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 iz / stop and stare.

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MessageSujet: iz / stop and stare.   Ven 15 Aoû - 15:42

C'est l'heure du déjeuner. Toujours le même schéma. Les tables réservées, les boulettes de pain jetées, les verres qu'on se renverse sur les gilets. On fait la queue, on passe notre carte, on refait la queue. Aenor tend le cou, elle a lâché ses « amis » dans la foule, comme pour être seule, un peu. Elle cherche des têtes qu'elle connait (elle connait beaucoup de monde) mais des têtes qu'elle a envie de voir. Beaucoup se retournent, la regardent, sourient ; elle les voit à peine. Elle s'avance alors à son tour, prend un plat et un dessert sur son plateau. Une pomme, aussi, parce qu'Aenor elle ne fait pas attention à sa ligne mais elle ne mange pas beaucoup. On dit qu'elle a un appétit de moineau. D'une main elle écarte une mèche de cheveux rebelle, retient son plateau de justesse, avant de le voir, assis seul à une table. Peut-être qu'il attend des amis, mais tant pis, Aenor s'en fiche. Oh Aenor, viens vers moi encore. Elle s'installe en face de lui, lui lance un sourire sauvage-apprivoisé. « bonjour iz. » murmure-t-elle de sa voix d'enfant, par ses lèvres un peu trop rosées pour se dire sans rien. Elle attrape sa fourchette, constate un instant ce qu'il y a dans son assiette, puis grimace. Elle relève alors ses grands yeux noirs vers lui, le regardant avec les joues légèrement rosies; est-ce qu'il lui en veut ? « comment tu vas ? »
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MessageSujet: Re: iz / stop and stare.   Ven 15 Aoû - 17:07

j'suis assis là, à ma table, tout seul. j'sais pas où est passée nik. elle doit être avec ses copines, elle a peut-être pas faim. j'croyais qu'elle me suivait, mais je l'ai perdue en cours de route. tant pis. j'peux manger seul. j'suis un grand garçon.
j'suis assis là, à ma table, tout seul. je me concentre sur mon assiette, mais y a rien de bon. ça m'donne pas vraiment envie, tout ça. alors j'attaque mon bout de pain, miette par miette.
j'suis assis là, à ma table, tout seul. et elle arrive. elle se met en face de moi, aenor. elle s'annonce, avec sa petite voix douce.
bonjour iz.
je souris, un peu, sans relever la tête. j'ai peur de ce que je vais voir. j'ai peur de la voir meurtrie, et je me sens rougir, déjà.
comment tu vas ?
je la relève finalement, ma tête. je la vois, là, avec ses lèvres plus roses que la normale, et mon cœur qui se pince. j'inspecte sa peau, à la recherche de la moindre ecchymose. silencieux, je la parcours des yeux.
comment je vais? bien. je crois. j'ai pas d'autre choix que d'aller bien, moi, face à aenor. j'ai pas le droit d'aller mal, j'ai pas le droit de me plaindre.
pas quand y a aenor.
pas quand y a pire.
bien, je vais bien. et toi?
dis-moi tout aenor. je te promets que ça m'intéresse. je veux vraiment, vraiment savoir comment tu vas. le problème, c'est que tu vas me mentir.
tu l'sais pas, moi j'le sais. puis, j'suis censé faire quoi, moi? te dire 'je sais tout, tu peux m'en parler'? non, c'est pas possible, ça.
j'attends, aux aguets. j'ai le souffle coupé, la bouche entr'ouverte. j'ai laissé tomber ma miche de pain, tomber mes mains.
j'veux savoir. vraiment.
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MessageSujet: Re: iz / stop and stare.   Sam 16 Aoû - 14:26

Il a l'air un peu bizarre. Aujourd'hui, elle le trouve étrange, mais elle ne dit rien Aenor. Parce qu'elle trouve souvent les gens étranges, en réalité. Parce qu'elle a une vision du monde décalée, décalquée. Quand il relève les yeux, elle sent ses yeux la parcourir de partout. Elle n'a pas l'habitude, venant de lui – d'habitude, ce sont les autres, ces chasseurs qui pensent qu'elle en a déjà vu beaucoup des lits alors qu'elle n'en connait qu'un – alors elle se met à rougir légèrement, derrière ses cheveux foncés. Mais elle lui sourit un peu. « je vais bien aussi. » répond-elle le plus naturellement du monde. Comme toujours. Comme ce matin, comme hier, comme tout à l'heure. Comme à Leo, comme à Millie, comme à Nastassja, comme à Maman quand elle l'a embrassée sur la joue avant de partir ce matin, comme à Papa quand il demande « Aenor, comment tu vas mon trésor ? Aenor, est-ce que tu dors ? » Alors oui, Aenor, elle va toujours bien. C'est la première règle. Aller bien. Tenir droit. Toujours. La deuxième, c'est de garder le secret. « pourquoi tu me regardes comme ça ? j'ai du pain dans les cheveux ? » fait-elle doucement de sa voix taquine et rieuse, en fouillant les quelques mèches de sa frange en le regardant au travers du rideau de ses cheveux. Elle arrête de rire, le regarde sérieusement. Aimerait lui demander s'il lui en veut, pour l'autre soir. Mais elle ne pouvait pas s'enfuir. Sinon ça aurait été pire. Et elle ne pouvait pas lui expliquer. Lui dire, lui dévoiler, mais sachez comme ça lui brûle les lèvres, parfois, comme ça lui brûle les ailes.
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MessageSujet: Re: iz / stop and stare.   Sam 16 Aoû - 18:24

j'ai pas vraiment de mal à sourire, ces temps-ci. je vais plutôt bien, pas moins bien que les autres jours, du moins. je suis moyennement heureux, sans grand drames dans ma vie.
pourtant.
pourtant, chaque fois que je croise aenor, que je vois son visage, sa peau rosie. à chacun de ces moments-là, aucun sourire ne me paraît.
il refuse de sortir, il se cache, salement.
je pourrais lui offrir des milliers de sourires rassurants, si seulement j'y arrivais.
et dieu sait que j'aimerais les lui offrir. juste lui sourire et lui dire, silencieusement, que tout va bien se passer. parce que je suis là, pour la consoler, même si je ne peux rien faire pour réparer ses angoisses. je peux juste les calmer, une fois la tempête passée.
seulement, je suis incapable de sourire, avec aenor, ces jours-ci.
elle, elle me sourit.
et moi, je grimace un peu.
je vais bien aussi.
moi, je grimace encore plus.
c'est bête, j'aimerais bien. ça m'embête, beaucoup.
j'aimerais, surtout, qu'elle aille vraiment bien.
je ne la lâche pas des yeux, aenor. à défaut de lui sourire, ou la prendre dans mes bras, j'essaye de me persuader que continuer de la regarder pourra la sauver.
je crois que c'est vain, déjà.
pourquoi tu me regardes comme ça ? j'ai du pain dans les cheveux ?
je rougis, énormément. le visage plus rouge que jamais. j'aimerais pouvoir me terrer dans un trou de souris, me cacher, et ne plus sortir jusqu'à ce qu'elle soit partie.
je ne sais même plus où me mettre.
non, euh.. je.. non, pardon.
je baisse la tête, encore plus rouge. je déchiquette mon pain en mille petits bouts que je me contente de laisser lourdement tomber dans mon plateau. je ne les mange même pas.
je n'ai plus faim.
je me creuse juste la cervelle, difficilement, à tenter de trouver comment approcher la chose.
j'aimerais, dans ces cas-là, être un adulte.
avoir un cerveau d'adulte pour trouver une solution plus rapide, la plus gentille possible, la plus douce, la plus censée. la mieux. celle qui lui fera le moins de mal, le moins peur. celle qui rendra tout le monde heureux.
mais je crois que même un adulte n'y arriverait pas.
c'est un cerveau de super-héros, qu'il me faudrait.
j'veux pas sauver le monde, moi, j'veux juste sauver son monde.
j'veux juste qu'aenor aille bien. pour de vrai.
tu n'manges pas?
j'me sens bête, à lui demander ça.
elle n'doit plus avoir beaucoup d'appétit, aenor, après tout ça.
elle n'doit plus avoir de goût à manger, aenor, avec tout ce qu'elle a.
déjà qu'elle ne mange pas beaucoup, aenor, en temps normal.
j'me sens bête, à lui demander ça.
en plus, moi non plus, j'mange même pas.
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MessageSujet: Re: iz / stop and stare.   Dim 17 Aoû - 10:34

Elle préfère se dire qu'elle se fait des idées. Pourquoi il serait bizarre avec elle ? Parce qu'il lui en veut. Peut-être. Sûrement. Elle se mordille la lèvre, voilà qu'elle va y penser sans arrêt maintenant. Il rougit soudainement, et Aenor, ça la fait sourire. Elle l'observe avec amusement. Ne devine pas tout ce qui le tracasse intérieurement. Pourtant, s'il savait. Que c'est pas nouveau, que c'est juste un secret. Que c'est un fardeau, mais aussi une habitude. Que ça fait quatre ans que c'est comme ça, qu'elle s'y est faite, qu'elle est presque résignée – c'est si triste à dire. « si, regarde. » répond-elle en attrapant la pomme posée sur son plateau encore presque intacte. Elle croque dedans à pleines dents. « tu vois que che mange ! » fait-elle en cachant sa bouche avec sa main, en riant un peu, s'étouffant de l'instant léger. La légèreté, c'est ce qui lui manque au quotidien. Si vous savez ce qu'il est lourd à porter, cet instant présent. Ce qu'il est lourd à porter, lorsqu'il appuie son corps contre le sien. « tu veux qu'on se voie ce soir ? pour me faire pardonner de la fois d'avant. » ose-t-elle alors amener, avec un sourire qui s'est effacé, et des yeux de chien désolés. Elle fait la moue, espère qu'il va le lui pardonner. Elle croque de nouveau dans le fruit, essuie avec sa serviette en papier le jus qui coule dans sa main et sur le coin de ses lèvres. Découvre légèrement une petite blessure, là au coin de la lèvre inférieure. Une simple écorchure, qui fait bien plus mal à l'âme qu'à la lèvre. Hier soir, elle a parlé un peu trop fort, elle a eu un peu mal encore, c'est une petite plainte qui s'est échappée, alors, il l'a mordue. Ça l'a faite taire. De suite.
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MessageSujet: Re: iz / stop and stare.   Dim 17 Aoû - 20:29

je suis tout rouge. comme une tomate, une écrevisse, une fraise, du sang. tout, tout rouge. pas juste les joues. les bras aussi, les jambes sans doute. mes mains. mon cou. quand je rougis, je rougis tout entier. je suis mal à l'aise tout entier. à l'intérieur aussi, je suis rouge. tout rouge.
ma bouche aussi, elle est rouge, de dedans. parce que je me mords les joues si fort pour ne pas dire de bêtise, que je me suis peut-être même fait saigner.
mais c'est pas grave. je suis juste stressé. angoissé. paniqué. gêné. mon coeur s'emballe un peu trop fort, et j'ai l'impression qu'il va lâcher. je vais exploser, je vais imploser. puis, il va y avoir beaucoup de morceaux à ramasser.
sauf si je me fais tout petit. tout, tout, touuuut petit. et j'essaye, fort. parce que je n'sais plus où me mettre. je voudrais bien pouvoir me cacher, comme ça, aenor, elle ne verrait pas combien je suis rouge, combien je suis au bord de la crise cardiaque.
aenor, elle, elle a l'air calme. elle a un sourire aux lèvres qui a l'air même authentique. mais moi, j'suis nul pour savoir quand c'est authentique et quand ça ne l'est pas, en vérité. mais quand même. elle a l'air plus calme que moi. et moi, si je suis angoissé, comme ça, c'est pour elle. à croire que tout ça, ça me met dans de drôles d'états pour elle, ça me met plus mal qu'elle-même. pourtant, c'est elle la concernée, pas moi. moi, j'ai juste été un spectateur pas attendu, un spectateur caché. j'ai été là au mauvais moment. j'aurais même préféré ne pas y avoir été.
si, regarde. tu vois que che mange!
je souris un peu. un peu distraitement, un peu sans sourire. je souris parce qu'elle mange, je souris parce qu'elle a quand même l'air heureuse. mais ça me brise le sourire, parce que moi, j'sais pas si elle est vraiment heureuse. pour de vrai, j'veux dire. elle me l'dit pas.
alors moi aussi, je me remets à manger mon morceau de pain. comme ça, peut-être qu'elle continuera de manger, aenor.
tu veux qu'on se voie ce soir ? pour me faire pardonner de la fois d'avant.
elle me fait une petite tête, aenor. une petite tête qui me fait sourire autant qu'elle me brise le cœur. comme si je lui en voulais, comme si je la boudais. mais non, c'est pas pour ça que j'essaye d'éviter ton regard, aenor. je te promets, c'est pas pour ça.
elle a une coupure, aenor. là, juste à la lèvre. ça doit lui faire mal, et je grimace un peu. j'ai toutes mes hypothèses en tête pour savoir d'où elle vient, sa coupure. et je suis sûr à 98,54% que je sais très exactement d'où ça vient. c'est triste, j'aimerais mieux ne pas savoir.
alors, on se voit, ce soir? j'sais pas. j'vais me sentir bête, ce soir. j'saurais pas quoi lui dire, moi. j'vais être tout bête encore, tout rouge. mes mains toutes moites et elle va être lassée de moi. et elle va rentrer chez elle.
et puis en même temps, j'veux lui crier, oui! OUI! on se voit ce soir, aenor. et le soir d'après, et tous les soirs. on sort, et on s'en va. et on ne reviendra pas. tu sais quoi? t'as qu'à t'installer chez moi. je te promets que tu seras bien. personne ne viendra t'embêter dans ta chambre, tu seras bien, très, très bien. je te le promets, aenor. viens, on s'en va. va-t'en avec moi.
mon estomac se tord dans tous les sens, tous. il va à gauche, puis à droite. virage en épingle, il suit sur un looping. là, comme ça. bim. l'estomac à l'envers et la bile de retour dans la bouche, avec un bruit fracassant, si fort que j'ai l'impression que toute la cantine l'a entendu. c'est peut-être juste moi.
t'es sûre que tu peux, ce soir? j'veux dire.. enfin, l'autre soir, tu.. tu pouvais pas, quoi.
j'hausse les épaules. c'est pas un reproche, aenor. c'est juste un fait. mais j'aimerais mieux que tu me dises que t'es sûre. et si tu me dis que t'as pas d'heure pour rentrer, c'est encore mieux. je ferais le mur toute la nuit, comme ça on n'dormira pas. comme ça, t'auras peut-être pas d'angoisse, ce soir.

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MessageSujet: Re: iz / stop and stare.   Mar 19 Aoû - 9:57

Elle lui propose ça comme ça. Pour lui faire plaisir. Pour se faire pardonner. Comme si, avec tout ce qu'elle supportait, elle était encore responsable de quelque chose. Aenor, t'es trop gentille mon trésor. Ah, la douce voix de Maman quand elle murmure ça. Si elle savait, elle aussi, à quel point elle est gentille, oui. Mais non, elle ne sait pas. Personne ne sait. C'est comme ça. Y a des secrets qui ne sont pas faits pour être découverts. Parce que si Papa part en prison, elle s'en voudra la gamine, à coup sûr. Elle fixe son ami, avec ses grands yeux ouverts et noirs. Leur grand ciel ouvert et découvert, exposant à la lumière de la cantine la seule étoile qui y brille encore. Elle fronce légèrement les sourcils quand il hésite, quand il questionne. Pourtant, elle voit bien que c'est pas par rancoeur. Plutôt par coeur. « oui, je demanderai à mon père à quelle heure je dois rentrer. » À quelle heure je dois venir. À quelle heure il va assassiner une partie de plus en moi, ce soir. À quelle heure je vais mourir. Parce que c'est ça, tu sais Iz. Aenor elle est toujours debout, mais au fond je meurs un petit peu plus chaque nuit. Pourtant, elle s'y est fait, la gamine. Ça lui semble presque normal. Presque. Elle se penche en avant, un sourire sur ses lèvres carmins. Sa main droite se pose sur celle d'Iz. Elle cherche son regard, insistante, comme pour voir ce qui le ronge. « promis que j'peux ! l'autre soir t'as débarqué à l'imprévu, et mon père voulait que j'termine mon devoir de maths. » Drôle de devoir de maths, hein. Quand l'inconnue de l'équation devient sa propre fille, quand les opérations deviennent des positions. Elle caresse le dos de sa main, distraitement, avant de continuer à manger sa pomme. Comme si de rien n'était. Comme si tout ça n'existait pas. Comme si tout n'était qu'une grande pièce de théâtre. Elle a l'habitude de jouer à la comédienne, Aenor. Mais elle ne se doute pas que quelqu'un a mis le nez sous son masque et qu'il observe la vraie. La vraie, Aenor. Pas la grande avec sa cigarette et son maquillage. Pas celle qui sourit tout le temps, pas celle que tout le monde connait. Non, l'autre, la vraie, sa jumelle à l'intérieur. Celle qui se terre comme une souris blessée, recroquevillée en boule en attendant le dernier jugement. Tss, dernier jugement. Si Aenor n'a jamais été croyante, elle est consciente que son âme brûle déjà quelque part en Enfer où Satan lui tricote un cercueil aux allures de char d'assaut.
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MessageSujet: Re: iz / stop and stare.   Mar 19 Aoû - 20:06

oui, je demanderai à mon père à quelle heure je dois rentrer.
pourquoi tu fais ça, aenor? dis-moi un peu pourquoi tu fais ça. moi, j'comprends pas. d'accord, d'accord d'après toi, j'sais pas. (il se trouve que si, je sais.) mais quand même. pourquoi tu te forces à y penser, comme ça? pourquoi tu te le rappelles, comme ça? moi, j'comprends pas. moi ça m'tuerait, rien que d'y penser. moi, j'y penserais même pas. j'éviterais tout ça. j'éviterais tout.
t'es forte, aenor.
moi j'pense que t'es très, très forte. t'es une fille forte. tu sais, je t'admire, aenor. tu le sais, ça? je te le crie dans mes yeux, tu le vois? j.e.t.'.a.d.m.i.r.e. très fort.
elle s'avance, aenor. elle met sa main sur la mienne, et puis elle cherche mon regard. d'accord, d'accord, je te le donne. cherche pas si fort, ça me gêne. arrête, j'sais plus où me mettre, moi. tu veux me tuer, c'est ça?
promis que j'peux ! l'autre soir t'as débarqué à l'imprévu, et mon père voulait que j'termine mon devoir de maths.
je serre les dents et regarde ailleurs. je regarde la fille, là-bas, qui se bat avec le distributeur de serviettes. je regarde le garçon, à côté de nous, qui lit son livre en mangeant la bouillie dans son assiette, et il a l'air de l'aimer, sa bouillie, contrairement à nous. je regarde le couple qui se tient la main, et la cantinière qui les regarde de travers. vieille chose aigrie. je regarde tout le monde, sauf aenor. pas dans les yeux.
pourquoi tu mens comme ça, aenor?
c'est facile de te dire ça, parce que je sais, mais toi tu sais pas que je sais. on va où comme ça, dis-moi? on est foutus.
tu.. tu pourrais dormir chez moi, ce soir? t'en dis quoi?
j'pourrais te faire échapper à l'enfer, juste pour un soir. ça te dirait, dis? allez, dis oui. ça me ferait vraiment plaisir.
alors je la regarde à nouveau, dans les yeux, avec un peu des étoiles -le tout est de savoir si les étoiles, elles me font briller les yeux de joie, ou de tristesse. c'est peut-être des semblants de larmes. mais je veux qu'elle voit, qu'elle le voit dans mes yeux, que moi, j'lui veux pas de mal.
et puis on pourrait faire nos devoirs ensemble, et ma mère appellerait la tienne pour la rassurer, comme ça, c'est mieux, non?
j'ai presque tout prévu, aenor, tu vois. tout prévu pour te sortir des griffes du lion. juste pour un soir. et t'as pas d'excuse, là. et on passera par ta maman, pas ton tyran de père. comme ça, ça sera peut-être mieux, hein?
dis oui.
juste
oui.
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MessageSujet: Re: iz / stop and stare.   Mar 19 Aoû - 23:54

Elle comprend pas trop, Aenor. Elle le regarde, avec l'impression de voir traverser dans ses iris mille pensées, comme une course automobile. Elle, ses idées se sont mangées un radar bien trop tôt, et n'ont laissé dans l'autoroute de son monde que de simples dérapages en guise de souvenirs.
Mais elles existent, ces idées. Parfois elle y pense. S'enfuir. Loin, très loin, et ne jamais revenir. Abandonner Maman ? Surtout, sauver sa peau. Sauver son âme, puisqu'on lui prend le corps. Mais toujours, la peur. Une entrave, une chaine autour du cou. Traquée, comme un animal en fuite. Aenor refuse de faire partie du gibier.
Enfin, il affronte son regard, et ça fait sourire la petite. Parce qu'elle aime bien ses yeux, à Iz. Ils sont clairs, quand on sait les regarder vraiment. Il a mille étincelles, mille éclats qui scintillent.
C'est là qu'il lui pose une bombe. Délicatement. Tiens, Aenor, garde la grenade entre tes petites mains. Il ne le sait pas, mais de l'intérieur, ça la fait frémir.

Aeor, elle ne va jamais dormir chez personne. Ni chez ses amis, ni chez personne.
Personne.
Elle ne répond pas tout de suite, mordille dans sa pomme sans le lâcher des yeux, son cerveau lui balance une nuée d'alibis à la rescousse. Mais elle a marre des excuses; alors pour l'instant, c'est le silence. Elle voudrait lui dire : oui, Iz, je viens chez toi. Et je rentre pas.
Mais elle ne dit rien. Jusqu'à-ce qu'il mêle sa mère au milieu. Maman, l'excuse la plus plausible. Maman, qui ne sait rien. Maman, qui va tranquillement au jardin arroser ses tomates et qui l'embrasse sur la joue tous les matins. Maman, l'alibi infaillible. Elle ne peut plus rien dire. « oui, comme ça au moins, tout le monde sera au courant, ça devrait aller ! » fait-elle avec un grand sourire.
Mais ça n'ira pas. Et elle le sait.
Il veut la sauver. Il vient de la condamner.
Elle va manquer leur rendez-vous, ce soir, cette nuit. Manquer son petit moment de plaisir. Il se fera une joie de le faire durer deux fois le temps habituel. De faire plus de choses. Des choses qu'elle n'aime pas. Des choses qui la font trembler, la nuit, quand elle y repense, et qu'elle a envie de vomir – de honte, de dégoût, de peur. Mais elle ne lui en veut pas. Au fond, ça lui fera du bien. Se solidifier un coup pour accueillir le prédateur les bras ouverts. « c'est gentil en tout cas. puis, j'suis jamais venue dormir chez toi ! » Jamais. Ni chez toi, ni chez Leo, ni chez personne d'autre. Parce que ses épaules, son ventre, ses cuisses. Portent les marques d'appartenance d'un berger, déjà. Et qu'une brebis égarée reviens toujours dans les filets. Parce qu'on n'y peut rien. Qu'elle avance dans l'existence avec l'échine de la condamnée. C'est sûrement le plus triste, dans l'histoire. Enfin, si on se permet de classer les éléments par degré de tristesse. « ta mère dira rien ? j'veux dire... » Elle se met à rougir, sourit un peu, remet une mèche de ses cheveux en place. « ... elle croira pas que genre, j'suis ta copine et tout ? » Au fond, qu'est-ce que ça ferait ? Non pas que ça la dérangerait, vous savez. Mais elle fait comme tous les ados de son âge. Elle déambule dans l'ère pré-adulte. Celle des questions, des doutes, de l'effroyable impression à double-tranchant : soit on est tout, soit on est rien. « et j'ai pas mon pyjama. tu me prêteras un t-shirt ? » Elle n'est pas pudique, Aenor. Mais elle veut pas montrer. Elle ne sait pas qu'il les devine déjà. Qu'il sait que la déchirure à la commissure de ses lèvres, elle ne l'a pas faite toute seule. Alors, elle croit qu'il faut encore cacher. Déguiser. Camoufler. Elle lui offre un sourire fait en débris de verre. Un sourire pâle et tellement rayonnant pourtant. C'est qu'elle a appris à faire ses dents en cage. C'est qu'elle ferait une comédienne hors pair.
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