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 t'as qu'à crayonner mon âme (libre)

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MessageSujet: t'as qu'à crayonner mon âme (libre)   t'as qu'à crayonner mon âme (libre) EmptyVen 22 Aoû - 2:07

Elle est fatiguée, alors elle a décidé de pas aller en cours. T'façon on lui on veut jamais. Elle sèche qu'une heure, elle se l'est promis. Elle marche dans les couloirs avec ses fringues tellement typiques ; un legging vert à motif et un T-shirt gris trop grand. Des sneakers noires. Et puis ses cheveux qui flottent un peu derrière elle. L'air maussade, le regard blasé. Elle se dirige vers la bibliothèque, parce que dans ce lycée de ratés la plupart préfèrent s'tailler pour faire des conneries, genre Ernest qui joue trop au con, plutôt qu'aller bouquiner. Elle sera tranquille, sûrement. Elle espère. Elle est fatiguée la Sasha. Fatiguée de quoi, elle sait plus. Les insomnies sont fréquentes ces temps-ci. Elle sait pas pourquoi. C'est chiant. Bref, elle pousse les portes de la bibliothèque, se sentant bizarrement en sécurité au milieu de ces étagères. Elle adresse un vague sourire à la bibliothécaire et se réfugie directement dans les rayons de philosophie. Elle aime bien la philo, s'poser des questions qui la dépasse un peu. Pourtant, dans la vie, elle se prend pas la tête Sasha. T'façon elle est un paradoxe. Ses yeux tristes et verts glissent sur les dos des bouquins, elle cherche un titre qui l'accroche puis elle trouve. Elle s'empare du livre - un peu gros - et l'attire à elle. Mais voilà, elle est maladroite et les bouquins voisins viennent avec celui choisi, s'écroulant sur ses pieds ou par terre dans un fracas qui lui fait venir le rouge aux joues. Me remarquez pas s'il vous plaît. Putain, grogne-t-elle, se cachant derrière ses longs cheveux bruns.
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MessageSujet: Re: t'as qu'à crayonner mon âme (libre)   t'as qu'à crayonner mon âme (libre) EmptyVen 22 Aoû - 3:14

Si je me trouve pas un endroit pour dormir d’ici cinq minutes, dix balles que j’m’écroule en plein milieu d’un couloir. Pas que je me sois déchaînée toute la nuit à l’occasion d’un ersatz de Projet X, non, j’aimerais bien, ce serait plus glorieux – plus glorieux que de reconnaître, ainsi que le trahit vivement la rougeur acide de mes yeux, que j’ai perdu toute ma nuit à cramer une bonne moitié de mon gros caillou de crack. Je tiens plus.

Bibliothèque.

Les onze lettres du panneau au-dessus d’une grosse porte valsent sous mes prunelles enfumées. Silence religieux. Des tables sur lesquelles s’étaler. Personne pour te réveiller alors que Morphée te baise tendrement – mieux qu’un cours de maths. Mes pieds décident pour moi, usant d’ultimes forces pour me guider jusqu’au coin le plus muet et le plus sombre – sûrement le coin mathématiques, ou le coin philo’, personne de sain s’intéresse à ces trucs-là –, la table la plus reculée… Lugubre Belle au Bois Dormant cherche château délabré pour y pioncer jusqu’à ce que plus rien n’existe. A peine je niche ma tête au creux de mes bras croisés que je sens tous mes muscles se délier délicieusement, mes paupières céder enfin au poids de ma fatigue. Mes pensées se dispersent au gré d’un vent de vide dans ma tête, petites graines semées çà et là qui donnent naissance à un champ de pavots aux couleurs et fragrances doucement étourdissantes. Les pétales se déploient, deviennent les tendres ondulations d’un songe d’une nuit d’été, puis les tumultueux caprices d’un océan courroucé – et on oublie tout, on oublie la peur de mourir dévoré par les abysses glaciales de l’Atlantique, dans le rhum dont les effluves capiteux montent jusqu’au ciel, enivrant la lune qui cette nuit sourit plus grand et plus éclatant que jamais rien que pour ces pirates immoraux.

Boumbadaboum.

Putain c’est quoi ce délire. Je me redresse brusquement et me tourne avec quelque chose comme de la panique, comme si je m’attendais à voir le bahut explosé les élèves calcinés. Fort heureusement, les avalanches de livres n’ont jamais tué personne.

« Eh dis, y’en a qu’essayent de dormir ici… que je lance avec une pointe d’agacement. »

Et pourtant je me lève, m’approchant de la maladroite. Une moue boudeuse tord le tracé ténu de mes lèvres et les voiles translucides du repos salvateur assombrissent encore le bleu cristallin – le bleu ciel d’été, le bleu brûlant des Caraïbes – de mon regard. Je scrute brièvement l’inconnue – mignonne, elle me dit quelque chose, on est dans la même classe peut-être ? – puis me baisse, ramassant les bouquins par terre sans même savoir pourquoi – mon karma qui me mène inconsciemment à accomplir ma bonne action de la journée ?

« Sérieux… je marmonne, lisant en un coup d’œil le titre de l’un des pavés. Y’a vraiment des gens qui lisent des trucs aussi chiants ? »


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MessageSujet: Re: t'as qu'à crayonner mon âme (libre)   t'as qu'à crayonner mon âme (libre) EmptyVen 22 Aoû - 20:19

(c'est parfait voyons  I love you ça peut être sympa qu'une nana bouscule Sasha la passive :D)

Elle l'avait pas vu, elle faisait pas trop gaffe aux gens. Enfin, pas tout le temps. Elle s'était contentée de marcher de son pas un peu traînant, un peu trébuchant, comme si son corps la mettait mal à l'aise. Une voix agacée lui vint aux oreilles mais elle l'ignora délibérément, l'oubliant instantanément. Tellement passive. Elle préférait éviter les confrontations. T'façon, tout le monde cherchait les ennuis ici semblait-il. Elle se baissa vivement, contrariée, quand une main pâle vint s'emparer d'un des livres tombés à terre. Un peu surprise, elle leva les yeux, dégageant rapidement la mèche qui lui tombait en travers du front, et posa un regard noir sur la jeune fille qui tenait le livre dans sa main. Elle l'avait déjà vue. Peut-être. Elle savait plus, comme toujours. Des cheveux noirs et lisses, des yeux bleus, des lèvres rouge carmin et une peau diaphane, elle ressemblait à Blanche-Neige. Serrant les lèvres, qu'elle avait relevé en un petit - très petit - sourire mutin, la jeune fille ramassa les deux livres à terre et s'empara de celui que la princesse pâle tenait entre ses doigts minces. < Oui, les gens cultivés, dit-elle d'un légèrement hautain - pas vraiment voulu -, désolée Blanche-Neige, mais ici c'est pas un dortoir. >  

(bon moi ma réponse est toute petite tu m'en excusera  t'as qu'à crayonner mon âme (libre) 1726645491 )
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MessageSujet: Re: t'as qu'à crayonner mon âme (libre)   t'as qu'à crayonner mon âme (libre) EmptySam 23 Aoû - 15:29

« Les gens cultivés », hein ? Je ne feins même pas de réprimer le mince sourire narquois et le ricanement dubitatif qui me viennent à ces mots. J’ai envie de lui dire, à la brune méprisante, que la culture c’est comme de la confiture – moins t’en as, plus tu l’étales – alors je me contente de replacer silencieusement les bouquins sans me soucier d’un ordre quelconque – je ne fais que combler les trous, spécialité de chez-nous les gosses paumés qui savent plus quoi faire de tout ce vide autour d’eux et en eux.

« ‘‘La mer est comme un ciel bleu bleu bleu ; par au-dessus le ciel est comme le lac Léman ; bleu-tendre’’, que je cite ensuite doctement en plongeant mon regard dans celui de la jeune fille. Blaise Cendrars. Tu vois, moi aussi j’suis cultivée. »

A cette affirmation le rouge écarlate de mes lèvres éclate en un grand sourire – un de ces sourires de gamin plus énormes et plus vibrants que la galaxie –, je cache pas ma fierté de savoir, moi aussi, bêtement vexée que je suis par sa remarque. En plus, c’est vrai que je connais plein de choses même si mes sales notes ne trahissent pas une once de mon vaste savoir – tant mieux, comme ça ce sera un secret, mon secret, de toute façon c’est dangereux d’être intelligent dans ce monde. C’est courir le risque de le comprendre. Comprendre le monde. L’exacte prétention de la philo’ – ou la manie de se poser un tas de questions pour la seule satisfaction de se sentir cogiter.

« Ah et sinon moi c’est capitaine Yeux Bleus – parce que j’ai pas de barbe. Pas Blanche-Neige. Blanche-Neige c’était une conne. »

Allez, tends-lui la main comme le font les grands, redresse-toi orgueilleusement de toute ta hauteur, fais de la bibliothèque ton navire et de l’inconnue la belle femme kidnappée pour satisfaire les envies de l’équipage. Décoche-lui ton sourire voyou, ton sourire je domine les océans.

(t'inquiète j'aime quand c'est petit t'as qu'à crayonner mon âme (libre) 1586401696 )
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MessageSujet: Re: t'as qu'à crayonner mon âme (libre)   t'as qu'à crayonner mon âme (libre) EmptySam 23 Aoû - 16:30

(j'adore comme tu écris, et puis en plus tu réponds vite I love you. bref je me tais ¬¬ )

Sasha tord ses lèvres, s'en voulant de s'être montré aussi vaniteuse. C'est pas son genre, si ? Peut-être. Pourtant elle déteste ses filles qui se pavanent dans la cour, les reines du lycée comme on dit, celles qui ont des jolis cheveux lisses et puis qui brillent, celles qui savent marcher en talons et qui ont des gros sac avec des fermoirs en or. Celles qui ont un joli rire et qui ont l'air d'avoir une vie facile. Du genre la fille Roy qu'elle est obligée de se taper en cours. Mais la brune sourit narquoisement et cita quelque chose, quelque chose que Sasha ne connaissait pas. Bien joué, Blanche-Neige. Le nom, elle connaissait, elle avait déjà vu quelques part. Où, elle savait pas, comme toujours. Et puis elle sourit, un sourire immense avec des lèvres rouge écarlate et des dents étincelantes. Enfin. On y voit la marque jaune du tabac, mais pas beaucoup. On s'en fiche. Ses yeux rient aussi, ses yeux bleus cerclés de noir qui semblent comprendre des choses que personne d'autre ne comprend. Alors ça l'intrigue un peu, Sasha, cette fille qui semble heureuse. Elle lui tend la main franchement, pas formellement, et Sasha regarde cette main blanche tendue vers elle. Et elle se voit soudain la saisir, enlaçant ses doigts pâle de ses doigts à elle, parsemés de taches de rousseur. < Et il est où ton navire capitaine ? > demande Sasha d'une voix ironique, mais elle est presque tentée que la brune lui réponde qu'il est là, quelque part, caché derrière les rayons. Elle se laisse tentée par son imagination qui dort tout le temps, son imagination qui couvre la brune d'un chapeau de pirate et d'un corset noir. Et d'une épée aussi à sa hanche. Mais non, ça existe pas ça. Alors le sourire de Sasha redescend légèrement et elle retire sa main, la cachant derrière son dos.
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MessageSujet: Re: t'as qu'à crayonner mon âme (libre)   t'as qu'à crayonner mon âme (libre) EmptySam 23 Aoû - 19:11

La brune kidnappée – je me plais à imaginer qu’il s’agit d’une jeune et digne comtesse, destinée comme tant d’autres à un mariage qui exclut l’amour de ses conditions, et que nous, bande de rustres sanguinaires, la sauvons d’une morne destinée – saisit sa main. Blanc pur contre blanc tacheté – non. Blanc pur avec blanc tacheté. Peut-être que je l’emmène vers d’autres horizons, rien qu’à entremêler joyeusement ses doigts aux siens, tel Peter Pan menant Wendy vers le ciel tout parsemé d’étoiles bleues et argentées, vers la myriade de petites lucioles qui nous font des clins d’œil moqueurs parce qu’on les atteindra jamais – moi je vous atteindrai, un jour, promis, et je vais vous montrer c’est qui le patron.

« Mon navire ? Il est partout. Il est là où je veux qu’il soit. Il est dans la cour du lycée, il est dans les toilettes, il est chez-moi, il est à la Tortuga… Il est partout ! je m’exclame en étendant les bras à l’infini comme si je tentais vainement d’enlacer le monde entier. Il est partout. Mais pas là. Parce qu’il aime pas la philo’, lui non plus. »

Ma Diane, tout ce qu’elle aime, c’est sillonner les mers. Que les eaux sombres lui caressent lascivement les flancs, que le vent s’engouffre tête la première dans ses voiles immaculées, et que son corps de bois tout entier frissonne aux boums des canons. Ma Diane – enfin celle de mon papa, mais bientôt la mienne –, elle est comme moi, parce qu’avant même d’être dans la cour du lycée ou à la Tortuga, elle est dans ma tête. Ça, je le dirai pas à ma comtesse farouche, c’est bien trop triste pour elle dont le sourire s’étiole déjà. Oubliés la fatigue et le manque – le manque bordel, encore, toujours, il veut pas pour l’amour de Dieu et de tout ce qui existe en cette putain de Terre me lâcher la grappe au moins quelques secondes ? je meurs, putain, et si je m’affairais pas à rêver tempêtes et conquêtes je me tordrais par terre en me frappant le ventre juste pour annihiler les douloureuses distorsions mendiantes de mon estomac –, je veux embarquer mon inconnue brune avec moi, déterrer les trésors avec elle et les lui offrir – elle, en échange, elle me fera des sourires.

« Tu t’appelles comment ? – je me penche vers elle, dégageant d’un geste précautionneux les cheveux qui couvrent son oreille – En vrai je m’appelle Lucy, mais j’préfère capitaine. – aussitôt je me retire, lui souriant de plus belle – Dis, tu manges bien chez-toi ? T’es toute maigre. Et triste. Moi aussi je serais triste si je mangeais pas bien à la maison. »

Je lui avoue presque que j’ai des Pepitos dans mon sac, si elle veut, puis je me ravise, me mordillant les lèvres pour retenir les mots – ils veulent sortir, tonner, ils n’existent que pour ça, ils craignent le noir de ma mâchoire, mais non, vous ne sortirez pas, taisez-vous. J’aime mieux les garder rien que pour moi. Si elle est gentille je lui en donnerais un.


(argh merci t'as qu'à crayonner mon âme (libre) 2129135747 j'te retourne les compliments, enfin bref comme tu dis Arrow )
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MessageSujet: Re: t'as qu'à crayonner mon âme (libre)   t'as qu'à crayonner mon âme (libre) EmptyDim 24 Aoû - 18:38

Cette fille est jolie, avec son visage blanc et rayonnant. Elle est jolie quand elle parle de ces rêves enfantins, elle est jolie quand elle écarte ses bras comme si elle voulait conquérir le monde. Sasha regarde sa bouche qui bouge tout le temps, qui dit des choses étranges, des choses un peu sans sens, mais bizarrement, la brune se pose pas de questions. Peut-être qu'elle est trop fatiguée pour ça, ou peut-être que l'inconnu la captive, en tout cas elle écoute, et sa mine revêche semble légèrement moins boudeuse. Ses yeux ne fuient pas la demoiselle, elle la regarde intensément, attentive. Elle a jamais fait de bateau, elle. Elle s'demande à quoi ça peut ressembler. La capitaine la plonge dans un joli rêve alors que le quotidien de Sasha est gris, passif. Et puis la voilà qui avance son bras, ôtant une mèche de devant son visage, effleurant sa peau de ses doigts. Sasha frémit un peu, mais elle se laisse faire. L'inconnue s'appelle Lucy en vrai. < Lucy in the sky with diamonds, > chantonne aussitôt Sasha d'une voix inaudible. Et puis elle lui parle de son corps, et Sasha se dandine, baissant les yeux pour échapper à ce regard bleu et pétillant. Elle est agaçante cette fille aussi. Et la mèche de Sasha lui retombe sur les yeux. < J'oublie d'manger des fois. > répond la brune en haussant les épaules, son livre de philo toujours serré contre sa poitrine. Et puis des fois je vomis ce que je mange, tu vois, mais c'est pas des choses qu'on dit quand on se rencontre la première fois je crois. Je sais pas, ça se fait tu penses ? Tout s'avouer d'un coup, comme ça ? J'sais plus c'que c'est que les convenances, j'traîne avec des malpolis tout le temps, t'façon tout le monde est bizarre ici alors qu'est-ce qu'on s'en fiche de comment on est ou qu'on est pas.
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MessageSujet: Re: t'as qu'à crayonner mon âme (libre)   t'as qu'à crayonner mon âme (libre) EmptyLun 25 Aoû - 1:39

La comtesse – ou la duchesse, ou la baronne, j’en sais rien – elle me regarde, et moi j’adore quand on me regarde. On croirait pas à me voir fuir le regard lycéen, à faire la tronche pour cacher mon cœur du monde entier, mais c’est que tous ces yeux-là, ils me dévisagent, ils m’épient, ils ricanent. Ils jugent. Ces yeux-là font mal, ils écorchent la peau de leur goguenardise mauvaise et de leur vanité surfaite, ils t’arrachent un morceau – un lambeau sanguinolent – de toi à chaque coup d’œil. J’ai peur quand ces yeux-là me regardent. Mais quand les prunelles marécages, les prunelles vert carnage, me fixent… J’ai l’impression d’être quelqu’un d’important et de faire du sens, au moins pour une personne – une inconnue brune. Ça me donne l’impression, la belle illusion, que je suis plus seule dans mon monde de pirates de Caraïbes et de trésors ; je suis comme un p’tit solitaire qui se trouve un ami pour jouer. Et quand ma nouvelle compagne de jeu fredonne les mots sacrés – mes mots, ce sont mes mots –, mon sourire renaît comme moi. Enchanté, timide de fierté – oui, c’est moi, LSD ! – mais illuminé d’allégresse. C’est tellement facile de faire plaisir à un mioche, diraient certains.

Alors je l’attrape vivement par le poignet, ma noble otage, l’obligeant à abandonner d’une main son gros bouquin, sa carapace inflammable de pages et de lignes ; et je la traîne jusqu’à ma table, là où mon sac trône en souverain épuisé et tout ratatiné – c’est qu’il a pas mangé mes Pepitos, carrément plus utile et fidèle que le vieux machin violet dégueu’ de Dora.

« Allez, pose tes fesses, j’suis sûre que tu vas jamais lire ce truc de toute façon. »

Je ponctue mon invitation enjouée d’une grimace dédaigneuse – qui perd son temps à lire de la philosophie, de la pensée humaine comme n’importe qui pourrait en chier, alors qu’il existe tant de contes à dévorer ? – et plonges dans la vacuité obscure de mon sac. Hm, pas le pistolet à eau, non, pas le paquet de clopes non plus, encore un peu à droite, plus au fond, pas la flasque de rhum – quoique…

« Du rhum absolument dégueulasse, ça te tente ? »

… et je fouille de plus belle, ah ! les voilà enfin les sacro-saints gâteaux. Alléluia. Que l’on envoie les chapeaux au ciel, que l’on hurle des chansons paillardes et que l’on trinque avec les villageoises aux opulentes poitrines ! J’ai trouvé les gâteaux ! J’ai trouvé les gâteaux ! J’ai… pété un plomb. Un mince sourire fleurit sur mes lèvres carmin, un sourire que j’adresse à ma maigre princesse ainsi qu’un « Tralalère, tu sauras jamais mon secret ! », elle qui n’imagine même pas à quel point j’ai fait de mon esprit une fanfare, une vieille fanfare qui se casse piteusement la gueule – et dans le brouhaha des instruments usés et abusés la fanfare devient folie. Je lâche orgueilleusement mon paquet face à elle, un peu comme un sauvage ramènerait trois tonnes de viande agilement chassée à sa famille de sauvages, et au passage j’attarde mes doigts sur la peau fine, la peau étoilée, de mon butin innommé. Toutes ces petites taches, quelqu’un devrait les relier pour en révéler les constellations secrètes.

« J’te les donne contre un sourire et ton prénom. Parce que tu connais la chanson. »
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MessageSujet: Re: t'as qu'à crayonner mon âme (libre)   t'as qu'à crayonner mon âme (libre) EmptyMar 26 Aoû - 16:44

Les deux jeunes filles sont terriblement différentes et c'est assez amusant de voir comme Sasha se fait balloter dans tous les sens par cette jeune fille qu'elle vient juste de rencontrer. Son énergie vive se heurte à la passivité de notre héroïne sans jamais se lasser, comme les vagues d'une mer déchaînée venant s'écraser contre les rochers immobiles d'une rive inexplorée. Sasha remarque la timide moue de son capitaine lorsqu'elle fredonne les accords de la chanson éponyme, alors elle se dit que c'est peut-être pour ça que sa nouvelle compagne se nomme Lucy. Peut-être que son père est un fan des Beatles, peut-être que c'est un drogué qui traîne dans un coin sombre, qui ne s'occupe pas de sa fille - ce qui expliquerait ses rêves enfantins et ses histoires sur son bateau. Ou peut-être que c'était juste la chanson du moment quand elle est née. Au contact de la pirate aventurière et de ses mots fous, l'esprit de Sasha s'ouvre comme une fleur au soleil, comme un lotus rosé. Ses pensées s'étendent dans sa caboche triste, elle imagine mille histoire au sujet de Lucy. Est-ce que ton père est présent pour toi ? Est-ce qu'il est marin ? Est-ce que tu vis avec lui ? Est-ce que ton père est un fan compulsif des Beatles ? Hein ? Elle crispe un peu ses doigts, et ses ongles cassés griffent ses bras parsemés de taches. Patience Sasha. Mais quelque chose l'angoisse un peu - elle voulait travailler, elle a peur de prendre du retard sur ses devoirs. Mais voilà que la capitaine lui saisit le poignet et la traîne jusqu'à son lit de fortune, une simple table sur lequel trône son sac déchiré. Il a l'air d'avoir voyagé lui. Sasha résiste un peu puis se laisse entraîner à petites enjambées. Elle s'assoit docilement quand la chef lui ordonne de mettre ses fesses sur la chaise, et puis elle pose le livre à côté d'elle, le regardant avec un air désolé. Comme si elle s'excusait de l'abandonner. Elle ne dit mot, n'osant contredire son joyeux geôlier. Parce qu'elle est un peu sa prisonnière non ? Et puis la brune se met à fouiller dans son sac, laissant Sasha apercevoir quelques fragments de son contenu ; des clopes, un pistolet - à eau, dieu merci -, une flasque. Que son inconnue lui propose. Sasha grimace, risquant un coup d'oeil en direction de la bibliothécaire. Puis elle tourne un regard malicieux vers la brune. < Du rhum ? Comme les pirates ? > Elle soupire, le brin de malice terminé. < Pas dans la bibliothèque. Ailleurs, je serais ravie. > Elle disait oui à tout, mais elle plaisantant peu avec le lycée. C'était la seule stabilité qu'elle s'accordait. Mais Lucy n'en a pas fini puisque la voilà qui brandit un paquet de pépito comme s'il s'agissait du saint graal. Sasha soupire, mais elle est amusée. Cette fille semble s'émerveiller de tout, et quelque part, c'est touchant. Sasha aimerait bien s'émerveiller comme ça, mais elle se l'autorise pas. Réfléchie dans ses actes, mais toujours pensive. En observant les gâteaux, la soi-disant comtesse se rend compte qu'effectivement elle meurt de faim. Elle tend la main pour se saisir d'un pépito, et les doigts de la dame blanche se pose sur le dos de sa main. Sasha lève ses yeux de jade sur elle, incertaine. C'est étrange ce contact physique entre des inconnues et qui pourtant ne la dérange pas tant que ça. Elle laisse passer, oubliant les potentiels regards. On s'en fiche des autres, hein ? Et tandis qu'elle enfourne un des sablés dans sa bouche, Blanche-Neige lui demande son identité, et un sourire. Alors elle lui en offre un, tout chocolaté, balbutiant entre ses deux bouchées. < Sasha. Sasha Mellington pour vous servir cap'tain ! > Pourquoi ne pas se prendre au jeu hein ?
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MessageSujet: Re: t'as qu'à crayonner mon âme (libre)   t'as qu'à crayonner mon âme (libre) EmptyVen 29 Aoû - 18:56

Ouais, comme les pirates, sauf que ce rhum-là coûte pas cher et qu’il avive les envies de gerber au ventre plutôt que les chaleurs caribéennes. Pas dans la bibliothèque – je jette un coup d’œil au monsieur du CDI qui range des bouquins pas loin et ricane –, d’accord (quel est donc ce lieu maudit où t’as le droit ni de dormir ni de boire). N’empêche qu’elle a beau jouer les filles sages, la brune a des yeux vert malade, des yeux vert transparents qui donnent sur la tempête silencieuse, fuligineuse, d’une âme pas aussi saine qu’elle voudrait le faire croire. J’le remarque, commence à inventer des histoires glauques – elle se shoote à l’héro’, elle vend sa chatte à des faux héros, elle veut mourir, elle veut tuer – et oublie tout aussitôt – son sourire tout en chocolat disperse tout. De toute façon, on est tous cassés ici, et on a tous le blizzard dans les yeux, mais les vrais, les vrais, c’est ceux qui savent manger le blizzard à coups de sourires.

« E moj Saša, gdje je sada ljubav naša... je chantonne d'une voix enthousiaste, le carmin de mes lèvrs reflétant le beau sourire de mon inconnue qui a maintenant un nom. Toi aussi tu as une chanson ! Enfin, c'est un Sasha mec, comme le gars dans Pokémon, mais quand même. »

Papa l’écoute et la chante tout le temps, c’est peut-être un signe. Il voulait appeler notre bateau comme ça – le grand bateau qu’il a loué un été pour m’emmener voguer – mais finalement on a préféré Diane – pour que la lune adoucisse les vagues à notre passage, et pour qu’elle surveille nos nuits de son œil blanc. Mais Sasha, Sasha… ça caresse puis ça griffe, ça hésite entre tendresse et sécheresse. Allô, c’est Sasha. Sasha qui ? Sasha Touille. Sasha Rme. Ca charme, oui, ça, je veux bien le croire. Elle me charme, elle le sait sûrement pas, en faisant grincer la planche de bordage sous ses pieds. Je suis facile à charmer, aussi, je sais, je flashe et efface comme si l’amour c’était un polaroïd dont tu dégages les photos, les moments qui n’inspirent plus rien à ta contemplation nostalgique.

« Alors comme ça, tu penses avoir c’qu’il faut pour faire partie d’mon équipage, marin d’eau douce ? que je m’enquiers narquoisement, mon visage lacéré d’un sourire sanguinaire – un sourire loup de mer. J’te préviens, c’est hardcore à bord. »


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