visage jusqu’à tomber sur ses lèvres. D’abord avec les yeux puis avec ma bouche. Je vous jure il me manque tellement que je pourrais l’embrasser là, devant tout le monde, à côté de Victor qui a sûrement pas envie de voir des pots cassés recoller leurs morceaux.
Mais
Ça fait du bien d’entendre sa voix.  Même si elle est toute cassée et toute fatiguée. Brisée.

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Mer 22 Oct - 19:30

Maintenant je regarde ses genoux. J’ai envie juste de poser ma main dessus. Comme quand j’avais ma main sur sa cuisse au cinéma. Pas une main qui voulait dire t’es à moi mais plutôt l’inverse. Je suis à toi. Et je suis là, aussi. C’était pour ça, la main. Pour dire je suis là regarde. Je suis pas parti. Je m’en vais pas. Mais je crois qu’il s’en fout que je sois là ou que je sois de l’autre côté de la terre, là où les gens marchent la tête en bas. Et puis moi aussi je m’en fous de lui montrer que je suis là, je veux juste toucher un bout de lui. Son genou, il touche trop le mien, et il est à un mouvement de moi. Un pivotement. Un souffle. De toute façon, il veut pas, même pas le genou. Le genou, je trouve ça vachement romantique et lui aussi je le sais. Et aussi, moi, je serais pas capable de le toucher, son genou, avec tous les autres autour.
Mais il me manque.
Ça me creuse le ventre.
Alors mon genou, je le prends, et je le range contre moi, avec l’autre. Je me fais un barrage. Y a mon cœur qui bat contre ma cuisse et c’est très bien comme ça, là il est à l’abri de tout ce qu’il pourrait se prendre dans la gueule. Et il en a marre. Il en a marre que je me conduise n’importe comment. Faut que je m’en occupe un peu mieux. Mais maintenant c’est nos bras qui se marchent dessus, du haut de l’épaule au coude. Ça s’arrête jamais.
Ses cheveux.
Putain.
Il passe sa main dedans. Toute petite masse étoilée.
Fais pas ça.
Fais pas ça.
- Oui, je sais que tu préférais longs. Mais… mais je voyais plus rien.
J’ai envie de rire, de lui dire t’es con, je t’aime le crâne rasé et les cheveux sirène.
Mais euh … Comment dire … J’ai un peu du mal à rire, en ce moment.
Ça coince quelque part.
Pour pas dire partout.
- Est-ce que- est-ce que tu vas bien ?
Est-ce que je vais bien ?
Est-ce que je vais BIEN ?
Je sais même pas si je vais tout court.
- Comment j’vais ? Bah écoute, à merveille, c’est fantastique. J’me suis jamais senti aussi bien. Justement tout à l’heure en marchant j’ai levé la tête au ciel et j’me suis dit « dis donc il est terriblement bleu l’ciel aujourd’hui, c’est beau, la vie est chouette décidément ! » La vie est chouette, ouais. J’dors plus la nuit et j’suis crevé le jour, j’mange pas, j’suis tout seul du matin au soir, personne à qui parler, t’façon je saurais même pas quoi dire. Génial, quoi. Et puis lundi j’vois qu’t’as presque rasé ta tête ! Et j’me dis mais c’est super ça, il s’en fout en fait ! Il s’en fout. Voilà. Comme tu vois, ça pourrait pas aller mieux.
Mais regarde-moi mais regarde-moi quand j’te parle.
- Y a quand même un truc. Tu vois moi quand quelqu’un me dit « ça va aller, j’attendrai » j’me dis que ça va aller, enfin j’essaie, alors forcément, quand j’entends la même personne me dire l’inverse, j’me pose des questions. À part ça, tout roule, j’te promets.
Je me tais.
Je suis ridicule putain.
Mais au moins il va comprendre que ça va pas, non. Sans que j’aie besoin de le dire pour empirer les choses. Comprendre que j’ai jamais été aussi mal dans ma vie. Comprendre aussi, peut-être, s’il a bien lu les petits caractères, que quand je marche j’ai tout le temps l’impression de me prendre des murs, que des murs. Ce matin j’ai même crié dans la rue « putain mais regarde où tu vas ! » Je me parlais. J’ai pas réussi à me calmer. Y a que lui pour me calmer, même quand le problème, c’est lui. Même quand le problème, c’est lui qui me dit « c’est fini ».
Peut-être qu’il a déjà retrouvé un garçon.
Lui, il aime tous les garçons, c’est pas comme moi.
Peut-être que c’est pour ça qu’il veut même pas me regarder.
Il est con.
Parce que personne l’aimera comme moi je l’aime, même si je fais pas toujours les choses comme il voudrait. Même si je suis un peu naze. Je sais au moins l’aimer comme personne d’autre.
- Excuse-moi, chuis ridicule, là. En plus tout le monde va …
Entendre.
Mais ta gueule, c’est justement parce que t’as peur des autres qu’il veut plus de vous.
Alors moi aussi j’arrête de le regarder. Je retombe sur ses mains. Je retombe amoureux putain. Les filles aiment les mains des garçons parce qu’il y a les veines en relief, parce qu’ils ont des muscles même jusque dans les doigts. Silas c’est pas comme ça et c’est une des trente milliards de choses du pourquoi je l’aime. Ses doigts, on dirait des doigts de fée, on dirait dix baguettes magiques. On sent bien qu’avec ses doigts il peut faire des merveilles, moi j’aime bien les prendre dans mes mains et jouer avec.
Je sors notre ruban de fiançailles de ma poche, je le regarde sans comprendre. Je sais même plus ce que ça veut dire. Je le range, c’est mieux comme ça.
Mais …
Euh …
Comment on passe de « OUI » à ça ?
Quelqu’un m’explique ?
Je sais même plus comment ça s’est terminé, cette soirée. (Pas celle du mariage. L’autre. Celle où on était « ensembles » pour la dernière fois.) Je me souviens très très bien de sa voix et de ses mots, je me rappelle que s’il avait pas raccroché aussi vite, j’aurais eu de quoi le retenir. Je l’aurais gardé. Mais il a récité son dernier poème à mon intention et quand j’ai voulu parler y avait déjà plus personne pour m’écouter. Maintenant, c’est trop tard, ça fait trop longtemps qu’il a raccroché, deux semaines. Deux semaines que mon cœur pend dans le vide et que, ben, je sais pas trop quoi en faire. Je ferais mieux de le donner, de l’arracher de moi une bonne fois pour toute (oui, ça fait mal, à pendouiller comme ça, ça tire). Y en a qui en ont plus besoin que moi. Mon cœur, sans Silas, il a pas de raison de vivre.
Je crois que …
Je sais pas si j’ai pleuré. Je sais pas si j’ai crié. Je sais pas si j’ai explosé. Je sais pas si j’ai dormi. Je sais pas si j’ai tourné en rond toute la nuit. Je sais pas si j’ai essayé de le rappeler ou si j’ai dégommé mon téléphone. Je préfère pas savoir. J’ai un espèce de trou noir à la place de cette soirée, comme si j’y avais plongé avec nos étoiles marraines. Comme si j’avais consenti à me noyer dedans. C’est pas si mal. Un espèce de système de protection. Comme un antivirus.
- Toi, ça va ?
Je veux dire, la vie en général.
Moi, il s’en fout.

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Mer 22 Oct - 20:20

Je prends de grandes inspirations. C’est que j’essaie de ne pas m’étouffer. J’essaie de ne pas mourir parce que je sais que cette fois il n’y aura plus personne pour me ramasser. Coma il doit en avoir marre. Il doit se dire : à quoi ça sert. Et c’est pour ça qu’il est jamais revenu, c’est pour ça qu’il ma pas pris dans ses bras depuis deux semaines, c’est pour ça qu’on se regarde même plus. C’est à cause de moi. Peut-être qu’il voudra jamais plus tendre les bras ni même la main ni même un doigt.
Il doit être déçu.
Il doit se dire mais j’étais prêt, j’étais prêt, moi. Regarde, je t’ai même demandé en faux-mariage, passé le lacet autour de ton doigt et toi tu me rappelles pour me dire que c’est fini ??? Quel sale type je fais, quand même. Quel idiot. Comment je gâche tout, comme je détruis tout…
Je crois que j’ai tout cassé avec mes mots.
J’ai gâché tout ce qu’on a construit, geste après geste, avec nos mains maladroites, nos sourires pas très rassurés… Est-ce que je pourrais l’embrasser une dernière fois ? Comme un baiser d’adieu. Ou même toucher sa joue, oser le regarder dans les yeux sans m’effondrer à l’intérieur.
J’ai le cœur comme un onze septembre.
- Comment j’vais ? Bah écoute, à merveille, c’est fantastique. J’me suis jamais senti aussi bien. Justement tout à l’heure en marchant j’ai levé la tête au ciel et j’me suis dit « dis donc il est terriblement bleu l’ciel aujourd’hui, c’est beau, la vie est chouette décidément ! » La vie est chouette, ouais. J’dors plus la nuit et j’suis crevé le jour, j’mange pas, j’suis tout seul du matin au soir, personne à qui parler, t’façon je saurais même pas quoi dire. Génial, quoi. Et puis lundi j’vois qu’t’as presque rasé ta tête ! Et j’me dis mais c’est super ça, il s’en fout en fait ! Il s’en fout. Voilà. Comme tu vois, ça pourrait pas aller mieux.
Regarde le sol Silas
Putain regarde le sol.
Je suis en train de m’attaquer à la peau de mes doigts, j’essaie de ronger suffisamment pour pouvoir saigner un peu et penser à autre chose qu’à la douleur dans ma tête dans mon ventre dans mon cœur. Je me sens vide. Et triste. Je crois que si je me jetais du centième étage du plus haut building ça me ferait pareil, l’adrénaline en moins. Et puis
j’ai tellement envie de le prendre par la main
de serrer tout doucement ses doigts et dire
tu me manques, reviens
Je suis tellement désolé. Je suis tellement désolé. J’aimerais le regarder dans les yeux pour qu’il voit qu’ils se sont transformés en un océan salé, que c’est trempé à l’intérieur et que mes paupières font désespérément barrage. Je suis à deux doigts d’ouvrir les vannes, de me laisser aller.
Je veux hurler.
Je veux hurler très fort jusqu’à chasser tout l’air dans mes poumons. Hurler jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’oxygène dans mes organes et dans mon sang, et peut-être mourir dans les secondes qui suivent. Peut-être que si j’ai mal et que je suis au bord du vide Coma reviendra me prendre par la main, peut-être qu’il tiendra ma tête entre ses deux paumes pâles et qu’il dira
j’ai besoin de toi
- Y a quand même un truc. Tu vois moi quand quelqu’un me dit « ça va aller, j’attendrai » j’me dis que ça va aller, enfin j’essaie, alors forcément, quand j’entends la même personne me dire l’inverse, j’me pose des questions. À part ça, tout roule, j’te promets.
MAIS ARRÊTE
Arrête ça. Arrête d’enfoncer des clous et des clous dans mon cœur. Il est déjà assez transpercé, il saigne assez comme ça. JE SAIS. Je sais que j’ai merdé, que je me suis jeté dedans tout seul, que j’ai tout gâché, tout détruit. Que j’ai achevé les morceaux d’amour qu’il y avait entre nous, que je les ai jetés au vent comme on jette des cendres à la mer.
Ça y’est. La peau de mon majeur s’est ouverte sous la pression de mes dents.
Je dis rien.
Je m’écrase.
Je le laisse parler.
Et je m’en veux tellement. Je mérite d’avoir mon doigt qui saigne.
- Excuse-moi, chuis ridicule, là. En plus tout le monde va …
Entendre ? Voilà. Voilà, c’est pour ça que j’ai téléphoné. C’est pour ça que je lui ai dit que j’en pouvais plus de l’attendre, que c’était trop long. C’est bien pour ça. J’en peux plus. J’en peux plus de me cacher derrière les arbres et dans les draps. J’ai besoin de faire les gestes de la nuit dans le jour. Sans que le cœur de Coma batte si fort que tout le monde l’entend.
- Toi, ça va ?
Qu’est-ce que je dis ? Je dis la vérité ou je mens, je dis la vérité ou je fais comme si le soleil brille, comme si les étoiles étaient pas mortes, comme si je dormais bien la nuit, comme si
- Non.
Oh, Silas, tu vas faire pleurer tout le monde.
- Non. C’est que moi non plus j’dors pas tellement la nuit et que moi non plus je mange plus vraiment. J’oublie même d’ouvrir le matin pour laisser le soleil entrer dans la chambre parce que le soleil n’existe plus. Tu sais ça fait deux semaines qu’ils sont fermés et que ça pue la tristesse, là-dedans. Et puis moi aussi j’en ai marre d’être tout seul et
Je me tais.
Mes yeux se lèvent et je le regarde un peu. Pour imprimer son visage dans mon cerveau.
J’appuie mon doigt contre mon tee-shirt. Maman le lavera, c’est pas grave.
Je crois que j’ai parlé un peu trop fort parce qu’il y a des murmures à côté de nous et j’ai l’impression qu’on nous regarde. J’ai honte parce que je ne veux pas que Coma soit mal à l’aise et je veux pas qu’on voit ma tristesse comme la couverture d’un livre.
J’ai les mains qui tremblent.
C’est le seul endroit de mon corps qui est secoué de sanglots.
- Je suis-
Désolé ?
Triste ?
Dis Coma tu veux bien me pardonner ?
- J’suis désolé je- je sais plus quoi te dire.
(mots avoués à demi-voix dans le silence de la bibliothèque, au milieu de tout le monde)
Je sais pas quoi te dire pour que tu reviennes pour que ce soit toi qui me dise t’inquiètes pas Silas ça va aller tout ira bien je peux être
patient
moi aussi.

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Jeu 23 Oct - 8:41

- Non.
Non
Non ?
Non comme dans non ça va pas ?
??????
- Non. C’est que moi non plus j’dors pas tellement la nuit et que moi non plus je mange plus vraiment. J’oublie même d’ouvrir le matin pour laisser le soleil entrer dans la chambre parce que le soleil n’existe plus. Tu sais ça fait deux semaines qu’ils sont fermés et que ça pue la tristesse, là-dedans. Et puis moi aussi j’en ai marre d’être tout seul et
Finis tes phrases putain.
Calme-toi putain.
Je le regarde de mes yeux qui insistent, bah allez, vas-y, dis-le c’que tu penses vraiment, va jusqu’au bout des choses un peu, t’arrête pas en chemin, bon je sais c’est ce qu’on a fait mais ça veut pas dire qu’il faut faire pareil avec les phrases aussi, alors c’est tout, c’est tout ce que t’es capable de me dire et en éventrant la fin en plus, c’est tout ce que ça t’inspire comme réponse, et j’en fais quoi moi hein, qu’est-ce que j’en fais de ton non ? Je le jette contre l’étagère en face de moi.
Bon, calme-toi putain.
- Je suis-
Quoi
- J’suis désolé je- je sais plus quoi te dire.
Je fais une tête du genre qui veut dire ben ça nous avance bien tout ça. Et j’arrête de le regarder. Ça m’intéresse pas de le voir batailler avec ses mots, comme quoi il est pas plus fort que moi. Et puis en plus ça me fait mal de le regarder. Déjà parce qu’il est beaucoup beaucoup trop beau (il a pas le droit, si ? enfin faudrait faire une loi ou un truc comme ça : séparer les étoiles des êtres humains pour que ces derniers soient pas trop subjugués par leur beauté, et les empêcher de tomber amoureux entre eux aussi, on voit bien ce que ça donne, des étincelles, mais celles qui piquent à en faire mal). Et aussi parce que ses cheveux là, je m’en remets pas, j’ai l’impression qu’il a changé mais un peu trop, qu’il a grandi et que je pourrais plus jamais le récupérer. Que je peux toujours tendre la main et choper du vide.
Et puis y a sa bouche.
Sa bouche de fille qu’au début j’ai détesté, détesté pour me rendre aussi dingue, et puis j’ai fini par abandonner. Le seul truc qu’a toujours bloqué c’est les autres, les gens autour, tous ces connards qui te regardent en permanence et qui attendent que tu te casses la gueule en beauté pour se mettre à rigoler. C’est ça qui va pas. C’est ça qui lâche pas. C’est ça qui m’a tué.
Autour de nous les gens discutent (sauf Victor), ça fait un peu de bruit par-dessus nous, mais on parle tellement fort que petit à petit les conversations s’éteignent et les regards tombent sur nous. Je ferais mieux de l’embrasser direct plutôt que de m’empêtrer dans des phrases de dix ans bien trop longues pour moi qui veulent toutes plus ou moins dire « je t’aime (arrête de jouer au con ». Ça ferait moins de bruit. Mais je peux même pas toucher son genou ou essuyer le sang sur son doigt.
Alors l’embrasser.
Je me penche vers lui avec nos bras qui me font chier à se coller autant, et je chuchote.
- Mais y a un truc que j’comprends pas là. J’te demande pas si tu vas bien à propos de ça, j’te demande en général, si ça va, la vie et tout. Parce que ça fait deux semaines que tu veux plus m’parler alors j’me pose des questions quand même, ça m’intéresse tu vois. Et toi qu’est-c’que tu m’dis ? Que tu dors plus et tout ? Mais attends je m’en fous, et puis je m’en fous que ce soit à cause de nous, hein. T’as dit c’est fini alors c’est fini. J’voulais juste être sûr que t’allais bien c’est tout. Ça doit être la belle vie sans ce gros chieur de Coma.
Faut que j’arrête de m’énerver comme ça, je vais finir par me jeter sur lui et faudra m’arrêter pour que je l’amoche pas de trop. C’est pas le moment, y a une énorme tornade dehors (mais c’est même pas vrai.)
En plus je suis méchant.
Enfin non.
Je sors quand même un mouchoir de ma poche pour qu’il enroule son doigt dedans.
Je mets ma tête sur mes genoux, on y voit tout noir là-dedans, tu parles si ça change quelque chose pour moi. Dans le noir je vois Silas et si je me redresse je vois Silas. Je préfère voir « le faux », celui dans ma tête, celui qui brille encore (pour moi). Au début ça « allait » (mais avec des guillemets). Ça allait parce que je croyais que c’était une blague, qu’il avait juste déraillé et qu’il allait me rappeler à un moment pour me dire que c’était pas vrai. Et puis ça allait parce qu’il me restait encore des bouts de soleil (lui) sur les doigts et quand je passais ma langue sur mes lèvres j’y retrouvais le goût de ses baisers. Et puis je suis tombé. Les souvenirs on croit que c’est fort, on croit que ça dure toute la vie et même après, surtout ceux-là, on pense que ça nous tient au chaud mais non, ça te garde en vie deux jours et après ça te laisse tomber. Après il te reste vraiment plus rien, à part des rêves, et encore si t’arrives à t’endormir le soir.
Il te reste un poème.
Qui va du ciel aux comètes en passant par l’amour.
Un poème que tu lis lis et relis parce que même si c’est pas de lui, c’est sa main qui a parcouru la feuille pour le recopier, alors c’est presque pareil.
Et puis y a le cahier de maths aussi.
En maths j’ai arrêté de faire des maths (déjà que ça allait pas bien), je regarde son ciel et ses soleils et ses étoiles. Ça se voit qu’il est de lui le dessin parce que y a que dans son monde qu’il peut y avoir dix soleils à la fois.
Je prends mon téléphone.
À Silas Pollock :
Pardon.
Et puis :
TU M’AS DEMANDÉ D’Y CROIRE MAIS COMMENT JE FAIS MOI SI MÊME TOI T’Y ARRIVES PAS
(En majuscules pour montrer que ça crie bien en dedans.)
Je le regarde pas mais je me remue un peu, j’essaie de déplier mes jambes, y a pas la place, et en plus, j’ai mal partout, j’ai eu un mal de chien à me lever ce matin, mon corps avait tellement mal qu’il s’est dit qu’il allait arrêter de me répondre, qu’il allait se laisser souffrir en paix. C’est comme des courbatures de l’amour j’ai l’impression. Une grippe amoureuse. Dit comme ça, ça a l’air beau mais je peux vous dire que ça me fait pas trop marrer. J’ai même plutôt envie de chialer. Si je savais faire je ferais que ça toute la journée.
C’est encore pire que l’autre fois, quand c’est moi qui ai essayé de l’abandonner.
C’est plus grave parce que c’est lui. Lui qui a dit stop on arrête. Alors qu’il a toujours pris soin de nous. Alors que c’est même le premier à y avoir pensé, à nous, que sans lui, ça serait jamais arrivé. Alors qu’à chaque fois que j’ai voulu faire des bêtises et gribouiller notre amour il a dit « non ». Alors que quand j’ai dit que c’était pas possible il s’est déplacé pour me prouver le contraire. Alors qu’il s’acharne depuis le début à nous faire survivre, à nous garder la tête hors de l’eau, à nous sauver.
Je suis pas capable d’autant, moi.
Surtout s’il a pas envie d’être retenu.
Si ça se trouve, en plus, il m’aime.
Si ça se trouve on gâche tout comme d’habitude.
On perd du temps alors qu’on en a déjà pas beaucoup.

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Jeu 23 Oct - 9:28

Je sens son corps tout près du mien. Son corps j’ai appris à le connaître. D’abord avec des vêtements mais aussi avec des blessures et des égratignures sur ses coudes et ses genoux. Je me souviens quand on était gosses et déjà amis et que maman passait du désinfectant sur ses bobos. C’était quand il était pas encore tout à fait prince sur son skate et qu’il apprenait à le devenir. Maintenant c’est un vrai prince. Il a une couronne invisible sauf pour les gens qui l’aiment vraiment (moi).
Moi sa couronne je la vois tout le temps. Elle est de traviole sur sa tête mais elle ne tombe jamais, elle tient la route malgré moi, malgré lui, malgré ses gamelles et moi qui l’entraîne dans mes chutes.
Et puis je sens son bras qui se colle contre le mien et ça me fait m’évanouir à l’intérieur. Deux semaines, deux semaines que j’attends un contact, même microscopique. Juste pour sentir la chaleur de sa peau pendant une toute petite fraction de seconde s’il le faut. Et là, le savoir un peu penché contre moi, ça me fait un tout petit peu de bien. Ça me rappelle que je ne le dégoûte pas encore, qu’il veut bien me toucher même s’il n’a pas vraiment le choix.
Il chuchote tout bas.
Et sa voix.
Sa voix comme des couteaux des clous des rasoirs comme tout ce qu’il y a de coupant ça m’entaille l’âme. Ça fait des plaies de plus en plus grandes et de plus en plus profondes. Là il est en train de m’engueuler en chuchotant et j’ai très très envie de pleurer, j’ai très envie de m’effondrer et de partir en courant, peu importe leur exercice tout nul dont tout le monde s’en fout. C’est que là je suis en train d’étouffer, de mourir presque. Je ravale mes larmes tant bien que mal mais je les ravale tellement que ça me donne envie de vomir.
Il dit je m’en fous.
Et juste après j’voulais être sûr que t’allais bien c’est tout.
J’aimerais lui dire mais attends tu te fous de ma gueule Coma est-ce que tu te fous de ma gueule à quoi tu penses qu’est-ce que tu penses. Déjà il m’achève avec son je m’en fous, il me tue et dans la seconde qu’il suit il me dit le contraire.
???
Je suis perdu et je ne comprends plus rien.
Et puis toute cette colère et cette amertume dans sa voix. Elles vibrent ensemble et certaines syllabes se cassent entre les dents de Coma. Je m’en veux tellement je m’en veux tellement d’avoir tout détruit avec mes grosses mains et mes gros pieds maladroits. C’est qu’il a pas compris, Coma. Il a pas compris que mon coup de téléphone c’était comme un appel au secours comme un « j’abandonne alors c’est à toi de nous sauver c’est à toi de nous prouver que tout est possible encore qu’on va pas laisser la vie nous marcher dessus nous écraser ». Il a pas compris parce qu’il est jamais revenu. C’est la première fois qu’on se parle depuis deux semaines. Et mon cœur devrait s’alléger mais il tellement lourd qu’il est tombé par terre et si ça se trouve en partant je vais devoir le laisser au lycée parce que j’aurai jamais la force de le porter jusqu’à la maison.
Et puis mon sac est trop petit pour lui.
Finalement il me donne un mouchoir et je le prends. J’évite d’entrer en contact avec ses mains.
Je ne dis pas merci.
Même si mon cœur le remercie très fort, merci de prendre soin de moi, de te soucier de moi, merci beaucoup pour le mouchoir on dirait pas comme ça mais ça veut dire beaucoup. Je serre très fort mes mâchoires et je me bats avec mes yeux trempés.
Je reçois deux messages de ☆☆☆COMÈTE ☆☆☆. D’abord ça dit pardon et tout de suite après en majuscules ça dit : TU M’AS DEMANDÉ D’Y CROIRE MAIS COMMENT JE FAIS MOI SI MÊME TOI T’Y ARRIVES PAS. Mes mains tremblent et mon téléphone en est tout secoué. Je le vois qui remue dans tous les sens à côté de moi, il essaie d’étirer ses jambes dans l’espace restreint de la bibliothèque.
Moi mes jambes je ne les sens plus. Depuis que Coma m’a embrassé elles sont devenues du coton et je peux même plus marcher avec sans trébucher dans ses bras (avant) et à chaque coin de rue (maintenant).
Je lui écris en retour
je suis désolé je t’aime toujours je t’aime encore je te l’ai dis cent fois mais j’en peux plus j’en peux plus de t’attendre, attendre que tu fasses un effort que tu me prennes la main même devant les autres moi ça me tue j’te jure ça me tue et là j’ai plus le courage j’ai pas les épaules assez solide pour tenir encore
J’ai pas les épaules.
J’ai pas les jambes.
J’ai plus rien.
J’ai l’impression que depuis que je l’ai appelé mon corps se vide d’énergie tout seul. J’ai beau dormir, essayer de manger un peu, j’ai l’impression qu’il ne se recharge pas.
Je crois qu’il est cassé.
Il sait plus très bien comment fonctionner tout seul. Alors le matin il a beaucoup de mal à ouvrir les yeux, à enlever la couette, à se pencher pour lacer ses chaussures et puis à enfiler un pull. Ils sont d’ailleurs un peu plus larges qu’avant, ils ne tiennent plus aussi chaud. Et puis peu à peu il oublie les sensations. Il devient tout froid. C’est le cœur qui pompe moins bien, le sang qui est perdu qui sait plus comment circuler dans cet environnement où tout s’effondre un peu plus chaque jour. Et puis parfois, le corps se laisse tomber, il s’assied par terre, contre la table de chevet. Il pleure, il pleure parce qu’il n’y a plus que ça qu’il sait faire correctement, sans faire d’erreur.
C’est quand que Coma monte sur son skate de roi et qu’il vient me prendre par la main, qu’il me prend sur son dos et qu’il dit, allez, arrête d’être con, on avance ensemble, on se l’est promis, non ? Et puis il le sait, merde. Il le sait que je peux pas faire sans lui, je lui ai montré et dit des millions de fois, il le sait que je suis un bras cassé s’il n’est plus là. J’ai besoin de le voir sourire de l’entendre parler de le regarder de le toucher surtout de m’assurer qu’il respire encore que son cœur bat toujours que sa peau est toujours aussi chaude.
Là tout de suite j’aimerais lui prendre ma main.
Enlacer mes doigts aux siens comme on fait derrière les murs et pendant l’amour. Sentir les veines du dos de sa main, sentir ses doigts se serrer tout doucement. J’aimerais qu’il me tienne la main et qu’il embrasse mes phalanges aussi, comme quand elles s’étaient égratignées le jour de la grotte, le jour du cinéma.
Cette fois je me penche sur lui.
Je regarde tout sauf son visage. Mes yeux tombent sur son cou sa clavicule son ventre son bras dénudé puis son genou.
- J’ai jamais voulu te faire de mal
Je dis tout bas, la gorge pleine de noeuds.
Et puis je reprends ma position initiale. Les jambes en tailleur, les paumes de mes mains agrippées à mes genoux. Mon regard dans le vide, vers le rayonnage des livres.
Mon cerveau pense à
Coma Coma Coma Coma Coma (…)
Et j’aimerais qu’il voit à l’intérieur de moi le grand panneau lumineux avec plein d’ampoules partout qui arrête pas de clignoter. Sur ce panneau tout plein de couleurs il y a écrit PARDONNE-MOI

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Jeu 23 Oct - 12:51

Je le regarde écrire, essayer d’écrire parce que ça tremble (c’est le tremblement de terre de dehors ça, encore), je lis le message qui va bientôt arriver sur mon téléphone, je le lis dans ma tête avec sa voix à lui Silas qui a l’air de pleurer un peu. Je retourne à admirer mes genoux et je fais oui plusieurs fois de la tête, pour personne, personne à part moi (mais « personne » et « moi », c’est pareil, « personne » est « moi », je suis personne, bref). Comme pour dire oui, d’accord, ok, très bien, oui, mais un « oui » d’autiste, un oui absent, un oui qui dit oui je comprends mais tu peux répéter quand même s’il te plaît, j’ai pas très bien compris.
Je comprends pas.
Mon téléphone remue et je lis une deuxième fois.
je suis désolé je t’aime toujours je t’aime encore je te l’ai dis cent fois mais j’en peux plus j’en peux plus de t’attendre, attendre que tu fasses un effort que tu me prennes la main même devant les autres moi ça me tue j’te jure ça me tue et là j’ai plus le courage j’ai pas les épaules assez solide pour tenir encore
Je le relis et ça me fait le même effet : rien. Enfin si ça me fait plein de choses mais je préfère pas y penser et puis ça va plus vite. En fait ça me fait mon cœur qui se soulève et qui retombe sagement à sa place après deux secondes d’élévation.
Ah tiens t’es encore là toi ?
J’ai du mal avec vous suivre, toi et Silas.
Putain alors c’est bien ce que je dis. On s’aime mais on s’amuse chacun notre tour à faire croire à l’autre que c’est parti (les étoiles, le soleil jaune pétant) parce qu’on s’invente des problèmes. Enfin non, je sais bien que c’est pas pour rire, et que les problèmes ils existent vraiment. Je le sais bien puisqu’ils portent tous à peu près mon prénom. On y arrive pas même en essayant alors de temps en temps on se dit qu’il vaut mieux lâcher l’affaire. Ça dure deux secondes et puis on repart pour un tour. Mais là j’avoue que je vois pas trop comment on pourrait relancer la machine. Elle s’est endormie et elle veut pas se réveiller, vous me faites chier les amoureux, faudrait se décider un peu.
Je soupire.
Qu’est-ce que c’est lourd.
- J’ai jamais voulu te faire de mal.
J’agite la tête comme si je trouvais ça intéressant.
Je suis même plus là.
Donc il m’aime (encore)
Il m’aime.
Il m’aime.
Il m’aime.
Il m’aime.
Bah alors, qu’est-ce que j’attends pour perdre tout le poids que j’ai pris en désespoir, moi ?
Je sais pas, ça passe pas. Il m’aime, mais dans la situation qu’on a, ça sert à rien qu’il m’aime. C’est même encore plus compliqué, il ferait mieux de s’abstenir, moi aussi d’ailleurs, comme ça on aurait une très bonne raison de plus être ensembles. Parce que même si les autres le savaient pas, on a été ensembles, on était ensembles, on était même BIEN, ensembles. C’était chouette et même parfois plus que ça, c’était solaire.
Je voudrais bien lui répondre quelque chose mais je sais pas quoi.
Et puis là, mon haleine pue trop la tristesse.
Je veux pas qu’il la sente.
Et puis là, les autres vont encore tout entendre.
Vaudrait mieux qu’on s’en aille en courant, mais moi, pour l’instant, j’ai trop mal.
À part mon cœur qui commence déjà à se relaxer (quel con), chaque partie de moi est bouffée de colère, ça tue, faudrait que j’aille chez le docteur pour qu’il me soigne ça, putain, quand il va me voir arriver il va me dire ouh la la mais qu’est-ce que t’as foutu toi, t’es complètement cassé, regarde t’en fous partout, ça s’effrite, mais c’est que je sais même pas si je vais pouvoir te réparer et remettre les pièces dans le bon sens. Mais qu’est-ce qui t’a pris ?
Euh … Je suis tombé amoureux …
Ah, oui … Bah, là, je peux rien faire pour toi …
Connard.
Je tourne un peu la tête et je vois rien que Silas (ça me rappelle nos nuits d’amour, et pas que des nuits d’ailleurs). Il a les yeux qui brillent mais comment dire … C’est plus grâce aux étoiles que j’ai mis dedans, c’est plus son océan qui paillette sous la lumière du soleil, c’est peut-être juste des larmes qui stagnent là depuis quelques jours. Parce qu’il m’aime et que je lui donne pas le droit de le montrer. Putain. Merde. Chier. Fais des phrases putain et sois un peu moins malpoli ! Mais s’il se met à pleurer, je fais quoi ? Je crois que je le prends dans mes bras, comme ça, je serais pas obligé de voir les larmes partout sur son visage.
Mes yeux passent outre Silas et je vois la prof de maths qui regarde ailleurs. Je touche le bras de Silas (réflexe)
- Viens.
Je marche vite jusqu’à un autre couloir bordé de livres, un où y a personne ni à droite ni à gauche et où je peux faire les cent pas, me dégourdir les jambes, oublier de le regarder.
Ça fait longtemps qu’on s’est pas retrouvés tous les deux, même si on peut pas vraiment appeler ça être tous les deux. Ça fait longtemps et même si ça pique le cœur, ça fait un peu de bien, moi, ça fait deux semaines que je retiens mon souffle. La dernière fois qu’on a été ensembles c’était l’après-midi avant le coup de téléphone à presque minuit. On a séché l’école (je lui avais dit qu’on le ferait) et on est allés voir les papillons au zoo des papillons (ça porte un autre nom par contre). Après on est allés dans les champs en vélo (en vélo parce que c’est loin) et on a couru et je l’ai pris en photo avec les épis de blé, elle est belle cette photo, elle est accrochée au-dessus de mon bureau, mais on a du mal à dire où est le blé, où est le soleil, où est le doré, où est Silas, tout est beau et tout se mélange.
C’était la dernière fois.
Je le savais même pas.
- Bon.
Je le regarde cette fois.
- Qu’est-ce que tu veux ?
Je détache bien les syllabes comme si elles étaient toutes des mots, pour qu’il comprenne bien ma question.
Et je veux pas qu’il prenne la même voix que tout à l’heure, sa minuscules voix de tapette (façon de parler, désolé), je veux qu’on se parle pour de vrai sans faire attention aux sentiments de l’autre, qu’on crie ou au moins qu’on parle fort en se regardant bien droit dans les yeux, gueuler un bon coup parce que y a que comme ça que ça sortira vraiment. Et après, on verra. Si on se tape ou si on s’embrasse ou si on fait rien.

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Jeu 23 Oct - 16:41

C’est difficile.
C’est difficile d’être amoureux et pendant deux semaines avoir prétendu le contraire. Ça a été très compliqué, la chose la plus douloureuse que j’ai eue à faire, je crois. Et même quand il est là, à côté de moi, j’arrive pas à me sentir complètement heureux ni soulagé parce que je sais qu’une partie de nous s’est brisée.
Comme de la vaisselle qu’on jette sur le carrelage.
Y’a des bouts de nous un peu partout et ça va être quasiment impossible de tous aller les chercher pour les recoller ensemble.
Enfin je pense qu’on y arrivera pas. On est trop fatigués pour faire des puzzles. Même ceux de notre amour.
Il réagit pas à mon message.
On dirait du vent, Coma. Froid et insaisissable. Je sais plus quoi lui dire pour qu’il revienne vers moi, pour qu’il vienne à moi. J’aimerais vraiment qu’on s’aime encore, comme quand il n’y avait que les sourires, des sourires qu’on offre qu’à nous deux. Et puis sentir ses mains sur moi, aussi. Ses mains qui passaient leur temps à défaire mes cheveux, et ses bras qui me serraient si fort. Et puis ses mains encore sur moi, sur mon torse, dans mon dos, sur mes jambes. Et puis sa bouche, sa bouche sur mon visage, sur mes paupières, sur mon nez, sur ma bouche et sur mon ventre parfois.
Il me manque
Il me manque
Il me manque.
J’ai perdu ma bouteille d’oxygène en disant « c’est fini ».
Je me suis noyé tout seul, comme un con. Je savais pas nager sans ma bouteille et je me suis jeté à l’eau sans elle, sans ailes. Regardez les dégâts, maintenant, est-ce que j’ai l’air moins malheureux qu’avant ? Non. Peut-être qu’inconsciemment j’ai essayé de me prouver que j’étais CAPABLE. Capable de vivre sans lui, capable de me lever le matin sans penser « Coma je t’aime », capable de regarder les autres garçons que lui. Peut-être que j’ai voulu m’émanciper, me dire stop, on s’arrête et on regarde où on va.
Échec total.
Je me suis retrouvé à avancer tout seul, sans repère, sans carte, sans boussole. Et maintenant y a plus personne et je suis complètement perdu.
C’est pas ce que j’ai voulu.
Ce n’est pas ce que j’ai voulu.
Et pourtant, tout au fond de moi, il y a encore un peu de nous. Au fond du ventre, là où tout se passe, je pense à lui. Et dans mon jardin secret je cultive de l’espoir, je l’arrose chaque jour et je le regarde pousser. Le problème c’est qu’avec mes larmes et tout le sel de mes larmes, la terre devient de plus en plus stérile, et y’a presque plus rien qui pousse. J’ai besoin de Coma, de Coma pour mettre un tuteur à la plante de notre amitié/amour/ ??? et l’aider à tenir debout.
Comme un père qui apprendrait à son enfant comment marcher.
Et puis parfois, j’ai une toute petite voix qui me murmure (entre deux quintes de toux) : ça va aller, faut y croire, on va essayer de recoller les morceaux.
Et peut-être qu’on pourra redevenir comme avant. Même s’il faut tout recommencer depuis le début, je signe tout de suite. Je veux pas le perdre, mon soleil, je veux pas le perdre encore une fois. J’ai passé tellement de temps à lui courir après que ce serait trop stupide de le laisser s’envoler vers une autre galaxie, une galaxie qui n’est pas la mienne.
Sa main touche mon bras (décharge électrique) et il me dit
- Viens.
Je me lève et suis tant bien que mal sa silhouette qui disparaît entre les rayons de la bibliothèque.
Ça fait tout drôle, ça fait comme au début quand il fallait se cacher, quand il fallait se cacher pour pas montrer aux autres qu’on s’aimait pas comme des amis mais plutôt comme des amoureux. C’est bien à cause de ça, mon coup de téléphone, c’est à cause de toute ces fois où il a fallu se cacher, éviter les regards et si possible éviter les présences. Et je sais pas s’il se rend compte mais là c’est exactement ce qu’il est en train de faire : éviter les regards et les présences, s’enfuir loin des autres.
Même si on s’était engueulés au milieu de tout le monde, en se hurlant je t’aime puis je te déteste, avec le cœur avec les yeux avec les mains et avec la voix, ça m’aurait suffit. Ça aurait été un effort de sa part, le dernier pas qu’il a à faire entre la chambre et le monde extérieur. Faire un saut dans la société et dire : oui,
oui je suis homosexuel, oui je suis amoureux d’un garçon.
Et même avec des bleus sur le visage je l’aurai applaudi.
Et sûrement que juste après je l’aurai serré dans mes bras comme jamais. Une étreinte qui dirait : merci.
On est face à face et j’ai peur. J’ai peur de lui, peur de ses yeux très sombres (ils n’ont jamais été aussi nocturnes).
Peut-être qu’il va m’en coller une.
Et je me laisserai faire. Je lui donnerai mon corps comme défouloir et je dirai vas-y, fais ce que tu veux, je t’appartiens de toute façon.
- Bon. Qu’est-ce que tu veux ?
C’est toi que je veux, Coma, t’as toujours pas compris.
c’est toi c’est toi c’est toi c’est toi
C’est toi moins peureux moins inquiet du regard des autres c’est toi libéré toi tranquille.
- Je
Respire Silas.
Ça va aller, non ? Hein ça va aller ? Pas vrai qu’ça va aller ? Tu te le répètes tous les jours, pauvre con.
- Je veux juste t’aimer devant les autres, je veux juste pouvoir te tenir la main quand j’ai envie, caresser ta joue dans un parc, te regarder comme un amoureux parce que je te trouve magnifique, t’embrasser dans le bus parce que je m’ennuie, te dire des mots du cœur devant la terre entière pour que tu te sentes bien. Je veux juste te savoir apaisé, je veux que ton cœur batte normalement quand on est ensemble dans la rue.
Je prends une profonde inspiration.
Ma voix s’endurcit un peu et s’élève.
- J’aimerais juste que tu m’aimes comme moi je t’aime. Sans crainte.
J’avale ma salive avec un peu de peine. J’ai les yeux tous secs mais les mains qui tremblent encore. À croire que c’est elles qui ont le plus peur. J’espère que j’aurai pas à taper sur Coma pour qu’il comprenne.
- J’en ai marre d’attendre que tu te décides à le faire. C’est plus supportable, Coma.
Encore une pause.
C’est pas facile de devoir lui parler avec le cœur, lui dire des mots qui blessent, lui faire comprendre que je suis déçu. Déçu de lui.
- Tu sais je pensais pas que ça se passerait comme ça après mon coup de téléphone. J’ai jamais voulu te quitter, je l’ai jamais voulu. J’ai juste pensé que t’aurai compris, que tu serais revenu, que t’aurais fait des efforts, que tu serais allé au-delà de tes craintes. J’ai vraiment cru que ça se passerait comme ça. J’ai jamais voulu que tu te renfermes sur toi-même et que tu ailles mal et que tu arrêtes de dormir de manger de vivre correctement à cause de moi. Tu sais ça me tue, moi aussi.
Ma voix se brise.
J’aurai aimé finir par lui dire : tu me manques.
Mais le nœud dans ma gorge est tellement gros, tellement étouffant que les mots n’en sortent plus.
Est-ce qu’il va me détester pour de bon, maintenant ? Est-ce qu’il est déçu, lui aussi ? Est-ce qu’il va arrêter de m’aimer pour de bon, est-ce qu’il va tirer une croix sur nous et trouver un autre garçon ? Peut-être qu’il préférera faire semblant avec une fille.
Au moins, avec moi, il a pas fait semblant.
Je l’aurai vu amoureux et heureux pendant quelques semaines.
Je l’aurai vu avec des paillettes étoilées dans ses iris.
J’aurai vu des sourires sincères se dessiner sur le tableau de son visage.
J’aurai vu tout ça, j’aurai eu la chance de photographier ces souvenirs avec ma mémoire.

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Jeu 23 Oct - 19:26

- Je
Tu, il, nous, vous, ils.
Après, faut mettre un verbe, allez.
Putain, faut que je me sorte, moi, que je crie un peu, je garde tout depuis deux semaines et je supporte plus rien, c’est affreux. Mais finis-la ta phrase putain. Ou plutôt commence-la.
Il parle, il dit des trucs qu’il aimerait que je fasse (l’aimer sans peur, entre autres), ça me rappelle quand on se tenait la main, quand je caressais sa joue, quand il m’embrassait, quand je lui faisais des drôles de déclarations d’amour. Quand on enchaînait beautés sur beautés (les baisers, les mots), et que c’était quasiment impossible de reprendre son souffle tellement ça allait vite et tellement c’était beau. Ça me mord le cœur de parler de tout ça au passé. C’est ridicule. C’est nul. Ça me descend, cette histoire, comme si j’étais tout le temps en train de me faire tirer dessus. En plus, ça me rend triste et malpoli.
Sans crainte.
Sans crainte.
Mais j’ai pas peur, moi.
(Si, putain si)
- Tu sais je pensais pas que ça se passerait comme ça après mon coup de téléphone. J’ai jamais voulu te quitter, je l’ai jamais voulu. J’ai juste pensé que t’aurai compris, que tu serais revenu, que t’aurais fait des efforts, que tu serais allé au-delà de tes craintes. J’ai vraiment cru que ça se passerait comme ça. J’ai jamais voulu que tu te renfermes sur toi-même et que tu ailles mal et que tu arrêtes de dormir de manger de vivre correctement à cause de moi. Tu sais ça me tue, moi aussi.
Je me retiens de pas lui couper la parole, je lui laisse le temps de casser sa voix, mais y a les mots, là, y a les mots qui affluent et qui noient déjà ma voix, j’ai peur que ça sorte pas dans le bon ordre tout ça, ou que ça sorte trop vite que je dise encore des bêtises.
- Ah excuse-moi, fallait lire entre les lignes en plus ? Bah chuis désolé, fallait me le dire, ça m’aurait fait marrer de chercher le message secret. Non mais franchement … Attends j’t’explique comment ça s’est passé. Toi t’as récité ton petit discours que t’avais dû apprendre par cœur, j’te connais, et puis t’as raccroché direct. Moi, j’me suis effondré contre mon lit, j’comprenais plus rien à ma vie, j’me suis dit quoi, comment, j’ai imaginé qu’on t’avait volé ta voix pour me téléphoner et m’annoncer ce truc immonde en faisant croire que c’était toi. Et EN PLUS il aurait fallu que j’te décode ? Non mais et puis quoi encore ? J’étais en train d’essayer de garder mon cœur pas trop amoché si tu veux tout savoir, j’avais autre chose à foutre.
Je suis méchant.
Je suis con.
Pardon.
C’est la colère qui me sort des mains, des épaules, du ventre, de la colonne vertébrale, du crâne, des artères de mon cœur, des phalanges, des côtes, des coudes, des joues, c’est tout qui s’échappe.
Après, après seulement, peut-être que je pourrais recommencer à lui dire je t’aime.
Sauf s’il veut des témoins.
- C’est où tes « dans dix ans » ? Comment tu passes de tout l’un à tout l’autre ? Tu sais que si tu m’avais juste dit « attends on s’assoit deux secondes sur un banc, faut qu’on parle, j’en ai marre que tu m’assumes pas », tu sais que si t’avais fait ça, ça aurait probablement plus servi à quelque chose ? Enfin je sais pas, y avait vraiment besoin de me briser d’un coup comme ça sans me prévenir ? Et puis excuse-moi, t’as peut-être coupé tes cheveux mais t’as pas l’air très en forme non plus.
On dirait un vase cassé.
Non, même pas.
On dirait un des morceaux du vase cassé.
L’autre jour je lui ai dit que je savais pas de quoi ont l’air les rêves dans la vraie vie, et je sais toujours pas franchement, par contre pour les cauchemars je sais. Les cauchemars, c’est ça. C’est Silas et moi dans une bibliothèque, avec beaucoup beaucoup trop de centimètres entre nous pour que ce soit vraiment nous, Silas et moi qui nous aimons mais qui savons plus comment continuer, qui l’avons jamais vraiment su, qui faisions semblant. Moi, ça m’allait, le semblant. Je m’en suis jamais plaint. J’écrase mon dos sur une des étagères, des milliers de mots contre le dos et peut-être même des mots d’histoires d’amour, ben moi je les emmerde les romans à l’eau de rose, c’est que des conneries écrites par des gens qui y connaissent rien, qui savent même pas ce que ça fait d’avoir le cœur qui dégringole à chaque fois que le prénom de la personne aimée est prononcé par quelqu’un.
Y a que mon histoire d’amour à moi qui m’intéresse.
Avec Silasoleil.
(Y a personne d’autre.)
Je pose ma joue sur mes genoux, pour le voir encore un peu.
Il est beau même quand il est triste.
Il est beau même quand il sait plus quoi faire.
Il est beau même quand il me brise le cœur.
J’ai peur.
J’ai peur parce que je suis en train de me rendre compte qu’on est plus ensembles et qu’on le sera peut-être plus jamais de la vie. Quand je le voyais de loin et qu’il me regardait même pas, ça allait encore, je crois. Mais là je suis en train de me dire qu’on est là pas trop loin de l’autre et qu’on se touche même pas, on se regarde pas, on fait comme si on s’aimait pas. C’est ce que font les gens quand ils sont plus ensembles. Ils s’aiment plus. Mais moi, j’ai pas envie qu’on s’aime plus. Ça marchait tellement bien. Ça nous allait tellement bien de nous aimer. Je veux pas qu’on arrête. Qu’est-ce qu’il va m’arriver à moi ? J’ai peur. J’ai peur de plus jamais le voir sourire, j’ai peur que mon cœur ne batte plus jamais pour lui, j’ai peur qu’on ne se retrouve plus jamais tous les deux sous la couette, son visage à lui tellement proche du mien que ça me faisait toujours loucher (et lui, rire). J’ai peur d’être tout seul et surtout sans lui.
Putain, je vais chialer.
Ça y est.
J’aimerais bien lui dire qu’il me manque, mais je veux pas le dire en premier.
- J’suis désolé, mais … J’comprends pas, tu vois ? J’comprends pas comment tu peux attendre de moi que je nous prenne en charge alors que … Tu sais très bien que j’peux pas. Et surtout pas sans toi. Moi, sans toi, je peux pas, pas grand-chose, tu comprends ? J’ai l’impression d’avoir déjà dit ça. Mais toi, toi t’es bien capable de nous emmener loin, non ? Ils sont passés où les rêves que tu voulais que j’arrive à avoir aussi ? C’était juste pour me faire plaisir ou quoi ?
Pardon.
Il me reste des bouts de colère entre les omoplates.

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Jeu 23 Oct - 20:11

Je le regarde et je crois que j’aimerais disparaître.
Il y a tellement de colère dans ses yeux, tellement mais tellement de colère. Je l’ai jamais vu comme ça, on dirait qu’il n’y a que de la haine en lui, et rien d’autre. Comme si tout l’amour qu’il avait pu porter en lui s’était envolé en l’espace de deux semaines. Comme si mon coup de téléphone avait éteint le feu de l’amour. Comme une bougie qui a cessé de brûler. C’est pas joli à voir, pas joli du tout. Je vois même l’os de sa mâchoire éclate sous sa peau tendue, tendue comme lui. J’imagine aussi que tous les muscles de son dos et ses épaules sont noués.
À cause de moi.
Silas l’assassin.
Silas qui promet très bien mais qui tient rien. Qui tire sur la laisse mais abandonne le chien au milieu du chemin. T’as pas honte, Silas ? Dis, t’as pas un tout petit honte ?
Je baisse les yeux.
J’ai plus le courage de rien. Même regarder le sol m’éprouve.
Et puis Coma devient tout à coup une boule de rage et de colère. Ses mots me torturent un peu plus les uns après les autres. Qu’est-ce qu’il veut, à la fin ? Que je me laisse tomber à genoux devant lui, que je m’excuse, que je lui dise que je l’aime gros comme l’infini ?
Déjà le fait qu’il me dise que j’ai récité un discours que j’ai dû apprendre par cœur me tue. Ça me fait le même effet qu’un coup de poing dans le ventre, ça me coupe la respiration. J’suis très triste, triste qu’il pense que je sois comme ça.
Moi je parle avec le cœur, putain.
Avec mes tripes, aussi.
Je déglutis mais j’y arrive pas, j’ai la gorge trop sèche et trop nouée. Y’a plus rien qui descend, et y’a plus rien qui remonte non plus. C’est bloqué, au point mort. Mort, comme mon cœur, qui s’agite trop fort là-dedans et qui va claquer dans peu de temps (je le connais, ce con, il me fait peur parfois).
- C’est où tes « dans dix ans » ? Comment tu passes de tout l’un à tout l’autre ? Tu sais que si tu m’avais juste dit « attends on s’assoit deux secondes sur un banc, faut qu’on parle, j’en ai marre que tu m’assumes pas », tu sais que si t’avais fait ça, ça aurait probablement plus servi à quelque chose ? Enfin je sais pas, y avait vraiment besoin de me briser d’un coup comme ça sans me prévenir ? Et puis excuse-moi, t’as peut-être coupé tes cheveux mais t’as pas l’air très en forme non plus.
Allez, ça continue.
C’est pas comme si ça m’achevait.
C’est pas comme si je ressentais rien.
Je suis pas un mur, je suis pas un mur. Je le déteste, je déteste le voir comme ça, je déteste le voir tout noué de colère et d’amertume. Je hais cette vision de lui, je refuse ce souvenir, je le chasse, je le vomis.
Il recule, il recule et se cogne à l’étagère dans son dos et se laisse glisser sur le sol. Vulnérable et triste à en crever.
- J’suis désolé, mais … J’comprends pas, tu vois ? J’comprends pas comment tu peux attendre de moi que je nous prenne en charge alors que … Tu sais très bien que j’peux pas. Et surtout pas sans toi. Moi, sans toi, je peux pas, pas grand-chose, tu comprends ? J’ai l’impression d’avoir déjà dit ça. Mais toi, toi t’es bien capable de nous emmener loin, non ? Ils sont passés où les rêves que tu voulais que j’arrive à avoir aussi ? C’était juste pour me faire plaisir ou quoi ?
Je ferme les yeux très fort.
Et je regarde le plafond sous mes paupières closes. Je me concentre sur ma respiration. Mes mains remontent dans mes cheveux et s’agrippent à eux très fermement. J’essaie de ne pas
hurler.
J’inspire, j’expire. Très fort. Je tremble aussi. Je plonge sur lui, je plonge vers lui et j’attrape le col de son tee-shirt, je le remonte. J’ai son nez à quelques millimètres du mien et la dernière fois que nous étions si proches ça devait être pour s’embrasser.
Quand on s’aimait encore. Non. Quand on savait s’aimer.
- Ferme ta gueule, Coma, ferme-la. Comment tu peux me traiter comme de la merde comme ça, comment tu peux m’assommer de critiques de reproches de tout ce que tu veux et après te laisser couler sur le sol et me demander de nous ramasser à la petite cuiller ? HEIN ? Tu peux pas, tu peux pas me demander ça, je suis pas ton putain d’esclave. Je suis pas. Ton. Putain. D’esclave. J’te signale que j’ai pas une cape dans mon dos et des super-pouvoirs. Tout ce que je t’ai demandé, la seule chose que je t’ai demandé, c’est de me prendre la main devant les autres et me prouver que t’étais capable.
Je le lâche brusquement et je recule d’un pas.
Je m’enfuis de lui.
J’ai essayé de mettre le plus de colère et de venin dans ma voix. J’ai fait tout ce que j’ai pu. Pourquoi il comprend pas, pourquoi il voit rien ? Est-ce qu’il sait à quel point c’est difficile, est-ce qu’il sait à quel point c’est dur d’être avec lui et de pas pouvoir le toucher parce que Coma Nobody a peur de ce qu’on va penser de lui ?
- Tu sais t’es pas le premier à découvrir que t’es homosexuel. T’es pas le premier à avoir des doutes, des craintes. Sauf que là ça fait un bout de temps, quand même. Et moi… Moi j’te croyais plus fort que ça. J’pensais que tous les deux on était indestructibles mais…
Pause.
- Tu nous tires vers le bas…
Ma voix se casse encore sur le dernier mot.
Les larmes reviennent à la charge, elles montent à mes paupières comme si elles venaient de prendre l’ascenseur. J’ai le menton qui tremble, les poings serrés. Je suis à un pas de lui et pourtant j’ai l’impression que des millions de galaxies me  séparent de Coma. On dirait qu’on n’a plus rien à faire ensemble, qu’on n’a rien d’autre à se dire que des mots en colère, des mots enragés, des mots qui taillent, des mots qui font saigner.
J’ai jamais voulu le blesser.
J’ai jamais rien voulu d’autre que son bonheur. Tout ce que je veux, c’est le voir sourire. Et sa main dans la mienne à l’extérieur.
Je lui ai jamais demandé la lune.
Je lui ai jamais demandé l’impossible.
Juste un effort.
Je sens les larmes qui se font plus piquantes. Je me retourne très vite.
Et je sens mes épaules s’effondrer, mes yeux brûler d’un coup. Ça coule tout seul, de mes paupières jusqu’au gouffre de ma mâchoire.
Et ça goutte sur mon pull.
Je colle mes poings serrés contre mes yeux.
Je suis tout voûté, comme un vieux.
Comme quelqu’un qui a trop vu.

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Ven 24 Oct - 8:33

Y a pas qu’entre les omoplates en fait. Ça sert à rien de crier, y a toujours de la colère qui me traîne entre les articulations, ça fait grincer mon squelette et pleurer tout mon corps. Je sais pas comment faire pour tout remplacer par de l’amour, comme avant, je sais même pas si c’est contre lui que je suis en colère ou si c’est contre moi contre les autres contre Debbie contre mes parents contre le monde entier contre le soleil qui continue de briller comme s’il avait pas capté ce qui venait de se passer.
Je le vois pas arriver, Silas, il me tombe presque dessus, il m’attrape par le haut du t-shirt et il me relève d’un coup, son visage est à deux pas du mien, même moins.
C’est comme ça qu’on s’embrasse maintenant ?
- Ferme ta gueule, Coma, ferme-la. Comment tu peux me traiter comme de la merde comme ça, comment tu peux m’assommer de critiques de reproches de tout ce que tu veux et après te laisser couler sur le sol et me demander de nous ramasser à la petite cuiller ? HEIN ? Tu peux pas, tu peux pas me demander ça, je suis pas ton putain d’esclave. Je suis pas. Ton. Putain. D’esclave. J’te signale que j’ai pas une cape dans mon dos et des super-pouvoirs. Tout ce que je t’ai demandé, la seule chose que je t’ai demandé, c’est de me prendre la main devant les autres et me prouver que t’étais capable.
Il me lâche et je retombe.
Sans lui, je tiens plus sur mes pieds.
Je le regarde. Et tout ce que je vois dans ses yeux c’est qu’il réalise que je suis pas parfait. Ça clignote dans ses pupilles et ça nous donne envie de pleurer.
- Tu nous tires vers le bas…
J’essaie de calmer ma respiration saccadée mais j’y arrive pas, j’arrive pas à avoir une inspiration normale et une expiration correcte, ça court-circuite et à chaque fois ça s’interrompt en plein milieu, c’est désordonné, ça fonctionne pas, dans la gorge j’ai l’impression d’avoir une tronçonneuse, ça fait mal pareil et ça prend de la place pareil. Je me sens merdique. Encore moins que moins que rien. Poussière.
- C’est dégueulasse de dire ça.
Et moi je suis pitoyable avec toutes les larmes qui coulent dans ma voix.
Mais c’est vrai il a raison.
Coma t’es plein de mauvaise foi, ça déborde.
J’ose même pas essayer de le regarder, j’ose même pas me jeter à ses pieds ou dire désolé. J’ai tellement honte de l’avoir rendu comme ça que j’ai même pas assez de mots pour le dire. Je vois encore ses yeux pleins de feu et j’entends en boucle ses mots coupe-gorge. Je veux plus jamais qu’il dise des trucs comme ça. Des trucs que ça lui troue le cœur de penser mais qu’il pense quand même, qu’il dit à voix haute aussi. Je veux que quand il parle de moi ça éclaire ses yeux et même les yeux des autres par phénomène de contagion. Je veux que ça lui fasse du bien, que ça lui réchauffe la voix et qu’il puisse pas s’empêcher de sourire. Comme avant en fait. Mais avec la fierté en plus. Sa fierté pour moi qui l’embrasse dans les couloirs toujours un peu dans les toilettes pour être tranquilles de temps en temps.
Je veux que ce sourire, son sourire, tout le monde sache qu’il existe grâce à moi …
Pas cette espèce de grimace de colère …
Je trouve ça triste. Encore plus triste que deux personnes qui s’aiment plus, puisqu’elles s’en foutent. Là c’est nous deux qui nous aimons et qui sommes plus capables de continuer à chercher des solutions en se tenant très fort par la main, surtout quand y a personne. J’aimerais mieux qu’on s’aime plus, ce serait plus simple même si ce serait du gâchis. Ou alors qu’on vive sur Pluton, tous les deux tout seuls. Je voudrais que les solutions viennent de l’extérieur. De Silas, des rêves de Silas, des mains de Silas. Je commençais à croire que si je passais ma vie à toujours marcher deux pas derrière lui tout irait très bien pour moi et surtout pour nous. Et là, il se met à courir tellement vite que je peux plus le suivre, il me laisse avec pour seule consigne : « débrouille-toi et viens me chercher ».
Du gâchis.
Parce qu’on était beaux, Silas et moi.
On est ?
Sera ?
Putain.
L’autre jour on a pris une photo de nous deux. Il voulait une photo d’amoureux et moi je voulais voir de quoi on a l’air ensembles. Sur la photo, il a la tête posée sur mon épaule et moi j’ai un sourire de gagnant (j’ai gagné Silas). Nos yeux fixent l’objectif mais nos cœurs arrêtent pas de se regarder. Elle est belle cette photo. Je l’ai imprimée pour l’avoir tout le temps sur moi, dans une poche. Mais une fois je l’ai oubliée dans un pantalon et nos sourires amoureux sont passés à la machine à laver. C’était le jour de la rupture. Mauvaise présage. J’ai pas eu la force de nous réimprimer. Mais quelques fois je nous regarde sur mon téléphone.
Et j’ai envie de tout casser.
Même moi.
J’ai envie de dire au moi de la photo d’arrêter de sourire comme ça et de penser à prendre la main de Silas dans la rue de temps en temps, et puis toute la vie.
Euh, s’il vous plaît, un architecte pour mettre toutes les étoiles et tous les soleils de Silas dans le vraie ciel là. Ça manque un peu de lumière par ici. Ça brille plus trop et ça va bientôt s’éteindre. De toute façon moi j’y vois plus grand-chose avec toutes les larmes et tout. Les poussières me montent jusque dans les yeux et avec les larmes ça fait un sacré mélange qui me fait pleurer. J’ai même pas besoin de fermer les yeux pour faire pression sur les larmes, ça coule tout seul, ma respiration trébuche sur elles et ça donne un bruit un peu heurté un peu tremblant, comme mon cœur quand y a Silas pas trop loin, un bruit qui peut s’empêcher de faire autre chose que ce bruit-là.
Un garçon qui peut pas s’empêcher de pleurer.
Ça secoue mon corps, et celui de Silas aussi, y a son dos qui me le dit.
Qu’est-ce que j’avais dit ?
Que s’il se mettait à pleurer, je le prenais dans mes bras ?
Putain mais je sais même pas si je peux me lever.
J’essaie de m’éclaircir le visage, j’ai des larmes dans les yeux qui roulent sur les joues qui tombent sur la bouche ou dans le cou, j’en ai partout. J’essuie mon nez contre mon épaule.
- Eh, toi aussi tu chiales ?
Ça me fait presque rire.
Mais ça s’entend bien que j’ai encore envie de pleurer, y a ma voix qui fait des vagues.

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Ven 24 Oct - 10:28

Je pense quel gâchis.
C’est vrai qu’on était beaux, c’est vrai qu’on était lumineux. On aurait dit deux étoiles tombées du ciel venues s’aimer sur la Terre. C’est terrible de parler de nous au passé, c’est terrible de parler de nous comme si on venait de mettre un point final à notre histoire et qu’on commençait un nouveau livre. Un livre qui commence par un coup de téléphone très (trop) décidé, un livre qui commence par des reproches, par des mots envenimés, des mots qui nous blessent, des mots qui nous font pleurer.
À croire que moi non plus, j’en suis pas capable.
Pas capable de nous faire tenir debout, pas capable de nous emmener vers le haut, pas capable de tenir mes promesses et de nous emmener jusqu’à dans dix ans et plus encore. J’arrive pas à chasser le sentiment de culpabilité (ni tous les autres d’ailleurs). Ils sont là, comme des vautours. Ils volent autour de moi, tournoient dans mon ciel, masquent mes soleils, me tourmentent sans cesse. J’aimerais bien pouvoir sortir la carabine et tous les tuer un par un. Moi je refuse que le soleil, que mon soleil s’éteigne. Mais je suis même pas capable de le garder allumé, la preuve, c’est moi qui ait lancé de l’eau en premier dessus.
J’aurai aimé réussir à y croire, vraiment, jusqu’au bout.
J’aurai aimé pouvoir garder sa main dans la mienne jusqu’à nos trente ans au moins et lui dire regarde, Coma, regarde tout le chemin qu’on a parcouru.
Mais je sais pas.
Y a quelque chose qui s’est brisé à l’intérieur de moi. Quelque chose qui s’est éclaté dans mon corps et qui a fait tellement de dégâts que j’ai pris peur et que je l’ai appelé. C’est vrai, ça, j’aurai pu le voir, lui dire assieds-toi deux minutes il faut qu’on parle. Mais j’aurai jamais eu le courage. Jamais jamais jamais. J’aurai jamais pu prendre son visage dans mes mains et lui dire bon Coma, on s’arrête là, j’en ai marre de t’attendre, ça me tue. J’aurai fini par lui dire je t’aime et je l’aurai probablement embrassé. Parce que c’est ce que je fais le mieux, avec lui. Et puis j’aurai continué à faire semblant, comme si tout ça m’allait, comme si ça me fatiguait pas de l’aimer. Ça aurait été du mensonge. Ça aurait été trop bancal et on aurait fini par tomber tous les deux.
Mais là, peut-être qu’on a touché le fond. Peut-être qu’on a jamais été aussi bas. Quoique non, le jour où on sera au plus bas du plus bas, après le fond, c’est quand on aura arrêté de s’aimer, quand on aura plus rien à se dire et que les coups de poing auront remplacé les caresses. Mais peut-être qu’on peut rebondir, faire fléchir nos genoux et tenter de nous élever vers le haut pour regagner la surface puis le ciel puis l’univers encore.
- Eh, toi aussi tu chiales ?
C’est sa voix brisée à l’infini qui demande ça.
Y’a comme un rire dans le son de sa voix. Comme si c’était absurde, comme situation. Il pleure. Il pleure à cause de moi. J’imagine déjà ses joues trempées, ses yeux qui débordent de partout, sa lèvre inférieure qui tremble. Et moi qui n’ose même pas le regarder, moi qui lui offre seulement le spectacle de mon dos qui s’agite sous mes sanglots silencieux.
Je sais pas quoi faire.
Est-ce que je dois me retourner vers lui, le prendre dans mes bras, m’excuser une énième fois, embrasser son nez, m’excuser encore et lui dire que je l’aime très très fort ?
C’est moi qui va abandonner le premier.
Je sais.
Je sais que c’est moi qui va venir trouver refuge dans ses bras assez grands pour nous deux, c’est moi qui va venir me blottir tout contre lui et qui va laisser mes larmes couler sur son tee-shirt.
Et pourtant, l’amour n’a plus grand-chose à faire ici.
Mais je crois qu’il s’en veut, Coma.
Et qu’il a besoin de moi.
Et j’ai besoin de lui, moi aussi.
Je me retourne finalement en m’essuyant le nez du revers de ma manche. J’ai les coins de la bouche qui tombent vers le sol, vers nos enfers. Les yeux encore très humides. Je fais un pas, celui qui me séparait de lui. Je m’accroupis alors pour être à sa hauteur.
- Arrête.
Je dis en reniflant mais en pleurant toujours des yeux. Mon corps, lui, s’est calmé. J’avance mes mains pour toucher son visage, pour le prendre et je chasse ses larmes avec mes pouces, un peu comme des essuie-glaces sur un pare brise.
Je dis arrête pour arrête de pleurer arrête de m’en vouloir arrête d’être en colère arrête tes larmes arrête tes épaules qui tremblent arrête d’être triste arrête tous les sentiments négatifs.
- T’es toujours mon ciel, Coma. Même si en ce moment il est orageux et qu’il a perdu quelques étoiles et quelques soleils dans la bataille, c’est pas grave. Il suffira de les raccrocher, et après ça ira mieux, d’accord ?
Je lâche enfin son visage et je m’assieds face à lui.
J’en ai marre
marre marre marre
Marre d’être triste.
Et puis il a beau m’avoir dit des choses méchantes, avec son cœur tout en colère, moi j’arrive pas à éprouver de la haine contre lui. Ça dure quelques secondes, ça dure quelques minutes à tout casser et après je m’en veux. Je m’en veux de lui dire des choses vilaines, je m’en veux de le rendre triste, je m’en veux de le faire pleurer, je m’en veux parce qu’à cause de moi il est en colère.
Je pourrais jamais le détester.
Je pourrais être déçu, dégoûté.
Mais arrêter de l’aimer, c’est pas possible. C’est même pas imaginable. C’est impossible, inconcevable. Puis faut que je nous préserve, faut que je le garde le plus que je le peux auprès de moi. Parce que le jour où il en aura vraiment assez et que j’aurai plus rien pour le retenir, il n’y aura plus de Silas Pollock. Seulement une carcasse qui aura oublié dans quel sens les aiguilles de l’horloge tournent, qui aura oublié comment s’alimenter, comment mettre un pied devant l’autre sans tomber.

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Ven 24 Oct - 14:50

Je peux pas me lever pour aller le chercher, je peux pas, c’est mes bras qui répondent plus aux commandes de mon cerveau détraqué, c’est mes muscles, c’est mes jambes, c’est mes épaules, c’est mon dos, c’est mon cœur qu’en a marre aussi. Faut qu’il se retourne, Silas, faut pas qu’il nous laisse comme ça, on a toujours tout fait ensembles et faut que ça continue. C’est pas grave si c’est pour pleurer. Ce sera pas la première fois qu’on se voit pleurer, je le trouve même très beau quand il a des larmes partout, ça fait ressortir ses yeux. Le problème c’est de savoir si je vais pouvoir le réconforter, alors qu’on pleure pour la même raison et que moi-même j’ai du mal à calmer les vagues.
Mais je …
Je veux bien essayer.
Il se retourne.
Putain, on dirait toujours autant un soleil.
Mais comment il fait.
Un soleil un peu fade, c’est sûr. Un soleil un peu en noir et blanc, un soleil de daltonien. Ses joues et sa bouche sont toute pâles, ça se voit que ça fait longtemps que je suis pas passé par là (que je les ai pas embrassées). Ses yeux sont bleu pétant (il est irréel), ses paupières et ses cernes sont toutes rouges comme si on avait cogné dessus. Il a essayé d’enlever les larmes mais il en reste pleins ; va falloir que je prenne le relais (ça m’embête pas, si c’est pour effleurer un peu de perfection).
Silas c’est une chanson trop belle pour moi.
Lui, c’est la musique-vent-extraordinaire.
Moi, je suis un mauvais morceau de rap.
- Arrête.
Toi aussi.
Je peux pas arrêter, le voir avec ses larmes ça réveille les miennes, et puis il éponge, plus y en a.
- T’es toujours mon ciel, Coma. Même si en ce moment il est orageux et qu’il a perdu quelques étoiles et quelques soleils dans la bataille, c’est pas grave. Il suffira de les raccrocher, et après ça ira mieux, d’accord ?
Y a vraiment que Silas pour dire ça.
Plutôt que dire « là ça va pas mais un jour ça ira ».
- D’accord.
J’ai une voix de garçon-chagrin.
J’ai huit ans.
- J’suis désolé, ça … Ça te va très bien, les cheveux comme ça, hein …
Je veux juste le faire sourire.
Je le tire vers moi (par le pull, je peux pas toucher sa peau, je peux pas, sinon, je lâche tout, sinon, c’est foutu pour tout), il est assis contre les livres d’amour lui aussi et je pose sa tête sur mon épaule. Mon bras est enroulé autour de ses épaules et il caresse l’os à son sommet. Je voudrais lui toucher les cheveux mais je sais pas si j’ai le droit, on est toujours pas des amoureux, il a jamais dit qu’il voulait bien me reprendre, et moi, j’ai pas fait ce qu’il faut pour le récupérer. Alors on reste comme ça quelques minutes moi ça me permet de faire le vide dans mes larmes. Il fait silence dans notre couloir de bibliothèque. Silence après la tempête. Accalmie on sait pas jusqu’à quand. Ça me fait tout drôle ce non-bruit après tout ce qu’on a crié. Je crois qu’on a crié. Les autres ont dû entendre mais personne est venu. J’ai pas oublié ce qu’il m’a dit, ça pleure encore dans mon cœur, mais pour l’instant on arrête.
Temps mort.
- Silas, je …
Mais finis tes phrases toi aussi.
- J’veux qu’tu reviennes, que … Enfin c’est con je sais puisque t’es là, c’est pas ça que j’veux dire. Mais là, ça fait deux s’maines que j’tourne en rond, j’ai l’impression de plus servir à rien quand t’es pas là. Que ma bouche, ben, elle sert à rien si y a pas la tienne pas trop loin. Que mes bras, s’ils peuvent pas te serrer contre moi, je ferais mieux de les couper. J’préfère pas exister sans toi, voilà.
C’est nul ce que je dis.
J’ai peur qu’il s’en rende compte, qu’il se remette à crier alors je serrer plus mon bras autour de lui pour le retenir et le garder le plus longtemps possible.
- Je sais que j’te donne pas c’que tu veux et que c’était pour ça, le coup de téléphone et tout … Et je sais que ça t’a fait mal aussi, que j’te fais mal, que j’nous « tire vers le bas » … Mais … Enfin, on est pas obligés de plus se parler, si ? Enfin je sais pas, on peut pas être au moins amis ? Au moins ça ? On l’a été super longtemps avant ça. Ça marchait très bien, et moi, bah, ça m’a tenu en vie. Qu’on arrête de s’embrasser, bon, ça va être dur je crois que je sais même pas encore à quel point … Mais même pas amis … Faut pas exagérer …
Je voudrais l’embrasser ou enlever son pull et son t-shirt pour voir si rien n’a changé.
Mais j’ose pas.
Et puis c’est pas ça qui va le faire rester.
C’est pas ça, qu’il veut.
C’est pas être amis non plus.
On entend des pas comme des petits rires d’étoiles je vois la tête de Victor qui dépasse de l’étagère et ses doigts minuscules aussi. J’ai l’impression que c’était y a dix mille ans quand je lui ai dit « eh on peut échanger de place ». J’ai l’impression que j’aurais pas dû lui poser la question surtout. Il ouvre la bouche et comme je sais que ça va lui prendre du temps pour expliquer son interruption j’abrège ses souffrances.
- Dégage, toi.
Je veux pas qu’on voit Silas pleurer à cause de moi.
Et euh …
Qu’on nous voie comme ça.
Putain. Mais je suis merdique. Je suis bon qu’à m’exploser contre un mur. Y a rien, rien, rien à en tirer de celui-là. (Moi) Il me faudrait une fonction clic-droit supprimer comme sur l’ordinateur. Histoire de me dégager une bonne fois pour toute. Il me restera qu’à un deuxième clic dans la corbeille pour m’effacer pour de bon. Demain, plus personne se souviendra de moi et de comment j’ai été incapable d’aimer correctement Silas. C’est-à-dire normalement avec le sourire amoureux devant les autres, qui, si ça se trouve, s’en foutent royalement que deux garçons s’aiment.
Tu vois, tu fais encore tout pas comme il faut.
En fait, tu fais rien, Coma.
Eh, mais qui t’a sonné toi ?
Non mais attends là. T’as déjà été le ciel de quelqu’un, d’abord ? Tu sais ce que ça fait, toi ? Tu sais ce que ça fait d’être non seulement le ciel mais aussi le soleil et les étoiles et la comète ? Tu sais ce que ça fait de dicter les jours et les nuits de quelqu’un rien qu’en changeant de couleur ? Tu sais ce que ça fait quand tu te rends compte un jour que t’es pas capable d’arrêter la pluie et l’orage parce que c’est aussi des parties de toi, du mauvais toi ? Et que ça rend la personne triste ? Tu sais ce que ça fait quand cette personne, même si elle t’aime, même si tu l’aimes, elle te dit qu’elle voudrait mieux changer de ciel ? Tu sais ou pas ce que ça fait ?
Alors tu fermes ta gueule.

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Ven 24 Oct - 16:43

Ses mains s’accrochent à mon pull et Coma me tire et m’attire vers lui, on se retrouve alors épaule contre épaule. Et par-dessus toutes ces larmes, par-dessus tous ces cœurs retournés, ça fait du bien. Ça fait du bien de le sentir respirer à côté (contre) moi, ça fait du bien de le savoir encore vivant malgré tout. Moi ça me met un tout petit peu de baume à l’âme.
Et puis
Et puis son bras vient s’enrouler autour de mes épaules et il me serre un peu, il m’étreint d’un bras. On est pas encore prêts à se tomber dans les bras l’un de l’autre, on est pas encore prêt pour se tenir la main et on est encore moins prêts pour s’embrasser. Mais se toucher un peu, même avec mon pull entre nos peaux, c’est toujours ça de gagné. C’est un petit pas, mais peut-être qu’après on pourra se permettre de faire un pas encore plus grand jusqu’à courir pour essayer de rattraper les deux semaines qu’on a perdues, les deux semaines qu’on a gâchées.
Et puis avant il m’a aussi dit que les cheveux coupés ça m’allait bien aussi.
J’ai essayé de sourire mais ça n’a pas marché. Ma bouche n’arrive pas à aller vers le haut. Peut-être dans quelques heures, peut-être demain, quand je serai vraiment calmé, un peu plus apaisé. Quand j’aurai pas tous les muscles de mon corps tendus par la colère contenue à l’intérieur de chacune de mes cellules.
- J’veux qu’tu reviennes, que … Enfin c’est con je sais puisque t’es là, c’est pas ça que j’veux dire. Mais là, ça fait deux s’maines que j’tourne en rond, j’ai l’impression de plus servir à rien quand t’es pas là. Que ma bouche, ben, elle sert à rien si y a pas la tienne pas trop loin. Que mes bras, s’ils peuvent pas te serrer contre moi, je ferais mieux de les couper. J’préfère pas exister sans toi, voilà.
Il dit ça tout bas.
J’ai mon cœur qui se réchauffe un peu.
Ça me fait plaisir et ça me rassure. Même si je sais plus vraiment quoi penser. Je comprends plus grand-chose. Un coup il me critique et après il me dit que lui sans moi c’est pas possible, etc, etc. Pourtant je lui ai dis, je lui ai dis que j’étais pas un pantin, ni un esclave, je lui ai fais comprendre. Mais là c’est lui qui est là et qui rampe à mes pieds pour que je lui dise d’accord, je te pardonne.
Mais c’est déjà tout pardonné.
J’ai pas besoin de lui dire.
Je sais même pas comment faire pour l’aimer moins. C’est pas possible. Parce que même quand il était en colère il était beau, même avec ses larmes partout sur le visage, il était beau. Il est toujours beau. Il est beau de partout, beau des mains, beau des genoux, beau des cuisses, beau du ventre qu’il trouve parfois gros (après les coquillettes), beau des épaules, beau de la bouche (oh sa bouche), beau de partout.
Coma c’est mon œuvre d’art. J’ai mis dix-sept ans avant de pouvoir l’avoir rien qu’à moi dans ma chambre, pouvoir le toucher comme je veux, caresser son relief, le contempler sans cesse.
Et moi je veux pas qu’elle s’envole, mon œuvre d’art. Ni qu’on me la vole.
Je la veux rien qu’à moi pour un bout de temps encore.
- Tu sais moi ça fait deux semaines que je t’attends, Coma. Deux semaines, et pourtant t’es toujours pas là. J’ai eu vraiment peur de toi, tout à l’heure, quand t’étais vraiment en colère et tout. Je veux plus jamais te voir comme ça, plus jamais. J’ai vraiment cru que tout s’était effondré en toi et que tout… que tout ce qu’on avait réussi construire s’était écroulé. Je t’ai dis que j’voulais plus t’attendre et pourtant c’est encore ce que je suis en train de faire : attendre attendre attendre.
Je pousse un long soupir qui s’étrangle dans mes restes de larmes (que je garde pour ce soir, quand y’aura personne pour me voir et mon oreiller pour éponger mon océan personnel).
Et puis Coma il continue de parler. Moi j’aimerais bien qu’il se taise, qu’il arrête de se chercher des excuses, qu’il arrête de dire des mots avec sa voix qui trébuche sur chaque syllabe. Il peut pas juste se lever, là, me prendre la main, la garder dans la sienne et me relever ? Et puis marcher le long des rayons de livres, puis arriver devant tout le monde, là où il y a les élèves et les professeurs, sans lâcher ma main.
Je suis sûr que les gens regarderaient un peu mais qu’au fond ils en auraient rien à faire.
Parce qu’on est pas le premier couple de pédés.
Des filles qui se prennent la main, ça ne choque pas.
Alors pourquoi tout le monde deviendrait dingue parce que ce sont des garçons dont les doigts s’entrelacent devant eux ?
- Mais moi j’veux pas être ton ami, ça m’intéresse pas. Et puis peut-être que ça marchait très bien pour toi mais pour moi ça marchait beaucoup moins bien. Ça a jamais été une partie de plaisir de te voir embrasser Debbie devant moi. Parce qu’à ce moment là j’avais déjà mon bide qui se tordait dans tous les sens quand t’étais là et puis je devais me forcer à sourire vous dire oh je suis content pour vous deux vous formez vraiment un beau couple. Parce que c’était ça que vous vouliez entendre. Que vous vouliez tout court. Être beaux.
Je passe mes doigts dans mes cheveux raccourcis.
Et puis je laisse retomber mes mains sur mes cuisses.
La tête d’un garçon apparaît, sa bouche s’ouvre mais il a le temps de rien dire que Coma lui dit de dégager. Ça me fait hausser les sourcils. Je l’ai jamais vu comme ça, Coma. Je l’ai jamais vu autant renfermé sur lui-même, on dirait un animal sauvage. Prêt à mordre. Prêt à mordre tout le monde, sauf moi. Je le sais parce que du mal il m’en a déjà fait tout à l’heure et que là il y a sa main qui enroule mon épaule et qui la serre, qui la serre très fort comme un étau. Et même si je voulais je crois qu’il me laisserait pas partir.
Et puis là tout de suite je pense que j’aimerais bien l’embrasser.
Parce que je me demande quel goût a sa bouche quand il y a des larmes séchées dessus. Mais c’est pas le moment. C’est vraiment pas le moment. Et je veux pas que ce soit moi qui tombe encore à ses pieds. Il faut que je sois patient. Encore. Je vais voir de quoi il est capable.
S’il va faire des efforts, s’il va se décider ou non à me tenir la main.
C’est rien qu’une main.
C’est le même geste que quand on se la serre pour se dire bonjour devant les copains.
C’est la même chose.
Sauf qu’on la secoue pas. Qu’on la lâche encore moins. Et on peut même y entrelacer les doigts…

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Ven 24 Oct - 19:04

Je veux pas qu’on vienne me donner des leçons. Je m’en sors très bien avec mes soleils et mes ciels, très bien sans vous. Je veux pas qu’on vienne m’enfoncer en bon clou de merde que je suis, alors que je me suffis très bien pour me dire t’es pas assez, t’en fais pas assez, tu vas pas assez loin, tellement que je me juge que je peux même plus me supporter, je casse tous les miroirs que je croise pour pas être obligé de me voir. Y a que Silas qu’a le droit de me dire que je suis nul, que je fais tout pas comme il faut, que je peux mieux faire que ça, y a que Silas qui peut se permettre de me remettre à ma place parce qu’en plus quand il le fait ça me donne toujours envie de repartir au combat.
Sauf là.
Sauf là.
Je suis KO, sur le tapis, zéro pointé pour Coma.
Et faudra prendre une grue pour me relever (j’ai le cœur très très lourd).
- Mais moi j’veux pas être ton ami, ça m’intéresse pas. Et puis peut-être que ça marchait très bien pour toi mais pour moi ça marchait beaucoup moins bien. Ça a jamais été une partie de plaisir de te voir embrasser Debbie devant moi. Parce qu’à ce moment là j’avais déjà mon bide qui se tordait dans tous les sens quand t’étais là et puis je devais me forcer à sourire vous dire oh je suis content pour vous deux vous formez vraiment un beau couple. Parce que c’était ça que vous vouliez entendre. Que vous vouliez tout court. Être beaux.
Quand il dit ça j’ai l’impression d’être une maladie.
Je veux juste être soigné.
Et je crois que l’accalmie, c’est fini.
Il se remet à pleuvoir (c’est comme pleuvoir).
- Mais putain mais …
Faut que je me lève là, y a la bombe qui se réveille. Ça fait du monde avec la tronçonneuse. Je lui redonne son bras et je me mets à marcher comme si ça pouvait m’aider à trier les mots pour sortir les meilleurs, ceux qui diront le mieux comment je suis perdu, que j’y vois plus rien du tout et que je comprends pas comment faire ce que je dois faire.
Cacophonie.
- Tu sais bien que j’ferais tout pour toi, tu l’sais très bien, j’suis à g’noux devant toi, façon de parler, parce que putain mais t’es un soleil, j’te jure, si tu te voyais ! Et toi tu me demandes la seule chose mais vraiment la seule que je suis pas capable de te donner. T’imagines comme c’est dur ? Je sais que tu vas encore m’prendre pour un minable de dire ça, et d’ailleurs, t’as raison, mais c’est vrai, c’est comme ça. Alors non je sais pas ce que ça fait d’avoir subi Debbie et moi, par contre je sais très bien c’que ça fait de t’aimer et d’pas pouvoir t’offrir la chose que tu veux le plus au monde. Je sais aussi c’que ça fait d’se prendre soi-même par la main en disant allez cette fois on y va, on saute. Je sais c’que ça fait de marcher dans un couloir à côté de toi et d’me dire que cette fois j’vais le faire, sortir ma main de ma poche et prendre la tienne. Et de pas y arriver. Pourtant c’est pas compliqué. Je sais c’que ça fait de rentrer chez moi après , d’me regarder dans le miroir et de détester chaque centimètre de c’que j’vois. D’avoir des muscles et de quand même pas être assez fort pour t’aimer jusqu’au bout.
D’avoir tout le temps envie de crier.
Ce serait bien si Coma était un déguisement.
Je pourrais l’enlever à chaque fois qu’il me fait chier.
Je crois que j’arrêterais même de le porter.
Et je sais que c’est pas juste, ce que je dis.
Putain mais je le dis quand même, hein !
- Et puis … Et puis, j’ai pas envie qu’on soit amis moi non plus, évidemment, qu’est-ce que tu crois ? C’que j’veux, c’est t’avoir toujours près de moi tu comprends, je m’en fous moi que les autres soient pas au courant, j’m’en fous de faire attention à tous les coins d’rue, tant qu’on s’aime putain, tant qu’on s’aime ! J’peux pas vivre en sachant que tu m’aimes mais que tu veux pas qu’on soit ensembles juste parce que je veux pas te prendre la main sur le trottoir devant le lycée.
Je crie mais …
Mais c’est même plus contre lui, et c’est même plus de la colère, ma colère, je l’ai liquéfiée dans mes larmes, et s’il en reste des morceaux, ça va bientôt partir avec la deuxième fournée de pleurs.
Je crie des mots sans solution qui sont juste là pour combler le vide que je me suis amusé à creuser entre nous et tout autour aussi. Mes mots pour gagner du temps. Gagner du temps avant qu’il se rende compte une bonne fois pour toute que je vaux rien, que j’ai rien à donner. Et je pourrais faire ça toute la nuit, toute ma vie si ça peut le faire rester. Faut pas qu’il parte, faut pas qu’il parte.
J’ai du mal à soupirer avec les larmes dans la gorge.
J’ai l’impression qu’on est sur le bord d’une falaise, prêts à tomber.
Déjà un pied dans le vide.
Ça m’embête pas, de tomber.
Mais avec lui.
Et vu à quoi on ressemble en ce moment, on dirait pas deux personnes capables de faire quoi que ce soit ensembles à part se détruire.
Juste de s’aimer chacun de notre côté en remuant les larmes.
Je veux pas qu’on devienne deux gosses qui s’aiment et qui ont malgré tout pas envie de continuer, putain je veux pas, je veux l’attacher à moi et jamais qu’il s’en aille.
C’est quoi ce bruit ?
Ah, c’est le ciel qui me tombe sur la tête.
Je pensais pas que ça ferait ce bruit-là mais en même temps c’est toutes les étoiles qui me dégringolent dessus avec leurs copines ces espèces de folles de météorites et leurs amoureux les astéroïdes. Y a aussi les autres, les mortes, les étoiles filantes, celles des vœux qui servent à rien, et puis pour finir en beauté, le soleil, pas Silas non, le soleil normal celui que tout le monde voit.
Je ferme les yeux.
Ça bloque les larmes.
Dis donc, c’est vachement mieux comme ça.
Mais ça me fait peur au bout de deux secondes de plus le voir.
- Silas ? T’es là ?
Mi
_____
__ra
____b
__l
____e
(boum)

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Ven 24 Oct - 19:49

Je crois que tous les je t’aime du monde
tous les soleils
toutes les étoiles
ne suffiraient même pas pour nous sauver tous les deux.
Faut nous voir, aussi, avec nos cernes, avec nos yeux rouges et humides, avec nos traces de larmes sur les joues. Faut nous voir, tout tremblants, tristes et pourtant amoureux. Amoureux malgré tout, amoureux malgré nous. J’ai dis que c’était Coma qui nous tirait vers le bas, mais je crois qu’aujourd’hui j’ai un peu oublié comment nous élever vers le haut. J’ai perdu la notice d’utilisation qui dit : comment redresser son couple de façon à revenir là où les étoiles et le soleil brillent très fort. J’ai oublié comment on faisait pour prendre la main de Coma et aussi son visage, j’ai oublié comment le regarder avec les yeux de l’amour et lui dire en même temps ça va aller, on va s’en sortir. Aujourd’hui j’y arrive pas. C’est la chute libre depuis deux semaines, et ce qui me fait peur, c’est l’atterrissage. J’ai pas peur de me casser la jambe, ou même le bras, c’est pas grave, ça, ça se répare. Ce dont j’ai peur, moi, c’est de me casser le cœur. Et de plus savoir comment le réparer. Y en a pas de médecin du cœur, enfin si, ça s’appelle des cardiologues mais eux ils mettent des artifices pour que ça (se) batte correctement. Moi il me faudrait un médecin des sentiments, un monsieur sans blouse blanche qui me réparerait mon palpitant avec ses doigts de fées. Ce médecin là il a un nom, il s’appelle Docteur Nobody. Et je peux vous le recommander : ses doigts font des merveilles, ils n’écrivent pas très joliment mais qu’est-ce qu’ils sont doux.
Mais mon médecin du cœur je l’ai perdu il y a deux semaines.
J’ai lancé un avis de recherche muet mais il ne l’a pas entendu.
J’aimerais juste qu’il me donne un médicament avant l’atterrissage, pour limiter les dégâts. Mieux vaut prévenir que guérir, c’est bien ce qu’on dit, non ?
Comme un MERCALM mais pour le cœur. Un coeurcalm ou quelque chose comme ça. N’importe quoi pour éviter la douleur, pour le renforcer, pour lui dire de se préparer aux heures à venir.
Pour l’instant je trouve qu’il se débrouille plutôt bien, mon cœur. C’est que j’ai mon médecin à portée de main, alors il s’arrange pour battre correctement, même s’il rate quelques battements.
Coma se met à jurer, il dit putain. Et puis en même temps il me rend mon bras (trop violemment, ça me fout encore les larmes aux yeux et j’ai envie de lui hurler MAIS POURQUOI TU FAIS ÇA) et ses jambes fatiguées marchent devant les livres qui parlent d’amour et d’amour et d’amour. Pour sûr qu’ils parlent pas de nous, ces bouquins-là. Les écrivains ils auraient pas le courage de nous raconter, on prendrait trop de place, il nous faudrait des centaines de tomes pour nous raconter sans oublier des éléments.
Peut-être qu’un jour on s’écrira.
Pour jamais s’oublier.
On racontera tous les beaux et moins beaux moments passés ensemble. Toutes nos premières fois : première fois sur un skate, première fois sur un vélo à deux roues, premier film d’horreur, premier film porno, premier baiser , première fois dans mon lit, premier rencard, etc.
Et il se met à parler. Et je me sens très triste, très triste pour lui. Pour l’image négative, presque dégueulasse qu’il a de lui. Ça me fait encore pleurer. Parce que je suis pas capable de l’aider, je suis pas capable de le prendre dans mes bras et de le bercer tout doucement. Moi ce que je fais c’est l’enfoncer, l’enfoncer encore, l’enfoncer toujours. Tout ce que je fais, là, c’est maintenir sa tête sous la surface. Je veux pas qu’il détruise les miroirs les uns après les autres parce qu’il ne supporte pas sa vision. Je veux pas qu’il se déteste. Je veux pas qu’il se déteste à cause de moi. Je veux qu’il s’aime aussi grand que moi je l’aime, je veux qu’un jour il puisse se regarder dans un miroir, sourire à son reflet et lui dire : regarde ce que tu es, regarde tout ce que tu as accompli, je suis fier de toi. Et puis aussi il me dit que je suis un soleil. Mais moi j’aimerais lui dire aussi que quand je me regarde, quand je me regarde, je suis pas fier. Avant j’étais fier, j’étais presque beau parce que j’avais l’odeur de Coma partout sur moi, le passage de ses lèvre sur ma peau, le cœur encore tremblant de nos dernières entrevues. Et puis maintenant, je me trouve très laid et très minable. Je me trouve vraiment pas beau avec mes traits tirés, mes cheveux coupés et toujours aussi mal coiffés, et puis mes épaules voûtées, comme si j’avais pris un siècle d’un coup. Pouf. Comme ça.
J’avais pas prévu les effets secondaires à toute cette histoire.
J’avais pas prévu les yeux rougis à fore de trop pleurer. Les nuits sans sommeil. Les midis sans faim. Les midis sans fin.
J’avais pas prévu les maux de tête, la gorge nouée, le cœur lourd, les jambes comme deux grosses enclumes. J’avais pas prévu la langue trop sèche d’avoir oublié comment embrasser. J’avais pas non plus prévu les bras tout mous, les mains toutes froides.
J’avais pas prévu tout ça.
Et puis en plus je me permets de demander l’impossible à la personne qui compte le plus pour moi sur cette terre, qui compte plus que ma mère, mon père, Debbie et même les trois réunis. Quel imbécile…
- C’que j’veux, c’est t’avoir toujours près de moi
C’est ce qu’il dit au milieu de sa voix bouffée de larmes.
Moi je suis tétanisé. Tétanisé de quoi ? Tétanisé de tout.
Je sais plus quoi lui dire pour le ramasser, pour pas qu’il se perde et qu’il s’oublie.
Je pousse un soupir qui tremble trop pour être un soupir.
Coma se calme d’un coup. Il arrête de bouger. Il est face à moi et ses yeux se ferment. Comme pour dormir/comme pour plus me voir/comme pour mourir.
- Silas ? T’es là ?
Et puis il s’effondre, ses deux genoux sur le sol.
Comme s’il en pouvait plus de s’accrocher à sa colère et à son amertume.
Je me lève sur mes deux jambes fatiguées et moi aussi je tombe tout contre lui. Je serre très fort son buste contre moi. J’embrasse le doré de ses cheveux, ma bouche qui fouille le sommet de son crâne. Mes yeux qui se ferment aussi sur notre tristesse, comme s’ils en avaient marre de regarder eux aussi. Ma main caresse la courbe de son dos, de haut en bas puis de bas en haut. Elle réchauffe son corps tout froid. Son petit corps tout froid. J’essaie de devenir ce qu’il me dit.
J’essaie de devenir un micro-soleil. Ou un très grand soleil, peu importe. Mais son soleil à lui.
- J’veux pas que tu te détestes, Coma. J’veux que tu t’aimes, j’veux que tu t’aimes aussi grand que moi j’t’aime. J’veux que t’arrêtes de pleurer, j’veux que t’arrêtes de pleurer. Et puis tant pis, tant pis si tu veux pas me prendre la main. Je suis désolé pour le coup de téléphone, aussi. Désolé désolé désolé désolé
Je répète désolé encore cent fois.
- Je voulais pas qu’on finisse comme ça. J’veux jamais arrêter de te prendre dans mes bras, j’veux jamais arrêter d’aller au cinéma avec toi, j’veux jamais arrêter de t’aimer. Je veux qu’on continue de se tenir la main même cachés, je veux pas que tu en ailles loin de moi, je veux jamais te perdre, d’accord ? Et puis moi aussi, moi aussi je te veux près de moi pour toujours…
Je murmure tout ça, la bouche collée contre son oreille.
Je rouvre les yeux et je pose mon menton sur le sommet de son crâne.
Mes bras n’ont pas cessé d’enrouler son buste et le serrent très fort.
On dirait un puzzle. Un puzzle très vieux, avec les pièces toutes cornées. Un puzzle qu’on a laissé trop longtemps sous la pluie, dans la tempête, qu’on a laissé dehors et qu’on a oublié de faire sécher.
Coma je le laisserai jamais dehors.
Je le ferai entrer et j’allumerai tous les soleils de l’univers pour qu’il puisse se réchauffer.

(il est grand temps de rallumer les étoiles)

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Sam 25 Oct - 8:12

Il reste que des bouts de syllabes
perdus dans le noir de moi.
J’ai peur qu’il ait disparu mais j’ai trop peur d’ouvrir les yeux pour vérifier. J’ai peur qu’il soit parti et que ma vie commence vraiment à ressembler à n’importe quoi. C’est déjà un peu le bordel, surtout là avec tous les débris de ciel et d’étoiles et de météorites et de trous noirs et de soucoupes volantes et de planètes, mais je suis sûr que je peux encore m’en sortir si je mets les bras au-dessus de moi et que je dégage le chemin. Je suis sûr que je pourrais le faire les yeux fermés. Y a juste à pousser le plus fort possible pour repousser le ciel. Mais je fais quoi si y a plus Silas à l’arrivée ?
J’m’effondre ?
Je suis déjà à genoux.
J’en ai marre de crier.
Ça fait du bruit, ça me casse les oreilles, ça me donne mal à la gorge. Ça dérange les étoiles et ça peur à Silas. Ça fait mal à mon cœur qui préfère quand tout le monde s’embrasse. Et puis ça sert à rien. Ça m’est arrivé de dire des choses mille fois plus belles rien qu’en murmurant, et avec moins de mots en plus. Ça enlève même pas la colère non, tout ce qu’elle fait, c’est qu’elle sort et direct après elle trouve une cicatrice encore à vif dans laquelle se faufiler.
J’en ai marre de pleurer.
Ça griffe les joues, ça arrache les yeux, ça pique les lèvres. Ça rend rouge et ça embrouille la voix. C’est pas pratique quand t’as envie d’embrasser ton amoureux. Ça inonde tout sur son passage, toi et les autres aussi. Et puis tu peux toujours pleurer pour essayer de vider la réservé à larmes, ça s’arrêtera jamais, y a pas de « stock de larmes », y a que des larmes, elles sont illimitées, elles sont infinies, tu peux aller jusqu’au bout du monde avec elle.
J’ouvre les yeux.
Il fait noir.
Noir-Silas contre son torse.
Je respire et je soupire. J’avais oublié son espèce de parfum étoile / cigarette / soleil / automne / petit garçon / merveille du monde. Je le sers très fort contre moi malgré mes bras qui en peuvent plus, peut-être qu’avec un peu de chance ça deviendra mon parfum aussi et j’aurai moins mal quand il s’en ira avec un autre mec. Je sais plus. Je sais plus comment faire pour parler, pour rire, pour l’aimer, je suis éteint comme une lampe et même grillé comme une ampoule. Il me faut un électricien. Mais l’enlacer, ça je sais encore faire. Il me reste au moins ça.
(Il me dit des jolies choses en caressant mes cheveux.)
Je relève la tête et je trouve que lui dans mon champ de vision.
- Mais j’veux pas que … J’veux pas que tu renonces à ça alors que t’en rêves et que t’en crèves … Et qu’moi aussi, parfois, ça m’donne envie, quand je vois des gens qui se tiennent la main et qui s’en foutent … J’ai envie, tu sais … Faut qu’tu continues à tirer sur mes muscles pour que ça donne quelque chose, jusqu’à c’que je crie et que je dise putain arrête c’est je vais la prendre ta main …
Tu comprends ?
Tu comprends ?
Il m’impressionne, Silas. C’est comme les chansons. En musique y a que huit notes, huit sons et pourtant les gens les mélangent et à chaque fois ça donne pas la même chose. Silas, c’est pareil. Il n’a que deux bras. Que deux yeux. Que deux jambes. Qu’un nombril. Qu’un cou. Qu’une bouche. Qu’un cœur. Et pourtant je peux le regarder mille fois ça change toujours, c’est jamais la même chose (il est un peu plus beau tous les jours). Tu m’étonnes que je l’aime à une puissance thermonucléaire.
- Arrête.
Je prends ses bras et je les détache de moi et je me relève et pendant un instant mais rien qu’un instant je me dis putain je vais y arriver, à me tenir debout, je vais tomber, mais non, ça tangue juste, ça résiste pas mal finalement. Je marche jusqu’au bout de l’allée et puis je reviens et entre les deux j’ai eu le temps d’effacer toutes les larmes. Il doit juste me rester des yeux rouges et gonflés. Je reste debout comme ça avec mes bras qui servent à rien quand ils sont pas autour de Silas. Qui servaient. Putain je sais plus.
Silas brouille les pistes et gribouille mes pensées.
Silas chamboule tout.
Silas sait plus trop ce qu’il fait.
En fait il veut juste m’aimer.
Ce serait plus simple si je pouvais le prendre dans mes bras et rester comme ça. C’est tout.
Je vais partir en voyage. Je vais faire ma valise et je vais me casser d’ici. Je vais partir à la recherche d’un nouveau corps. Un avec des muscles aussi pour tenir le coup mais des muscles qui lâchent jamais jamais. Qui m’emmèneront jusqu’au bout et qui prennent jamais de vacances. La seule chose que je garderai c’est mon cœur. Comme ça, je pourrais toujours aimer Silas. Parce que Silas m’a quand même sauvé la vie.
Avant Silas je savais même pas que j’avais un cœur.
Il me servait juste à continuer.
- C’est juste pas possible c’que tu dis. J’aurais bien voulu ça m’aurait arrangé mais c’est pas possible de passer sa vie derrière les gradins du terrain d’foot, même moi j’le sais, et toi, tu l’disais y a cinq minutes … Et tu diras la même chose dans une semaine ou un mois et ça je peux pas, j’peux pas, ça m’épuise, ça m’enlève tout ce que j’ai, on peut pas passer notre temps à s’aimer, se quitter, s’aimer. Là t’es juste adouci parce que j’me suis mis dans tous mes états mais j’pourrai pas faire ça à chaque fois pour qu’tu m’prennes dans tes bras, et peut-être, pour qu’tu changes d’avis …
Attends deux secondes.
Attends, c’est nous ça ?
On dirait une chanson d’amour suicidaire que personne a envie d’écouter.
Putain.
- Tu veux quoi, Silas ? Tu veux que je me brise pour mieux me reconstruire ou me garder tel quel avec mes deux bras cassés et mon cœur qu’a le mal de vivre ?
Coma c’est toi qu’es en train de tout casser.
De foutre le bordel dans les pièces de puzzle déjà mal rangées.

J’ai oublié de demander à l’amour si, parfois, y avait des gens qui en sortaient vivants.

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Sam 25 Oct - 17:17

Coma il a la tête enfoncée dans mon pull. Et sans s’étouffer il me dit qu’il faut pas que je renonce. Qu’il faut pas que je renonce à ce dont je rêve. Qu’il faut que je continue à le titiller avec ça, à lui dire allez, prends-moi la main, je sais que t’en es capable, je sais que tu peux le faire, c’est juste deux paumes qui se touchent tu sais. Et ce jusqu’à ce qu’il s’énerve, qu’il ose. Mais moi j’sais bien que si je l’embête trop avec ça, je sais que si je lui demande tout le temps, il va se braquer. Il va se braquer, se renfermer sur lui-même et péter les plombs, avoir peur. Et moi je veux pas de ça.
Alors je préfère attendre et faire ça en douceur.
C’est un peu un animal sauvage, parfois, Coma. Faut pas le piéger. Faut prendre son temps.
- Arrête.
Ça me fait encore ouvrir les yeux. Une nouvelle fois il me rend mes bras. On dirait qu’il n’en veut plus. Et s’il ne veut même plus de mes étreintes, moi je vais où ? Est-ce que je continue à avancer ? Non. Je m’effondre, moi aussi. Je suis vexé quand il se relève et qu’il se met encore à faire les cent pas devant les livres qui parlent de romances. Il m’énerve, il m’énerve, parce que moi j’essaie avec mes mains et mes bras de le ramener vers moi et lui il s’enfuit toujours, il s’échappe et s’éloigne de moi. Il est sourd ou quoi ? Je croyais qu’il avait besoin de moi. On peut pas tout simplement se tenir l’un contre l’autre, se taire et apaiser les tensions, faire comme si tout allait bien pendant quelques minutes ?
Non, on ne peut pas.
Encore une fois, c’est demander l’impossible.
Et puis j’ai l’air d’un con, moi, avec mes genoux qui mangent le sol de la bibliothèque et mes yeux de chien battu qui s’illuminent dès qu’ils se posent sur Coma. Coma comète Coma étoile Coma soleil Coma demi-dieu Coma dieu tout court. Il aurait une aura sacrée autour de lui, une auréole au dessus de sa tête que je ne serai même pas étonné.
Ça décrit bien notre relation.
Lui debout et moi à genoux devant lui à essuyer toutes ses larmes et à continuer de dire que ça ira qu’on va s’en sortir même si ça doit prendre du temps, même si ça doit prendre la vie.
Il me dit que ce que je lui raconte, c’est pas possible. Qu’on peut pas se cacher toujours, se quitter s’aimer se quitter s’aimer encore et recommencer comme ça. Je pousse un long soupir. Je me sens vidé, vidé d’amour, vidé d’énergie. Pour aujourd’hui j’ai fait tout ce que j’ai pu, j’ai essayé de nous réparer, j’ai essayé de rajouter des briques à la construction fragile que nous sommes. Mais ça ne marche pas. C’est plus possible, on dirait. C’est plus de mon ressort. Qu’est-ce que je peux faire face au cyclone Coma dévastateur ? Rien. Rien du tout. Me laisser tomber à genoux et attendre que la crise passe.
Mais j’ai l’impression que ça fait l’éternité que la crise dure.
- Tu veux quoi, Silas ? Tu veux que je me brise pour mieux me reconstruire ou me garder tel quel avec mes deux bras cassés et mon cœur qu’a le mal de vivre ?
Je le regarde, l’air bête. Je veux les deux, je veux qu’il se reconstruise en mieux mais je veux pas le changer. Pour rien au monde je le changerai. Je veux juste qu’il aille bien et qu’il me tienne la main. Et je peux l’aider à faire les deux. Je peux l’aider à sourire avec mon corps, avec ma bouche qui lui fait des bisous et mes bras qui lui font des câlins. C’est pas un problème, je l’ai fait pendant quelques semaines. Et pendant des années j’ai été son épaule, sa béquille pour que jamais il n’ait à goûter le bitume en plus de ses chutes en skate. Je lui demande pas de changer, ça non. Je l’aime comme ça, je l’aime dans ses excès et aussi quand il lui arrive d’être très doux (son bras autour de mes épaules tout à l’heure). Je lui demande pas non plus de devenir l’univers pour moi, il l’est déjà. Et puis je veux pas la lune
je veux juste sa
main
- Je t’ai déjà dis ce que je voulais.
Je me relève, les jambes flageolantes, anesthésiées de mon trop lourd poids sur elles.
- Mais si c’est tellement impossible pour toi, mieux vaut qu’on arrête là, tu crois pas ? T’as raison, on va pas perdre notre temps à se quitter à s’aimer à se quitter. Tu vois tout à l’heure je t’ai encore dis que j’étais prêt à t’attendre encore un peu mais tu veux pas. Et tu veux pas faire des efforts non plus. Alors qu’est-ce qu’il nous reste ? De l’amour amer ? Toi comme moi on sait très bien qu’on veut pas de ça. Qu’est-ce qu’on fait, alors ? On arrête tout ou tu te bouges le cul une bonne fois pour toute ?
Je marque une pause.
Je souffle un peu, j’ai pas l’habitude de lui aboyer dessus, comme ça. J’ai le ton qui devient méchant, on dirait lui tout à l’heure. Mais là je suis paumé, j’ai jamais été aussi perdu de toute ma vie. Je sais même pas dans quel sens aller, je sais même pas s’il y a un sens à tout ça.
Ou peut-être que cette histoire c’est complètement absurde.
- C’est toi qui décide. Moi j’ai fait tout ce que j’ai pu.
J’écarte mes bras un instant et je les laisse retomber tout de suite le long de mon corps. Ça fait pof. Ça dit tant pis. Ça dit j’abandonne aussi.
C’est que j’ai l’impression de tellement donner et de ne rien recevoir derrière.
Ça me tue, cette histoire. Je pensais pas qu’aimer Coma ça aurait été aussi sportif, aussi douloureux. Je pensais pas que ça impliquait de se donner autant, de perdre souvent son souffle et ses mots aussi. J’ai beau dire on a qu’a tout arrêter. Mais tout au fond de moi, ça veut pas. Ça veut rien arrêter, jamais. Ça veut continuer de se battre jusqu’à ce qu’un jour il me la donne, sa foutue main.
Pour pouvoir ressentir cette décharge électrique, la plus forte de toute. Même plus forte que pendant l’amour. Parce que ce sera immense, ce sera un coup de tonnerre pour annoncer la vie.

Mais
peut-être que les étoiles se sont vraiment éteintes.
Peut-être qu’il n’y a plus rien à faire.

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MessageSujet: Re: D'AMOUREUX ENLACÉS.   Dim 26 Oct - 9:12

- J’ai pas envie de gagner du temps pour que tu recommences à vouloir me quitter dans deux semaines.
Je dis encore.
Maintenant ça fait comme un gouffre entre nous.
Si t’essaies de l’enjamber, tu tombes.
- Mais si c’est tellement impossible pour toi, mieux vaut qu’on arrête là, tu crois pas ? T’as raison, on va pas perdre notre temps à se quitter à s’aimer à se quitter. Tu vois tout à l’heure je t’ai encore dis que j’étais prêt à t’attendre encore un peu mais tu veux pas. Et tu veux pas faire des efforts non plus. Alors qu’est-ce qu’il nous reste ? De l’amour amer ? Toi comme moi on sait très bien qu’on veut pas de ça. Qu’est-ce qu’on fait, alors ? On arrête tout ou tu te bouges le cul une bonne fois pour toute ?
Tout s’effondre.
Tout se casse complètement la gueule.
Et la chute, elle est interminable, elle dure des heures on dirait.
Toutes mes croyances et toutes mes certitudes, tout ce qu’il me reste, et puis tout ce qui fait que je tiens encore sur mes deux jambes aussi, toutes les falaises dans mon corps, même les plus fortes et les moins vieilles, les moins effritées, toutes mes fondations, toutes mes briques mal posées les unes sur les autres. Mais Silas putain c’était justement là qu’il fallait les sortir tes mitraillette à étoiles et tes lance-comètes t’as pas compris ? Une dernière fois, pour me dire allez cette fois t’arrête ton cirque Coma, maintenant ça suffit.
Mais Silas il est tellement fatigué.
Trop fatigué pour lever les yeux vers le ciel.
Et me montrer toutes les constellations.
Silas c’est exactement le genre de garçon qui demande rien à la vie, qui répond aux sourires des inconnus dans la rue, quand il est pas en train de marcher le nez en l’air les yeux vissés vers le ciel, qui fait semblant d’écouter en classe pour que le prof soit pas trop triste, qui rigole pas quand quelqu’un tombe, qui vole pas les vélos qui sont pas cadenassés, qui ramasse les crayons égarés et qui cherche le propriétaire, qui dit excusez-moi, merci, bonjour, d’accord, pardon, pardon d’exister. Qui demande rien à personne. Qui regarde beaucoup les nuages en souhaitant juste vivre tranquillement. Et qui, malgré tout, peut se prendre un Coma en pleine gueule.
Et Coma, il s’excuse même pas.
Coma, il continue.
Coma, il va jusqu’au bout.
Jusqu’à ce que ça goûte vraiment la tristesse.
Y a un cri sans mots qui veut sortir de moi. Juste ça. Il vibre et il me tord de partout. Un cri pour expliquer ce que j’arrive pas à dire, ce que j’arrive pas à lui montrer, ce que j’arrive pas à vouloir. Y a un petit Coma en dedans, qui pousse tout sur son passage comme s’il voulait éclore en paix (comme une fleur, mon cœur). Devenir un grand Coma pour peut-être prendre la place du gros con qu’il y a en ce moment, celui qui avance et qui recule, celui qui dit tout et son contraire, celui qui dit dégage et tout de suite après je t’aime. Y a un orage dans ma cage thoracique, y a un tsunami dans mes yeux, y a une tempête dans ma tête, et ce qu’il me reste pour exprimer mon désespoir c’est des catastrophes météorologiques.
J’ai essayé pourtant.
J’ai essayé d’aller au paradis, et je me suis paumé en chemin. Je dois juste être fait pour me casser la gueule de mon skate et pousser sur les bras pour me redresser. Pour rester dans le noir, pour passer ma vie à chercher la lumière à tâtons, et la briser contre le mur quand je la trouve enfin. Mais là c’est même plus noir qu’il fait dans ma tête et dans ma poitrine. C’est plus noir que noir. Un noir que même les trous noirs de la galaxie peuvent pas imiter.
Et si la terre s’arrêtait de tourner ?
Est-ce que ça ferait pareil ?
- Bah va-t-en.
Et je hausse les épaules.
Et on dirait presque que c’est facile.
Mais vous imaginez même pas. Vous imaginez même pas ce que ça m’a demandé comme effort de soulever rien que les épaules, comme si j’en avais rien à foutre, mais en vrai c’était aussi dur que si j’avais le soleil posé sur l’épaule gauche et la lune sur la droite, c’était lourd comme deux planètes. C’était comme soupeser le monde tellement que j’ai failli pas y arriver. Et les mots. Ces trois mots de merde j’ai cru que j’arriverai jamais à les dire sans me mettre à pleurer. À les dire tout simplement. Les trois mots les plus graves de l’Univers mais les seuls auxquels j’ai pu penser.
Faut pas que je regarde ses mains.
J’espère qu’il va partir le premier. Moi j’ai les pieds attachés au sol, je serais même pas capable de faire deux pas pour aller chercher mon cœur qui est tombé et qui est en train de se casser (il en a marre de moi). Je peux pas me retourner le premier et lui faire voir mon dos avec la colonne vertébrale qui s’effondre complètement d’avoir perdu, ça y est, son plus fidèle copain, son pilier. Y a tout qui part en lambeaux à l’intérieur et je préfèrerais qu’il soit pas là quand ça va commencer à se voir sur mon visage. Je veux pas qu’il me voit perdre toute la détermination que j’essaie très fort d’afficher avec ma bouche et mes yeux et mes joues et mon front. Je veux qu’il y croit dur comme fer. Comme ça, il reviendra pas. Comme ça …
Putain.
Va falloir s’entrainer à sourire tout seul maintenant.

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