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 HAPPY VIOLENCE

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PSEUDO/PRÉNOM : endort-fine (élodie)
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MessageSujet: HAPPY VIOLENCE   Jeu 14 Aoû - 8:45



Ça me tue. Il a un bras léger autour de sa taille, comme s'il savait ce que c'était qu'être un couple. Il l'embrasse comme s'il connaissait le désir. Il la regarde comme s'il comprenait ce que ça fait d'être amoureux. Et peut-être que c'est vrai tout ça, même s'ils ont douze ans, j'en sais rien moi, je suis pas lui, j'ai déjà du mal à être moi. Je me demande si on a l'air réels avec Debbie. Réels comme eux : à notre façon. Je sais que je l'aime pas, je m'en fiche, tant que j'en ai l'air.
Bon.
Et puis quoi maintenant.
C'est compliqué un être humain de toute façon. Y a toute la partie organique et puis tout le côté sentimental, et tout ça, ça doit coopérer ensembles et en même temps. Alors c'est pas si étonnant que parfois, ça pète. Qu'il y ait des connexions qui lâchent. Le problème, c'est quand tout reste déconnecté. Off. Genre, moi. Moi, ce qu'il me faudrait, c'est un humain-ticien. Comme un informaticien mais pour les Comas. Parce que j'ai beau me taper la tête contre le mur, le soir, pour en faire sortir mes idées noires, ça sert à rien.
Et Debbie.
Elle comprend pas.
Moi, ce que j'ai compris, c'est que t'as pas besoin d'avoir été cogné ou violé dans ton enfance pour pas tourner rond.
Au skate park c'est l'heure des gosses, donc, des douze ans, des premiers amours et tout ça. Leurs silhouettes se mélangent et se succèdent sur les structures. Ils ont dix ou douze ans. Presque moi. Mais plus trop. Je les envie. Pourtant c'est les mêmes. Que moi. Même modèle. Les mêmes skates pourris et les mêmes gadins. Alors c'est quoi cette mélancolie à la con ? La différence c'est qu'eux, ils croient encore que s'ils poussent un peu plus haut leur skate ils pourront toucher les étoiles. Et peut-être que c'est eux qui sont dans le vrai. Les gosses-heureux. Et moi j'aurais tort.
(Mais pas sûr.)
Chacune de leur figure réussie me pique un sourire qui fait mal tellement j'ai oublié de sourire récemment. Sauf quand y a Silas. Et d'ailleurs il arrive là, ça fait mon sourire encore plus maousse.
Gigantesque.
C'est ça Silas. Un pousse-sourire, un fabricant de bonheur (le mien), un attrape-cœurs. C'est le moins pourri par ici, avec lui j'arrive encore à faire comme si tout était pas merdique de merde, et puis, eh, je lui dois Debbie, aussi. Merci, merci pour ma Debbie. Quand même. (Faut pas trop m'écouter quand je dis que j'aime pas Debbie, je l'aime, mais pas autant que je devrais. C'est comme Silas quand je l'appelle sale gueule, comme là en lui disant bonjour, faut pas croire, pas me croire, parce qu'il est très beau, vraiment. Blond comme moi, mais plus beau. Plus ange. Plus tombé-du-ciel-je-me-suis-fait-des-bleus. Mal atterri quoi.)
- Ça va ?
Nul.
- Tu trouves pas que ça passe trop vite ? Ça ? Tout ? La vie ?
Nul.
Pourtant c'est une vraie question qui me taraude. La mienne, de vie, j'ai l'impression qu'on l'a mise sur avance rapide x 164 et que tout ce que je peux faire, c'est la regarder défiler. Et c'est comme si ça me passait trois mille au dessus. Vers les nuages. Debbie. Le lycée. Et tout ça. Je regarde distraitement.

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Jeu 14 Aoû - 8:47

Il dit bonjour sale gueule avec un sourire qui va d’une oreille à l’autre. Je réponds salut avec un sourire plus grand que le sien. Comme une compétition. C’est à celui qui sourira le plus fort quand l’autre est là.
C’est moi qui gagne.
Toujours.
Parce qu’il sait pas, lui, Coma, il sait pas mais moi quand je suis avec lui je fais jamais la gueule, je suis toujours bien, toujours en train de voler au ras du sol. Même si tout ce qu’il me donne c’est de l’amour pour les amis, ça me va. Parce que ça veut dire qu’il m’aime un peu. Pas comme je le voudrais mais pour l’instant ça me suffit.
Et puis il ‘’’’aime’’’’ Debbie.
Et dans Debbie y’a un peu de moi. Des cheveux blonds, un corps mince, une bouche deux yeux un front un nez qui se ressemblent un peu.  C’est ce que je me dis, c’est ce qui me rassure. Et que du coup un jour lui aussi il tombera amoureux de moi. Amoureux de bras un peu plus musclés, amoureux d’un torse tout plat.
De jambes poilues.
C’est pas grave, Coma. Prends ton temps, ça presse
pas.
Je vais m’asseoir sur le banc, à côté de lui, une cigarette au bec. Et puis on est là, tous les deux, à regarder les filles et les garçons sur les structures. Ils se tiennent par la main, s’enlacent, certains s’insultent. Ils apprennent à grandir. Est-ce qu’on est passés par là, nous aussi ? J’arrive pas à savoir si j’ai déjà insulté Coma avec le cœur. Je pourrais pas.
Et puis faudrait pas qu’il pleure, Coma.
(Non, Coma il peut pas pleurer. Il est trop fort pour ça. Le chagrin, ça lui irait pas. Il est trop grand pour les larmes, pour le sel collé sur les joues. Faut pas oublier : c’est un super héros sur sa planche à roulettes. J’ai pas encore trouvé ses super pouvoirs, mais ça devrait pas tarder.)
Ça va, et toi ? je réponds. Puis il me pose une question. Une question un peu existentielle, où faut réfléchir un peu. Bien sûr que si ça passe trop vite. Regarde, par exemple, on n’a jamais le temps d’aller voir tous les films qui sortent au cinéma. Et les nuits sont toujours trop courtes. Puis t’as vu Debbie comment elle a grandit ? Dire qu’il y a trois ans, c’était encore une gosse, avec des grosses joues et puis elle mettait pas de talons et elle s’habillait pas comme une… comme… comme maintenant, quoi.
Soupir léger.
(J’ai toujours des soupirs légers quand je pense à ma sœur, c’est comme ça, mais elle me rend fou et puis elle est pas avec le bon garçon. Enfin si, bien sûr que si que c’est le bon, mais il est pas pour elle. Et puis elle le regarde pas comme moi je le regarde, avec des yeux comme des planètes et le cœur gonflé de vent. Et puis Coma non plus la regarde pas avec les yeux de l’amour. Ça me tue cette histoire. Y a une personne
de trop.)
Et les gamins devant nous. Dans combien de temps ils la prendront, leur première cuite ? Combien de temps avant que cette fille-là prenne un corps de femme, combien de temps avant que les parents du garçon sur son skate divorcent, combien de temps avant la première garde à vue, combien de temps avant la première cigarette, la première fugue, le premier chagrin d’amour.
Je tends ma cigarette à Coma. Tiens, tu la veux ? J’en ai pas envie, en fait, je dis.
Encore combien d’années avant d’être vieux ?

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Jeu 14 Aoû - 18:34

Il dit oui ça passe vite t'as raison, ça passe tellement vite qu'on rate les films au cinéma, qu'on rate nos huit heures de sommeil la nuit. Et puis il dit Debbie. Il parle d'elle, il dit qu'elle porte des talons et il dit « avant elle s'habillait pas comme une ...» et on sent qu'il y a quelque chose d'autre qui l'embarrasse, il en perd sa clope, je me mets à la fumer, comme il propose. Lui il doit ruminer dans son coin et moi je pense à Debbie. Debbie talons. Debbie "comme une". Comment elle s'habille, déjà, Debbie ? Elle porte des talons apparemment. Je croyais qu'elle avait grandi.
Je sais pas moi.
Peut-être qu'il est au courant de quelque chose, Silas, et pas moi, peut-être qu'il a vu quelque chose que moi j'aurais raté, peut-être que Debbie, je la regarde pas assez. Et alors ça veut dire quoi "comme une", comme une quoi ? C'est grave docteur ? Si elle continue de s'habiller comme-une, est-ce que les gens ils vont arrêter de nous trouver jolis ensembles ? Est-ce qu'il va falloir que je rompe avec elle ? Ça me ferait pas trop pleurer, moi, mais c'est que les Debbies, y en a pas partout. J'aurais du mal à m'en trouver une autre. Et Silas, il a pas trente six sœurs à présenter à son nigaud de meilleur ami, même pas une sœur jumelle, ce qui serait brillant, comment j'vais ...
Stop
Stop
STOP
Ça suffit les associations d'idées à fond les ballons, non mais regardez-moi cet empoté avec sa clope à moitié fumée, ses rêves de traviole, sa petite copine à la garde-robe inconnue. Heureusement, y a son meilleur pote, un espèce de soleil avec des jambes. Ouf. Ça va mieux. J'ai failli partir en sucette, là. C'est vrai qu'une fille, ça peut vous mettre un homme à l'envers. Et un meilleur ami, dans ces cas-là, c'est bien.
Un Silas, c'est encore mieux.
J'ai plus de chance que toi.
Je le regarde, je me souris à moi-même, et ça suffit pour l'instant. Ça me suffit d'être assis près de lui, à regarder des gosses comme on l'était quand on s'est connus, tomber et puis se relever, ça me plaît pour l'instant. Et si y a un truc qui le chiffonne (il a pas fini sa clope, quand même) j'essaie de pas y penser jusqu'à la prochaine minute.
Parce que là je suis bien.
À le regarder.
Infini.
J'aimerais bien qu'il me parle, lui, et moi, l'écouter. Un truc que j'aime c'est quand il dit mon prénom. Ça me tue. Mon prénom je le vomis, sauf dans sa bouche. Il a une façon de le dire, c'est pas comme les autres.
Coma.
Coma.
P’têtre qu’il manque une lettre. Si seulement. Ça aurait pû être Cosma et puis voilà. Dérivé du cosmos, de l’espace. Un premier échec. Et Coma. Quand j’ai de trop mauvaises images dans la tête j’essaie d’y mettre des étoiles et des paillettes mais c’est pas toujours facile, y a des causes perdues, Coma par exemple.
Silas.
Silas ça c'est un prénom. Un peu comme lilas mais avec une aile à la place du S. C'est une fleur. Silas il se fane le matin et il fleurit le soir, il perd ses pétales aussi, il en laisse partout comme ça on se souvient de lui, mais lui en attendant, bah il maigrit, il perd en épaisseur. En fait il est comme nous. On est tous des fleurs, mais Silas, il a son prénom qui le confirme, c'est ça que je veux dire.
- Eh, t'es parti où ?
Il a les yeux dans le vague, dans les vagues.
Et moi, pour le ramener sur Terre, et parce que ça doit être ça qui le travaille et le tourbillonne, l'a bloqué devant la cigarette :
- Y a ... y a quoi avec Debbie ? Ton histoire de vêtements et tout là ?

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Jeu 14 Aoû - 19:39

Dans le futur, je dis. Je pensai aux garçons et aux filles devant nous et à ce qui se passera dans leur vie plus tard. À ton avis, lequel va se casser la gueule en premier dans les escaliers de la vie ? Y en a forcément un qui va glisser sur la première marche et se casser le nez sur la deuxième.
Oh, tais-toi Silas.
J’ai les pensées en vrac. Elles fusent toujours de nulle part, elles arrivent avec leur non-sens et leurs bagages pleins de questions qui font naître d’autres pensées. Mais j’ai de la chance : je m’en sors toujours sans aucune migraine. Alors moi ça me dérange pas de réfléchir autant à toutes ces choses. Et puis j’aime bien imaginer.
Faire fleurir dans ma tête.
On devrait imaginer l’intérieur du crâne des gens. Voir qu’est-ce qu’on y trouve comme paysages. Si c’est le bruit de la plage ou plutôt une pelouse rase avec trois sapins perdus au milieu. Moi je crois qu’à l’intérieur de chez moi c’est une jungle. Des arbres qui vont jusqu’au plafond de mon crâne et des lianes qui tombent jusqu’en bas. Des ruines au milieu (pour les coups durs de la vie, les mauvaises pensées, les gouttes d’eau de mer salées et les tempêtes contre les murs de mon visage). Et puis des oiseaux aux centaines de couleur. Eux c’est pour les sentiments. Mais j’en garde plein en cage pour le jour où je serai tout seul avec Coma (vraiment tout seul, pas comme maintenant avec les enfants qui jouent devant nous)
et puis avec mes mains
j’ouvrirai la cage et tous les oiseaux ils voleraient vers Coma et ils laisseraient tomber des plumes dans ses cheveux (ce sera moi qui l’embrasserai, lui et le sommet de son crâne). Voilà.
Puis il me dit qu’est-ce qu’il se passe avec Debbie. Je fronce les sourcils et je regarde mes baskets trouées. Je remue les orteils et ça fait comme des vagues coincées. J’sais pas mais je trouve qu’elle est pas comme une fille de quinze ans… Moi je la vois partir au lycée le matin avec ses chaussures trop hautes et ses jambes maladroites dessus et ses jupes trop courtes… Tu la regardes parfois ou tu te contentes de l’embrasser les yeux fermés ? Tu sais tu devrais peut-être lui dire… Toi au moins elle t’écoute. Lui dire qu’elle devrait faire attention. Parce qu’elle peut pas se promener tard le soir comme ça, tu vois. Moi j’voudrais pas qu’il lui arrive un truc, à Debbie. Et tout ça très vite et à demi-voix.
Tout à l’heure je voulais dire « comme une traînée » mais j’voulais pas que Coma gueule. Et puis c’est pas vrai Debbie c’est pas une traînée. Mais faut la regarder, aussi, avec ses cheveux jusqu’aux reins et sa bouche comme un cœur… Mais peut-être que je divague moi tu sais, c’est peut-être parce que je suis son grand-frère alors je m’imagine des trucs et je m’inquiète un peu parfois.
Silence.
Je regarde encore mes orteils qui remuent. J’essaie d’agrandir les trous de mes baskets. Comme ça on ira m’en acheter de nouvelles. Je dois avoir deux paires de chaussures. Mais elles sont toutes les deux pourries. Elles sont sales et puis sur la deuxième y a un trou dans la semelle alors je peux les mettre que quand il fait sec. Et puis quand je cours sur le bitume ça brûle ma chaussette.
Peut-être que je devrais vivre pieds nus, un peu comme les sauvages.
Je veux bien être un sauvage, vivre dans ma jungle. Mais avec Coma la comète à mon bras, alors. On pourrait dormir dans la même cabane. Et je pourrais lui faire des câlins/caresses avec mes mains et dormir sur lui contre lui.
Eh Coma, tu penses quoi des pédés ?

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Sam 16 Aoû - 8:34

Oh comme il a l'air tout emmêlé d'un coup mon lilas, j'ai envie de lui prendre la main et de l'aider à défaire les nœuds mais j'aime pas quand on se touche devant les autres, sauf quand on se prend dans les bras pendant les matchs de foot, parce que ça, c'est normal.  
- J’sais pas mais je trouve qu’elle est pas comme une fille de quinze ans… Moi je la vois partir au lycée le matin avec ses chaussures trop hautes et ses jambes maladroites dessus et ses jupes trop courtes… Tu la regardes parfois ou tu te contentes de l’embrasser les yeux fermés ?



Tu la regardes parfois
ou tu te contentes
de l’embrasser
les yeux fermés
La regardes / l’embrasser / les yeux fermés.
Plouf, coulée notre image figée, dégueulée la vérité. Évidemment que Silas il le sait, il l’a bien vu dans mes yeux, ou plutôt non, il y a rien vu, puisque y a rien à voir, désert, c’est un sahara mais yeux (pour l’amour). Et moi je sais même pas que ce que ça fait d’être content d’embrasser quelqu’un. Moi, si je ferme autant les yeux, c’est pour attendre tranquillement que ça passe. Debbie, c’est ma Première, et tout compte fait, sûr que le gosse là-bas il sait mieux que moi être amoureux de sa gamine. Moi, je coule. Imagine, c’est un peu gênant d’être Silas. Sa (petite) sœur et son meilleur ami en couple, (grâce à lui), et pas une molécule d’amour. Rien que des contours pour les apparences.
Bah merde.
Je vois bien que ça le tracasse, parce qu’il est en train d’agrandir les trous dans ses chaussures. Ses baskets, d’accord elles sont usées, comme les miennes, mais il en profite, et quand il a un petit coup de stress au cœur, c’est sur eux qu’il s’acharne, qu’il défoule son angoisse. C’est pas compliqué, tu le vois qui étend bien ses jambes et puis ses orteils, c’est comme s’il voulait sortir de sa carapace de corps préfabriquée. Et les trous, c’est l’échappatoire. Quand il en est là, c’est que j’ai pas eu les mots pour le consoler, ou alors, que j’ai un peu trébuché dedans. Mais qu’est-ce que tu veux que je dise. Non, j’avais pas remarqué, rien vu du tout, et la prochaine fois, Debbie, je lui dirai d’enfiler un jean et je lui achèterai des Nike, j’en ai vu à la télé, bleues avec des ananas.
En attendant, je regarde loin de Silas.
Et là si je pouvais fermer les yeux sur lui aussi.
Je le ferai.
Mais on est pas en train de s’embrasser.
On est pas des pédés.
- Eh Coma, tu penses quoi des pédés ?
???
Ça commence à devenir effrayant. C’est comme de la magie où mes pensées déclencheraient la conversation de Silas, sauf que je sais pas très bien si j’ai envie de parler de ça avec lui. J’y avais même jamais pensé, moi, aux pédés, jusque là, jusque nous. Je sais bien qu’ils existent, mais au lycée, « y en a pas ». Enfin, ils sont dans les coins, quoi. Ils existent derrière le terrain de soccer, dans les toilettes, dans les vestiaires, dans les salles vides, au fond de la cour. Il n’y a que là qu’ils ont le droit de s’aimer. Et c’est vrai que parfois je les vois, dans le couloir, ils se tiennent par la main quand ils croient que personne n’est là pour les voir.
- Chais pas … J’comprends pas pourquoi y a des garçons qui décident d’aimer d’autre garçons … Qu’est-ce que ça change ? C’est plus facile, c’est mieux ? C’est pas très bien, j’crois, d’être un pédé, et puis personne les aime.
Conclusion :
- J’aim’rais pas en être un.
(J’aurais honte)
- Attends là … Ça rime à quoi, ça ? Moi j’te parle du rythme de la vie parce que j’trouve que la mienne va trop vite, alors toi, tu m’parles de pédés parce que t’en es un ?
Et c’est vrai que Silas n’a jamais
parlé d’une fille
embrassé une fille
regardé une fille
pensé à une fille
(pas devant moi).

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Sam 16 Aoû - 9:41

J’ai des sueurs. J’ai peur d’entendre sa réponse, je sais même pas si j’ai envie de l’écouter. Je sais que Coma il pourrait dire des mots qui blessent sans s’en rendre compte. Parce qu’il sait pas, lui. Il sait pas l’orage dans ma tête et dans mon ventre, le dérèglement des sens, l’aveuglement idiot et inconscient. Il sait pas, lui. Parce qu’avec Debbie je sais qu’il ressent rien de tout ça.
Ça se voit à leur façon de se tenir la main.
À leurs doigts qui essaient de s’entrelacer mais qui n’y arrivent pas vraiment. Ça me rend un peu triste, ce gâchis. Tout compte fait j’aurais peut-être dû garder Coma rien que pour moi d’un côté et Debbie rien que pour moi de l’autre côté. Et faire barrière entre eux. Et que même si Debbie trouvait Coma beau, j’aurais dû lui dire qu’elle aurait perdu son temps avec lui, qu’il était pas pour elle (parce qu’il était pour moi). Et puis à Coma j’aurai dû lui dire qu’elle était trop bête, que c’était pas ce qu’il recherchait, qu’elle était trop fragile, pas assez garçon…
J’ai les yeux tristes quand je pense à tout ce qu’ils font ensemble. Quand je pense aux caresses, aux baisers volés, aux mains baladeuses, aux peaux frissonnantes. Et quand je les vois ensemble j’ai le bout des doigts qui tremblent un peu et je me contente de sourire et j’essaie de me dire : quel
beau
couple.
Puis Coma parle. Il dit qui comprend pas les garçons qui aiment les autres garçons. Il dit aussi que c’est pas bien d’être pédé et que personne les aime. (J’ai un nœud qui se forme dans ma gorge et qui se resserre à chacun de ses mots). J’aimerais pas en être un.
C’est ce qu’il a dit.
Mes mains viennent fouiller les poches de mon pantalon pour sortir le paquet de cigarettes et une cigarette du paquet et puis le briquet aussi qui s’allume et qui arrive pas à l’allumer, cette salope de cigarette. Je dis "putain" les dents serrées.
Je tousse un peu parce que j’inspire trop vite trop fort.
Calme-toi, Silas. Il le pensait pas, de toute façon. Tout ce qu’il a dit c’était pour de faux, non ?
Non.
Puis il m’dit que j’suis pédé. Enfin il le demande et il a la voix dure et puis les sourcils un peu froncés et on dirait que je l’énerve ou je sais pas. Je le regarde avec les sourcils haussés et je rigole à moitié, incrédule. J’ouvre les yeux grands. Moi, pédé ? Mais ça va pas ou quoi ? Jamais d’la vie je serais pédé, moi. Puis calme-toi c’était juste une question comme ça, au milieu de la conversation… Et puis c’est trop la honte d’être pédé. C’est bien pour ça qu’on les voit jamais et que personne veut l’être et que personne veut le devenir… Je suis là, à faire des mouvements et à gesticuler dans tous les sens.
Ha ha ha.
Trop la honte d’être pédé, hein.
(J’ai envie de vomir). Je tire nerveusement sur ma cigarette. J’ai envie de chialer, de monter sur mon vélo pourri et de rentrer à la maison. Comment je suis nul et misérable… Quoi, alors fallait que je tombe amoureux du premier anti-pédé venu ? Mais comment je suis censé faire, moi, hein ? Faut le regarder, aussi. Faut regarder son nez, ses yeux, ses cheveux, sa dégaine. Faut regarder sa façon de regarder, sa démarche, ses sourires. Faut l’entendre parler, aussi.
Elle a bien de la chance, la Debbie.
Tu crois que si j’étais une fille, il voudrait bien de moi, Coma ? Bah non, bien sûr que non. Sinon il serait amoureux du moi garçon. Tu me crois, hein ? Je lui demande. J’espère que ça se voit pas que j’ai les yeux humides comme la mer. Et puis je cache mes mains donc il peut pas non plus savoir qu’elles tremblent, les malheureuses.
Puis peut-être qu’il me dira non, j’te crois pas. Ça crève les yeux que t’es pédé. Allez, Coma, on peut essayer de s’aimer comme des amoureux, non ? Avec les mains, avec les yeux… Moi j’suis sûr et certain que ça change rien. J’suis sûr et certain que c’est même mieux.
Et puis on peut se cacher, nous aussi.
Se voir la nuit,
comme dans les films,
les love story.
Et puis tu sais si j’ai pas encore de copine c’est qu’j’ai pas trouvé la bonne. Mais ça presse pas, hein, y’a le temps, non ? Est-ce que je suis en retard, Coma ? Est-ce que j’ai raté le train de l’adolescence, tout seul sur le quai de la gare, au milieu des enfants, des attardés, des vieux et des parents contrariés ?
J’ai peut-être oublié d’acheter le ticket.

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Sam 16 Aoû - 19:05

Y a son visage qui se défait, comme de la pluie qui tombe et qui s’écrase sur les fenêtres, comme un puzzle tout juste terminé dont on mélangerait cruellement les pièces, juste pour de rire (mauvais). Et même, il s’étouffe dans sa cigarette. J’ai un peu honte. Être pédé ou être un mauvais ami, je sais pas ce qui est le pire. Je me cache derrière la mienne, de clope, cette peureuse éteinte. Là, mon Silas, c’est plus des nœuds qui lui rongent le ventre, c’est tout un scoubidou, un océan emmêlé.
Gpmqlksdhfmc.
Comme ça.
Il me faudrait la touche marche-arrière pour remettre mes mots dans le bon ordre, pour les rendre plus indulgents. Parce que c’est lui, là, qui fait marche-arrière.
- Moi, pédé ? Mais ça va pas ou quoi ? Jamais d’la vie je serais pédé, moi. Puis calme-toi c’était juste une question comme ça, au milieu de la conversation… Et puis c’est trop la honte d’être pédé. C’est bien pour ça qu’on les voit jamais et que personne veut l’être et que personne veut le devenir…
Et avec les mots, y a les gestes, ceux d’un garçon affolé de voir son meilleur ami le croire homo, j’ai du mal à y croire, même avec les tourniquets de ses bras, le monde de ses yeux qui s’ouvre en grand, il me parle de filles, il me dit j’ai pas trouvé la bonne, mais moi je suis même pas sûr de l’avoir vu chercher, un jour. Je sens bien que ça pue, ces histoires de nanas. Et puis il m’aurait jamais dit « tu penses quoi des terroristes ? » s’il préparait pas un attentat.
Voilà où j’en suis.
Mais je veux bien jouer à Silas-est-peut-être-pédé-mais-ne-le-dira-pas-vraiment.
Si ça fait plaisir à tout le monde.
- Tu sais, moi, si tu m’avais pas présenté Debbie, je sais pas où j’en s’rai. Puceau et tout sûrement. Mais tu veux pas que j’te présente à ses copines ? J’les connais bien tu sais, le mercredi, Debbie me traîne en ville avec elles et j’dois leur payer des cafés et des gâteaux sans sucre et pleins d’trucs comme ça. Elles sont un peu gamines, pas très malines, mais elles sont mignonnes et gentilles tu sais. Tu veux pas ?
Comme Debbie. Parfaites pour faire tapisserie.
Je me noie dans le visage de Silas, dans son profil, je me pose pleins de questions.
Moi, en vrai, je fais des maquettes d'avion. Quand je fais pas du skate ou quand je regarde pas les autres en faire, je fais des maquettes d'avion. C'est des petits bouts de plastique que je colle les uns aux autres et ça fait des mini-avions qui transportent des polly pocket que j’ai volés à ma cousine. Je les peins en rouge ou en bleu, toujours, c'est pas très varié, pour les différencier je dois leur donner des noms. Sur ma table de nuit, j'ai l'avion-Silas et l'avion-Debbie. Voilà. Moi je fais des avions.

Je sais pas si c'est que j'ai envie de m'envoler ou de me crasher

Tout ça pour dire que si ça se trouve, Silas, il est pédé dans son coin, quand les autres regardent au loin, tout comme moi je fais des avions au fond de ma chambre, quand les volets sont fermés sur moi. Mais il devrait pouvoir me le dire sans que je m’excite sur le cas des homosexuels.
Bizzzzz.
Marche-arrière s’il vous plaît.
Devant nos yeux les gosses continuent leurs cabrioles, ils tournoient dans les airs, apothéose, rêve, et puis ils se ramassent direct sur les genoux, ça leur fera des bleus, et ce soir, maman les tartinera de Bétadine. Faudrait leur dire que même si en grandissant, en devenant nous, ils vont commencer à plus voler que tomber, sur leur planche, les bleus, c’est pour la vie, les bleus, c’est chaque coin de porte, chaque bord de meuble, chaque partie de vie, toujours dans le mi-temps. Faudrait leur dire que parfois, y a des meilleurs amis qui deviennent pédé et qui arrivent même pas à le dire à leur meilleur ami. Pas en entier. Surtout quand le meilleur ami est un crétin. J’ai pas envie de lui présenter les copines de Debbie, qu’on fasse semblant, j’ai envie qu’il me dise qu’il est pédé et j’ai envie de pas lui en vouloir pour ça.
Mais moi j’peux pas, j’peux pas.
C’est con.
Il y a des mots qui contiennent de jolies images. Plus qu’une prononciation qui caresse les lèvres et plus tard les oreilles, ils évoquent le Beau et contiennent des choses, ont une signification émouvantes au cœur. C’est pour ça que « parachute », c’est mon mot préféré.
Par contre, pédé.
Pédé, homo.
Pédé, ça, ça me ronge le ventre, ça me donne la migraine, c’est le contre-normal, c’est le pas-possible, c’est horrible, mais franchement, autant parler de parachutes, non ? C’est horrible. C’est horrible mon Silas.
Non mais quelle tâche.
(Moi.)
Allez, tâche, un petit effort.
- Silas, sérieusement, tu … T’as, genre, quelque chose à m’dire, ou pas ? Tu peux, hein. Tout m’dire. Chui une tombe. Ta tombe.

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Dim 17 Aoû - 7:56

Il me regarde, Coma. Pas qu’avec ses yeux, mais avec son visage tout entier. Avec ses sourcils sa bouche son nez… Moi mes yeux ils font bitume/Coma/bitume/Coma/bitume. J’en attraperai presque le tournis, à faire valser mes pupilles comme ça.
Et puis maintenant il me propose de me présenter les copines de Debbie. Il me dit qu’il les connaît bien (le pauvre) et il sous-entend qu’elles sont pas très futées. Non j’veux pas, non. Et puis j’ai pas besoin de toi pour me trouver une fille. Et puis j’veux pas dune fille juste pour avoir une fille, moi. J’veux pas faire ça pour me faire bien voir…
Oups.
Pardon Coma. J’aurai peut-être dû mesurer un peu mieux mes mots. Les rendre moins aiguisés, moins tranchants, moins piquants. J’espère qu’il ne m’en voudra pas. Mais j’ai de l’acide sur la langue. Je me sens poussière à côté de la comète Coma. Le garçon capable d’embrasser des filles pour avoir l’air
joli.
On regarde encore les gosses dans silence un peu douloureux. Et je les envie. Moi aussi je veux avoir douze ans, mes premiers boutons sur le nez et sur le front et regarder les filles et dire qu’elles sont jolies et me battre avec des garçons et leur dire - de toute façon vous êtes tous des pédés. Parce que c’est ce qu’on dit à douze ans. On n’est pas h o m o s e x u e l à douze ans.
Bah.
Pédé, le vilain mot.
Regarde, c’est Silas le pédé, Silas le mal casé, Silas pas dans la bonne boîte, Silas qui bande pour des poitrines plates…
Ma cigarette, je la fume jusqu’au filtre, autant mourir plus vite puisque les gars comme moi on les aime pas. Pardon Coma. Promis juré, la prochaine fois,
j’tomberais pas amoureux de toi.
Puis Coma comète me demande si j’ai quelque chose  lui dire. Et puis aussi que j’peux tout lui dire. Merci Coma, c’est gentil. Et puis c’est aussi ma tombe. Ça pourrait aussi dire que je mourrais pour lui/à cause de lui/avec lui. Mais j’sais bien que je peux tout lui dire, même les choses les plus embarrassantes, même les « Debbie j’la trouve super chiante ». Mais si je lui dis vraiment ce qui va pas chez moi, il aura honte. Honte de moi, honte de m’avoir connu, honte de m’avoir serré dans ses bras sur le terrain de soccer, de m’avoir dit « je t’aime Silas » quand il était bourré.
J’ai mes orteils qui remuent comme des dingues dans mes baskets pourries.
Peut-être qu’ils ont honte, eux aussi.
Oui, je marmonne. Quoi, oui ? Oui j’suis pédé, j’suis pédé, j’aime pas les filles, je comprends même pas comment tu fais pour embrasser Debbie… J’ai hurlé quand j’ai dis pédé. J’ai crié la vérité en le regardant droit dans les yeux (ça suffit de fixer le bitume). Ses yeux qui ressemblent à deux violents orages. Des tempêtes océanes. J’ai chaud froid chaud froid chaud.
Je veux pleurer, partir en courant. Monter sur mon vélo, m’enfuir. Je transpire et j’ai le cœur qui bat comme s’il allait mourir. J’aurais pas dû. J’aurais pas dû lui demande ce qu’il pensait des gars comme moi. Ça l’a froissé/fatigué/énervé. Et puis son visage qui sait plus quoi penser.
Son visage un peu blême.
J’ai les yeux pleins de larmes, ça pèse lourd dans mes paupières.
Je renifle. J’ai trop de nœuds dans le ventre et dans la gorge, je peux plus rien ravaler. Pas mes larmes, pas mes mots. Mais c’est encore plus la honte de pleurer devant Coma que d’être pédé, non ? J’suis désolé, je dis avec la voix qui tremble et les yeux qui voient plus rien du tout à cause de l’eau salée qui s’accumule sur le précipice de mes paupières. Je me détourne de lui pour regarder de l’autre côté. Je focalise ma vision sur un tronc d’arbre. On dirait que y’a des trucs gravés dedans, et l’écorce a l’air toute vieille et toute abîmée.
(J’en profite pour pleurer un peu). Je laisse rouler quelques larmes, histoire de vider mes poches lacrymales. Je crois que c’est comme ça qu’on dit. J’ai peut-être pas assez écouté en sciences. j’étais peut-être trop occupé à regarder Coma, j’sais pas… Mes reniflements doivent me trahir. Ça doit lui crever les tympans de m’entendre pleurer comme une fillette de six ans.
Mais tu sais j’peux comprendre si tu veux plus être mon ami après ça. Parce que tu sais tu m’vois peut-être plus pareil maintenant et tout ça… C’est pas grave, hein, c’est pas grave. Ce serait la fin du monde. Tu m’abandonneras pas, Coma, hein ? Moi tout ce que je voudrais là, c’est qu’il me prenne dans ses bras (devant tout le monde) et qu’il me dise que c’est pas grave, que ça change rien, que j’te juge pas mon Silas, c’est comme ça. Tu le diras pas à Debbie, hein ?
C’est tellement plus facile de lui parler le dos tourné. C’est tellement plus facile de pas voir son visage se transformer au fil de ses émotions quand je lui parle. Au moins l’arbre il change pas. L’arbre il s’en fout de qui je suis, de ce que je suis.
Merci, l’arbre.

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Dim 17 Aoû - 16:02

Sa réponse reste coincée dans ma tête pendant que j’attends la prochaine, j’veux pas faire ça pour faire bien voir, les mots ricochent contre les bords de mon crâne sans trouver la sortie de secours, et en attendant, ça chante en boucle dans ma tête. J’veux pas faire ça pour me faire bien voir / j’veux pas faire ça pour me faire bien voir / j’veux pas
Moi, j’veux faire ça pour me faire bien voir.
Je t’emmerde.
- Oui.
Looping. Cœur, tête, tout ça.
- Oui j’suis pédé, j’suis pédé, j’aime pas les filles, je comprends même pas comment tu fais pour embrasser Debbie…
J’ai envie de lui dire crie pas, crie pas comme ça, crie moins, allons, t’as pas honte de toi, là, les gosses, ils pourraient nous entendre, et aussi le vent, les nuages, le soleil, les oiseaux, la pollution, les arbres et les troncs d’arbres, les skates, le bitume, ils pourraient t’entendre et ils iraient le dire à tout le monde au lycée. T’as pas honte ? Moi, j’ai honte de penser comme ça mais je le pense quand même et j’ai encore plus honte. Si j’avais des trous dans mes chaussures comme il y a des trous noirs dans la croûte de l’univers, je peux te dire que j’y mettrais des coups d’orteils, à l’heure qu’il est, comme toi.
Putain, mais va-t’en, tâche.
- J’suis désolé.
Il me tourne le dos et …
Oh, je veux pas savoir.
- Mais tu sais j’peux comprendre si tu veux plus être mon ami après ça. Parce que tu sais tu m’vois peut-être plus pareil maintenant et tout ça… C’est pas grave, hein, c’est pas grave. Tu le diras pas à Debbie, hein ?
Ça me remonte le ventre côté cœur tout ça, je peux pas, l’entendre pleurer à côté, et moi qui fais rien. Le laisser continuer de parler avec sa voix pleine de larmes. Et puis j’imagine comment ça doit être le bordel dans sa tête, il doit se sentir comme s’il avait une gueule de bois et une grippe à la fois, avec ses idées qui valdinguent dans un sens et puis dans l’autre.
- Hé, Silas … Reviens, r’garde-moi … Rah, chiale pas … Hé, c’est pas grave, hein … On va y arriver … Tu t’souviens de quand on a appris à lire ? Tu sais, quand on bossait encore à l’école, au lieu d’regarder par la fenêtre … Tu t’souviens comme c’était dur ? On pensait que c’était impossible, trop haut pour nous, et puis tu t’souviens comme on a fini par y arriver, tous les deux ? Regarde maintenant, on est forts pour déchiffrer les slogans anti-fumeurs sur nos paquets d’clopes et les prix des bouteilles de vodka, hein ! Et quand ton chat est mort ? Et quand Debbie a failli me quitter ? Bon, ben on a douillé mais on s’en est sortis … Y a pas d’raison pour qu’on reste coincés au péage de la vie cette fois-ci non plus … Pleure pas, ça m’fait d’la pleine …
J’en ai mal à la gorge de tout ça.
Grosse boule chagrin.
Moi aussi, ça m’coûte.
Moi aussi, j’ai envie de chialer.
- Allez, lève la tête, Silas !
Je le force à revenir vers moi et je pose ma main contre sa nuque, puis dans ses cheveux pour les ébouriffer. Un peu de panache, Pollock.
- C’est pas grave. Ça s’arrangera. Et puis j’serai toujours ton ami, dis pas d’conneries. Même si t’avais trois bras ou qu’un seul œil. Tu sais, ta sœur, elle a aussi des copains, j’te présenterai à eux, en cachette, hein ?
Parce que je l’aime, moi, Silas.
Enfin non …
Enfin si …
Oh, ça va être coton tout ça …
Disons : je renverrais la lune côté Chine pour qu’il ait des jours plus longs, je combattrais la pluie pour qu’il ait toujours du soleil, je lui construirais des avions (des vrais, des grands) quand il aura envie de partir en voyage et des montagnes quand il voudra voir du pays, je casserais les gratte-ciel pour qu’il puisse mieux voir les oiseaux, voilà, c’est un peu plus long à dire, mais au moins, y a zéro confusion.
Je m’approche encore un peu de lui et je penche sa tête contre mon épaule. C’est bien comme ça, et j’arrive presque à faire comme si c’était pas bizarre.
- Tant qu’t’es pas amoureux de moi.

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Dim 17 Aoû - 17:51

J’essuie les larmes rageusement, comme si j’essayais de les effacer de mon visage. Pour faire comme si j’avais jamais pleuré. Parce que les garçons ça pleure pas. Coma je l’ai jamais vu pleurer, quoi que peut-être avant, quand on était tout petits et qu’il apprenait à faire du skate. J’peux vous dire qu’il s’en est mangé, des coups de bitume. Ouverts les genoux, les coudes en sang, les mains égratignées. Des bleus partout, même sur le front. Au début il pleurait alors on allait à la maison nettoyer ses bobos. Et puis plus il tombait, moins il pleurait. Il a dû apprendre à faire le deuil de tous ses jeans et ses tee-shirts troués par les gravillons. C’est parce que Coma, c’est un super-héros, il est fort et grand.
Faut jamais l’oublier, ça.
Il me dit reviens, regarde moi, chiale pas. Raté. Je reste loin de lui, le dos tourné, les yeux pleins de perles salées.  Puis il me parle de quand on a appris à lire et de toutes ces épreuves de la vie sous-entendues. Il évoque les engueulades avec Debbie (si seulement ils avaient pu se quitter, ces deux là, peut-être que tout serait différent, aujourd’hui, peut-être que-). Pleure pas, ça m’fait de la peine.
Tu crois que j’en ai pas, de la peine ? C’est pas toi, le pédé, dans l’histoire, je marmonne entre deux reniflements. Je lève la tête quand il me dit de le faire. Je sens la chaleur de sa main sur ma nuque puis dans mes cheveux. Moi j’aimerais mieux qu’il me touche pas, j’aimerais mieux lui dire – rends pas les choses plus compliquées avec tes mains sur moi, Coma.
Oh, si il savait.
La fin du monde (de mon monde).
Et puis sans s’en rendre compte il me dit des choses horribles, Coma. Il me dit que c’est pas grave et que ça s’arrangera. Et c’est comme s’il me disait, t’inquiètes, Silas, tu vas guérir. Et puis il me dit qu’il me présentera les copains de Debbie, en cachette. Merci, charmante attention. J’ai pas très envie de rencontrer des garçons qui ont l’âge de Debbie, moi, tu sais... J’ai pas envie de rencontrer de garçons tout court, j’ai pas besoin d’eux.
Je me retrouve avec ma tête contre mon épaule = moi contre lui. J’ai encore le cœur qui bat comme si j’avais couru dix marathons à la suite. Ça fait drôle de sentir son épaule se soulever avec les mouvements de sa respiration. Ça s’élève et ça s’abaisse tout doucement. C’est incroyablement calme. Tout le contraire de ce qui se passe dans ma tête et dans mon bide (là-bas c’est la troisième guerre mondiale, des coups de larmes, de colère, de honte et d’amour, le genre de mélange qui vous donne envie de vomir/mourir).
Puis il me dit « tant qu’tes pas amoureux de moi ».
Hahahahahahaha.
Je laisse échapper un petit rire gêné. Je suis en train de me mordre l’intérieur des joues très fort pour pas lui hurler que je l’aime. Autant faire d’une pierre deux coups. C’est le jour des grandes annonces, non ? Puis ce serait romantique, là, au pied d’un banc avec des spectateurs de douze ans. Je lui inventerai un poème au fil de ma déclaration pour officialiser la chose.
Ridicule.
Je crois que je vais exploser. Coma aura du sang partout sur les mains. Les larmes qui étaient parties sont revenues à la charge. Et puis faut que j’dise quelque chose. faut que j’dise quelque chose ou alors il va se douter de quelque chose. Tu parles, j’tomberais jamais amoureux de toi, t’es fou, je dis, toujours avec ce petit rire incrédule entre chaque mot.
C’est horrible. J’avais exactement la même attitude quand j’lui disais mais t’es fou jamais je serais pédé moi c’est trop la honte. Oh non. Il va savoir. Est-ce qu’il va se douter de quelque chose ? Bien sûr que oui qu’il va se douter de quelque chose. Il va repousser ma tête et me regarder en se disant « merde merde merde ». Je crois que c’est ce que je penserais si j’étais lui.
Et j’aurai préféré être lui.
Je mets des distances (je m’écarte suffisamment pour pas avoir à l’effleurer) et m’appuie contre le banc.  C’est comment, d’être toi, Coma ? Je lui demande. Ça fait quoi d’être beau, d’être fort, d’être un super héros ? Et puis ça fait quoi d’embrasser une fille ? D’embrasser tout court ? Est-ce qu’on est obligés de fermer les yeux ou alors on peut regarder la personne ? Dans les films ils ont tous les yeux fermés.
Et puis Debbie elle ferme les yeux.
Et Coma aussi.
Peut-être qu’ils veulent pas se regarder. Peut-être qu’ils veulent pas tomber amoureux.
Tant mieux.

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Lun 18 Aoû - 18:30

Tant qu’t’es pas amoureux de moi
Tant qu’t’es pas amoureux de moi
Tant qu’t’es pas amoureux de moi
Tant qu’t’es pas amoureux de moi
Non mais on déconne à fond la caisse là, et puis quoi encore, il va se dire oh mais il se prend pour qui celui-là, il croit quoi, que parce que la jolie Debbie veut bien lui prendre la main en public, les autres filles et les garçons vont le trouver beau, eux aussi, à être amoureux de lui. Palme d’or du crétin. Quel délire. Quelle tâche, toujours elle, faudrait la nettoyer. Coma c’est quoi, Coma déjà c’est un prénom de travers, et Coma c’est personne en plus, littéralement. Nobody. Coma c’est un gosse qui voudrait être un géant mais qui est pas foutu de prendre un virage correct sur son skate. Et puis c’est mon ami, mon meilleur de mes amis, et moi aussi. On tombe pas amoureux de son meilleur ami. C’est vrai que son meilleur ami on le voit dans les vestiaires en sport et puis aux toilettes mais on le voit aussi pleurer (être moche de larmes), se casser la gueule (se couvrir de bleus pas très esthétiques), dormir (baver). Tu peux pas être amoureux après ça. Tu peux pas. En tous cas, pas Silas et moi.
Bref. « Tant qu’t’es pas amoureux de moi », c’était pas une bonne idée.
Et d’ailleurs, je sais pas quels garçons il peut aimer, Silas.
Des tarés ?
Des posés ?
Des de travers ?
Des réparés ?
Des foutus en l’air ?
- Tu parles, j’tomberais jamais amoureux de toi, t’es fou.
(Oui)
Il doit aimer des garçons comme lui, des beaux, des vrais avec une bouche de fille, comme un cœur, avec un corps maigrichon qu’on a peur de casser en le serrant trop contre le sien, avec des cheveux absolument dingues, à base de paillettes qui pointent vers les étoiles, avec des yeux qui envoient dans l’océan, des mains qui fabriquent du bonheur, une voix-à-belles-choses. Des garçons comme ça. Je crois.
- C’est comment, d’être toi, Coma ?
Je me marre. Et les étoiles avec moi. Et les gosses là-bas je suis sûr. Mais jaune. Et vert-malade. Et bleu-triste. Un arc-en-ciel de rire pour faire façade.
- C’est pas drôle. C’est bien quand t’es là mais autrement, c’est pas drôle.
Peut-être que sa question en cache une autre, peut-être que sa question demande c’est comment d’aimer les filles, bah je vais te dire mon gars, moi, de fille, j’en aime qu’une, et encore, avec des guillemets autour pour décorer. Bref, tout ça pour dire que c’est pas du repos. Mais tu sais. Mais tu te doutes. Avec « aimer » y a pleins de choses chiantes qui se ramènent.
Poids sur les épaules.
Blues amoureux.
Et quelques fois du soleil.
- Silas, tu … tu vas l’dire aux autres ?
J’ai envie de dire « ça ». Ça, là, ton truc que tu portes en toi comme une maladie. Va falloir que je me calme avec ça. Il est pas près de s’accepter si je le dénigre, et les autres, non plus. Va falloir qu’on en parle, que je me mette de côté, de toute façon c’était chiant de parler de ça, de Coma, du mec qui « veut se faire bien voir » (tes mots).
- T’en as déjà embrassé un ? De garçon ?
Je lui pose la question avec mes yeux droits dans les siens : océan. Pas parce qu’il a pleuré (l’océan), mais parce que c’est toujours comme ça, pour Silas, dans ses yeux c’est toujours la grande mer, le pacifique tout entier, et des fois, quand je suis triste, j’y pars en croisière, ça m’aère. Bref, je vois ses yeux. Et je vois toute la peine qui s’y promène.
- Excuse, t’as p’têtre pas envie d’en parler.
(Mais moi, j’ai besoin)
Je veux comprendre et je veux être au courant aussi.
Quand est-ce qu’il a compris qu’il aimait les garçons, et pas les filles. Est-ce que quand je vois une jolie fille, lui, ça lui fait le même effet quand il voit un joli garçon. Est-ce qu’il préfère vraiment aimer les garçons ou est-ce que ça lui est juste tombé dessus - abat d’eau. Je l’ai jamais vraiment vu avec un autre garçon que moi, Silas, alors je me demande de quoi il aurait l’air, là, s’il tenait un autre garçon par la main ou dans ses bras. Nous, je nous ai croisés plusieurs fois dans des miroirs ou des vitrines ou des photos et on """allait bien ensembles""" mais c’est pas pareil.
Je peux pas l’imaginer avec un garçon (amour).
Parce que je peux pas m’imaginer avec un garçon.

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Lun 18 Aoû - 20:35

Coma me dit que c’est pas drôle d’être lui. Moi ça me fait froncer les sourcils, ça me fait faire un sourire à l’envers. Est-ce que ça veut dire qu’il est triste, parfois ? Est-ce que ça veut dire qu’il pleure, qu’il pense à mourir, qu’il se dit que la Terre tournerait mieux sans lui ?
Je tournerais pas rond sans Coma.
Je rentrerais dans tous les poteaux du monde, je me casserais la gueule à chaque pas. Des bleus partout, personne pour me relever, des larmes sur les joues, personne pour les sécher. Pour qu’il soit heureux, faut jamais que je lui dise Coma je t’aime, Coma je suis amoureux, amoureux de toi. Alors je vais me taire et je vais jouer au créateur de bonheur, de sourires, de rires, de paillettes au fond des yeux, de courses-poursuites sur le bitume brûlant de la route les jours d’été…
Moi j’suis sûr que c’est pas si terrible que ça, d’être Coma Nobody… demi-sourire sur ma bouche de fille. Puis à un moment il me demande si je vais le dire aux autres. J’ai mes mâchoires qui se serrent un peu fort, ça tire sur les muscles, c’est presque douloureux. J’ai les orteils qui dansent dans mes baskets, ou alors ils essaient de fuir. Et puis il me demande ça droit dans les yeux, le bougre. Je peux pas lui échapper.
Je me liquéfie sous ses iris-tempête.
Je… j’sais pas, moi… Tu m’en poses, des questions. Mais pour sûr que j’arriverai pas au lycée en me mettant au milieu de la cour, les mains en porte-voix, en hurlant que je suis pédé. Je suis pas prêt de faire mon coming-out. Pas prêt du tout. Y’a que lui qui le sait. Et puis Oliver, qui l’a deviné depuis le tout début (ça doit être le sixième sens des homos). T’imagines, le jour où Debbie sera au courant… Le jour où mes parents seront au courant… Je me jetterai par la fenêtre de ma chambre. Ça voudra dire que je gère plus rien du tout. Ce sera une tempête dans mon cerveau, avec des navires qui s’écrasent contre des falaises et moi qui m’écrase sur le trottoir. J’assume pas du tout. Parce que j’ai l’impression de pas être
normal.
D’être bancal, paralysé d’une partie du cerveau, monté à l’envers. Ils ont peut-être oublié une pièce dans la fabrication de SILAS. La pièce qui fait qu’un garçon aime les filles…
Puis Coma il me demande si j’en ai déjà embrassé un, de garçon. Et tout de suite après, il s’excuse. J’ai le feu qui me monte aux joues, incendie brûlant sous le visage. J’ai jamais embrassé personne tout court… je marmonne entre mes dents serrées. C’est vraiment gênant. Dix-sept ans, jamais embrassé de fille et encore moins un garçon. Jamais connue, la sensation de ma bouche contre une autre bouche. Jamais connue, la sensation de mes mains sur la peau et de ses mains sur ma peau. Mais connu, l’amour, connu, le tourbillon dans le ventre, le cerveau qui se retourne, les yeux écarquillés, la colère-jalouse, les rêves fiévreux…
Mais tu sais, je comprends pas pourquoi je préfère les garçons. J’sais pas. J’sais pas d’où ça vient. J’ai pas choisi, c’est comme ça. Je crois que j’aurai préféré aimer les filles et pas avoir à me retourner le cerveau dans tous les sens comme maintenant. Ça me tue d’être pédé. J’ai l’impression d’être handicapé… C’est… c’est difficile. C’est encore plus difficile d’être amoureux de Coma. D’être là, face à lui, à lui parler de ma maladie les yeux dans les yeux. De savoir que lui ça lui fout les boules et la honte en même temps. Mais moi j’ai envie de toucher son visage et son dos et ses cuisses. C’est lui que j’aimerais embrasser…
C’est. Lui.
Et c’est comme ça, ça se commande pas autrement. C’est mon corps et mon cœur qui veulent ça à deux. C’est eux qui battent et qui se battent pour qu’un jour moi aussi je connaisse l’explosion, le dérèglement des sens.
Je me demande ce qu’il ressent Coma, quand il me regarde, maintenant. Qu’est-ce que ça lui fait ? Est-ce qu’il frissonne, est-ce qu’il a peur, est-ce qu’il m’aime pareil ? Moi je crois qu’il me voit différemment. Et que peut-être que pour les prochaines fois ce sera plus vraiment pareil. Il fera peut-être plus attention, à où il met ses mains. Peut-être qu’il voudra plus se mettre en maillot de bain devant moi. Peut-être qu’il voudra plus se changer à côté de moi dans les vestiaires.
Moi j’aimais bien regarder son dos
et ses muscles rouler sous sa peau. Des vagues de chair pour lui, des vagues d’amour pour moi.
Eh, Coma… Tu crois que ça dure toute la vie, d’être pédé ? Et comment j’fais moi, si j’tombe amoureux d’un gars qu’aime pas les gars comme moi ? J’fais comment… Les yeux qui se baissent.
Pour ne plus voir.

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Mar 19 Aoû - 10:10

- J'ai jamais embrassé personne tout court ...
Et son coeur dit aïe.
Je l'entends.
Comme si c'était le mien.
J'avais jamais parlé de ça avec Silas. Pudeur du meilleur copain. En fait il en est à peu près au même point que moi. Zéro. J'aurais jamais cru ça parce que parfois le soir, quand on va dans d'autres maisons, Silas, il disparaît, alors forcément qu'il va embrasser des filles (bon, des garçons) leur enlever leur t-shirt. C'est ça que je me disais. En fait non. En fait si tu le regardes mieux Silas il a la bouche-poussière, ses lèvres vierges de d'autres lèvres. Et s'il a jamais embrassé personne, alors il a encore moins fait l'amour. Moi, si. Je suis sûr que c'est bien quand c'est pas avec Debbie. Faire l'amour et embrasser.
Mal de cœur pour lui.
Et en même temps j'ai envie de m'énerver de lui dire mais putain mais si t'as jamais embrassé quelqu'un alors comment tu sais que c'est les garçons que tu préfères ? Comment on sait qu'on aime (les filles ou les garçons) ?
Peut-être qu'il a juste su.
Moi j'ai jamais rien su. Qui j'étais. Où j'allais. Avec qui. Pourquoi. Pour faire quoi. Pourquoi le faire.
- Mais tu sais, je comprends pas pourquoi je préfère les garçons. J’sais pas. J’sais pas d’où ça vient. J’ai pas choisi, c’est comme ça. Je crois que j’aurai préféré aimer les filles et pas avoir à me retourner le cerveau dans tous les sens comme maintenant. Ça me tue d’être pédé. J’ai l’impression d’être handicapé… C’est… c’est difficile.
(Je regarde très fort du côté de mes genoux.)
- Eh, Coma… Tu crois que ça dure toute la vie, d’être pédé ? Et comment j’fais moi, si j’tombe amoureux d’un gars qu’aime pas les gars comme moi ? J’fais comment…
Ça me fait triste de le voir comme ça. Avec ses yeux océan qui vont bientôt déborder. Il devrait pas être comme ça. Je devrais être en train de le rassurer, parce que je (l'aime). Il devrait pas être comme ça en train de ramer à fond les ballons.
- Arrête de t'inquiéter comme ça. Ce sera comme tout ... un putain de grand voyage avec les trucs cools et les trucs pas cools. Eh, ça ira ... De toute façon, je te tiens. Toujours. J'te tiens, j'te tiens.
Je te soutiens.
Je te retiens.
Moi je changerai pas Silas. Garçon ou pas garçon. Tu m'empêcheras pas de me foutre à poil devant toi quand je mets mon pyjama le soir ou de me promener en serviette après la douche. Et moi non plus je m'en empêcherai pas. Et tout ira bien. C'est ça que mes yeux lui disent et puis aussi je te trouverai un bon gars moi, un que tu aimeras et qui t'aimeras (aimera les garçons). Y a Oliver. Oliver tu sais il te regarde avec les yeux de l'amour.
Silence.
- Viens.
C'est limite si je lui prends pas la main, non, faut pas exagérer là, mais je pourrais, parce que ça aussi il y a toujours coupé, tenir la main de quelqu'un avec de l'amour derrière. C'est que moi, pour Coma, j'ai pas trop d'amour derrière. Enfin, pas comme ça. Sans la main je l'emmène derrière le gros arbre gravé de cœurs.
L'arbre il est tellement grand qu'il peut bien cacher un Silas et un Coma.
Mon visage tombe vers le sien, comme jamais, comme la première fois.
Boum.
Silas.
À deux millimètres de sa bouche je m'arrête pour :
- Oublie que c'est moi.
(Parfois quand j'embrasse Debbie je fais comme si c'était quelqu'un d'autre.
Et alors, je l'embrasse un peu mieux.
Avec les yeux moins fermés.)
Je mets mes mains sur ses deux épaules parce que c'est comme ça que Debbie s'y est prise la première fois quand elle m'a embrassé. Elle avait dû regarder bien attentivement les vidéos sur internet. Bien étudié comment on fait se toucher les langues et qu'est-ce qu'on fait en premier. On lie les lèvres. C'est ça qu'on fait en premier. C'est ça qu'elle a fait en premier et c'est ça que je fais en premier. Bouche à bouche. Ensuite ses mains sont venues des deux côtés de mon cou. Sa langue est venue effleurer la mienne timidement, juste histoire de dire, eh, je sais faire. Et puis les cheveux, et puis les bras et puis tout ça. Et c'est ce que je fais. Les yeux grands fermés. Nuit. Et Silas contre moi.
J'appréhende de rouvrir les yeux et de tomber sur un visage de garçon.
Celui de Silas.

Moi au final je sais pas qui j'aime.
J'aime Debbie.
C'est ce qu'on dit.

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Mar 19 Aoû - 11:31

Il a baissé les yeux. Je crois que je le mets mal à l’aise avec mes histoires de garçons. J’ai les yeux brûlés. Brûlés de larmes, brûlés d’amour, brûlés à cause du soleil, à cause de la comète-Coma et de ses ravages. Je crois qu’il tient plutôt de l’astéroïde. Brut et puissant.
Puis il m’dit de pas m’inquiéter, que c’est un voyage, un voyage style montagnes russes avec des pointes de vitesse vers le ciel et des chutes libres tout droit sur le bitume. Et puis il me dit j’te tiens. C’est deux mots et demi chargés de promesses, qui veulent dire jamais j’te lâche, jamais j’te laisse tomber, pédé ou pas pédé. Toujours ensemble, c’est bien à ça que ça sert, les amis ?
Les amoureux aussi.
Puis il dit viens.
Sa main sur mon poignet, on se lève du banc et on abandonne le skate de Coma derrière nous. Je me pose pas de question, je le suis un peu bêtement, avec mes baskets qui traînent un peu sur le sol. On est là, derrière un arbre. Cachés de tous le monde. Y’a que ses yeux qui peuvent me voir et mes yeux qui peuvent le voir. Et l’arbre et ses branches et ses feuilles et son tronc épais comme le monde.
J’ai le cœur qui bat comme un fou.
Et ma respiration qui s’étouffe dans ma gorge.
J’ai l’impression d’avoir douze ans et qu’on m’apprend la vie. D’être tout riquiqui à côté de lui, en face de lui. Je vois son visage tout près, il a jamais été aussi près, j’ai jamais vu ses yeux de cet angle-là, ni même son nez, ou sa bouche. D’ici on voit toutes les imperfections du visage, comme une cicatrice de la varicelle ou un bouton qui s’en va.
Oublie que c’est moi.
Oublie
que
c’est
moi.
J’aimerais hurler et lui foutre des coups de poings sur le torse. Lui hurler pourquoi tu fais ça, je croyais que t’avais peur, que t’avais honte, que t’aimais pas, pourquoi tu fais ça, les amis ils s’embrassent pas, les amis il se cachent pas derrière les arbres pour faire des trucs comme ça.
J’ai peur.
Les paumes de ses mains sur mes épaules. Et puis sa bouche sur la mienne (je devrais être heureux, je l’ai rêvé combien de fois, cet instant, mais j’ai envie de pleurer, parce que j’avais pas envie de l’embrasser comme ça, pas aujourd’hui). Mes mains sur son cou, puis qui remontent sur ses joues. Mes doigts emprisonnent son visage tout doucement, ils serrent un tout petit peu la peau, pour la perdre. Je sens les os de sa mâchoire sous mes doigts. J’ai les yeux fermés, et pourtant c’est l’explosion de couleurs derrière mes paupières. J’ai même plus peur de l’embrasser comme un grand, avec la langue, avec les lèvres qui crient encore. Mes mains s’étirent jusqu’à toucher un peu de ses cheveux.
Et puis c’est terminé.
Les doigts tiennent plus rien du tout, ils s’accrochent à l’air en tremblant. Les bras le long du corps, les jambes comme du coton. Les yeux qui veulent pleurer et sourire en même temps. Les cordes vocales qui savent même plus comme fonctionner. Le cœur et les poumons qui tournent à plein régime. Et le goût de lui sur ma langue (goût cigarette comète). Et le parfum de Coma sur mes mains.
C’était trop bizarre.
Comme un voyage auquel je n’étais pas convié. J’ai encore pris le mauvais train, c’est ça ? Et puis maintenant je le regarde avec le bout des doigts qui tremblent et je sais même pas quoi lui dire, je sais même pas comment réagir. Est-ce que c’est le bon moment pour fuir ?
Merci, deux syllabes avouées à demi-mot. Juste merci. Moi j’voulais embrasser une personne que j’aime avec les tripes pour la première fois. Et puis c’est bon. Paillettes dans les yeux, paillettes dans la bouche, paillettes sur les mains. Ça fait ça d’enlacer et d’embrasser une étoile. C’est une propulsion dans les cieux, c’est l’autoroute direction Nuit Noire sur Astres. On les voit pas, mais je suis sûr et certain qu’ils existent, ces panneaux, quelque part dans l’esprit.
Pourquoi t’as fait ça, Coma ? J’ai la voix qui se brise un peu quand je dis « Coma ». J’aimerais relever son menton qui s’obstine à s’abaisser vers le sol. Mais j’veux pas le toucher et risquer de le perdre pour toujours. Pourquoi t’as fait ça, Coma, hein ? Pourquoi moi, pourquoi maintenant, pourquoi derrière un arbre ? Je suis largué moi.
Complètement largué.
Et j’ai envie de chialer parce qu’il m’a embrassé alors qu’il m’aime pas. Qu’il m’aime pas pareil que moi. J’ai l’impression d’être une assiette qu’on a balancée par terre, en mille morceaux. J’ai pas envie d’être un puzzle.
(mais je lui en veux pas parce que c’était quand même bien et beau et fort et que c’était peut-être la première et dernière fois)
Il peut m’embrasser autant de fois qu’il veut.
Même s’il m’aime pas,
ça me dérange pas tellement, finalement.

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Mar 19 Aoû - 18:40

J’aurais pas dû.
J’aurais jamais dû.
1. Il va croire que je suis pédé
2. L’arbre va croire que je suis pédé
3. Et bientôt tout le monde va croire que je suis pédé, on dira dans la rue, eh tu sais quoi, ben Coma Nobody, il est pédé. Nooooon … Eh si …
4. Tout va être bizarre entre nous. Ou alors, on est très forts.
- Merci.
C’est ce qu’il dit. Silas. La première chose post-baiser qu’il me dit. Merci. Sous-entendu merci pour ce premier baiser, je suis sûr que c’est ça. Je suis un peu content dans le fond du fond. Qu’il l’ait enfin eu son premier baiser. Par moi, qui (l’aime). Dix-sept ans c’était plus possible. Pas mon Silas. Il est trop beau pour ça. Je dois répondre quoi moi. De rien ? Je peux juste pas m’empêcher de penser que moi aussi pour la première fois j’ai embrassé quelqu’un que j’aimais.
Et d’être content.
Et de me détester pour ça.
- Pourquoi t’as fait ça, Coma ?
Je le regarde et puis j’arrête. Pourtant on peut pas dire qu’on se soit vraiment regardés pendant qu’on s’embrassait, en fait, on fermait tranquillement les yeux. Mais je sais pas, je me sens pas de le regarder dans les yeux après une question comme ça. À la limite, le regarder dans le cou, pourquoi pas. Et c’est ce que je fais.
Cou.
Cou.
Rien d’autre que cou.
J’ai encore Silas sur mes lèvres, Silas dans ma bouche, Silas contre ma peau, Silas sous mes doigts, Silas contre ma langue, Silas dans ma nuque et dans mes cheveux. Mon corps goûte Silas de partout. Il se souvient de lui comme jamais il s’est souvenu de quelqu’un. Je sens son parfum quand je secoue mes mains et j’ai son goût quand j’avale ma salive. J’ai l’impression que je vais rester dans cet été pour toujours. Comme une maladie. Comme un rappel. Comme une punition indélébile. Qui partira ni au karcher ni à la machine à laver (même avec beaucoup beaucoup de détachant).
J’arrive toujours pas à comprendre ceci dit. Pourquoi j’aime les filles et pourquoi il aime les yeux garçons, parce qu’un baiser entre garçons, ça a la même saveur qu’avec une fille.
C’estmêmeencoremieux.
Ce sera ça mon argument la prochaine fois que je croise un connard d’homophobe. (Non mais écoutez-le celui-là … Je ferai rien du tout … Parce qu’alors cette crevure de merde me dira « eh mais qu’est-ce que t’en sais toi ? » Haha … Mais rien … Ou plutôt tout, en fait …)
Pourquoi t’as fait ça, Coma ?
Cou.
- Je sais pas, je …
J’en reviens pas d’avoir fait ça. D’être toujours Coma Nobody après avoir fait ça. J’ai l’impression d’avoir cassé quelque chose et en même temps d’avoir ouvert une porte qui donne sur un nouveau monde. Qui me fait peur et qui me donne le vertige. Dans ce nouveau monde, j’ai chaud et j’ai froid, j’ai le cœur qui bat tellement qu’on dirait que j’ai une fanfare dans les artères (du genre pas très discrète, que tout le monde peut entendre) et puis Silas est très très beau.
(Avec ses poignets et avec ses bras.)
- Je l’ai fait pour toi.
Il paraît.
- Désolé.
Je me retourne. Tangue sur mes jambes. Comme si j’avais trop bu. Fais le tour de l’arbre. Retrouve le banc. Mon skate. Je pose mes pieds dessus et je le fais aller doucement de gauche à droite, et puis l’inverse. Comme si je le berçais. Comme si j’avais les pieds sur la mer. Comme si j’étais à ça de chavirer mais que je tenais encore sur mes vagues. Je sais pas où est Silas et les gosses sont trop loin pour me voir (pour s’occuper d’un taré pareil) alors j’en profite pour laisser tomber quelques larmes. Des larmes salées-colère-incompréhension. Même de voir ces faux anges voler de haut en bas sur leurs petites planches ça me fout le blues. Quelle merde. Tout ça. Quelle merde. Moi. Je renifle et j’ai l’impression d’avoir six ans mais pas dans le bon sens. Six ans dans le sens gros bébé qui pleure des larmes brûlantes après avoir embrassé son meilleur ami sans savoir pourquoi.
Si, pour lui faire plaisir.
Dit-il.

Je me retourne je le cherche.
Tu crois qu’il pleure lui aussi ?

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Mar 19 Aoû - 20:09

On se regarde partout sauf sans les yeux. Je sais pas où ses yeux sont posés (j’espère quelque part sur moi, ça me rendrait un peu heureux, un tout petit peu). Les miens le sont sur sa main, sa main molle au bout de son bras. Sa main qui était pourtant si bien, là-haut, perchée sur mon épaule… Et ses doigts qui serraient un peu mon tee-shirt, juste de quoi ne pas nous perdre dans le tourbillon de sensations.
Et finalement Coma répond.
Trois mots.
Je
sais
pas.
J’avais espéré autre chose, des mots plus doux, qui tremblent moins. Des mots-bonheurs, des mots doux, murmurés de loin mais rien qu’à moi. Puis il dit qu’il l’a fait pour moi et qu’il est désolé. J’ai un peu du mal à déglutir ma salive. Ça me rend un peu triste, j’aurai aimé qu’il le fasse pour lui aussi. Est-ce que j’ai été nul, est-ce que j’ai fait ce qu’il fallait ? Moi j’ai pas l’impression qu’on ait cafouillé, qu’on ait raté nos mouvements. Je suis sûr qu’à regarder, c’était une jolie chorégraphie de bouches amoureuses (du moins de mon côté). Puis moi ça m’a fait une sensation de feu d’artifice/paillettes/étoiles/grand frisson.
Je reste à fixer les veines de sa main (rivières bleues et violettes sur fond de peau pâle et mal assurée, est-ce qu’on pourrait en faire un tableau ? je l’accrocherai dans ma chambre, en face de mon lit, pour inspirer mes rêves). Et puis il s’en va. C’est seulement quand il a le dos tourné que je lève mes paupières sur le sommet de son crâne. Sur ses cheveux. J’ai un sourire triste qui chevauche mes lèvres, qui s’y installe, qui s’y endort.
C’est moi le plus désolé d’entre nous, Coma.
Désolé d’être un garçon, désolé d’être ton meilleur ami, désolé que tu te sois senti obligé de m’embrasser, désolé d’avoir forcé ton geste, désolé de te déboussoler.
Je vais pas le rejoindre maintenant. Je peux pas le rejoindre maintenant. Je me sens bête et paralysé, comme si on m’avait assommé de plusieurs coups de poings. Ça fait aussi mal, j’vous jure. On devrait compter les plaies qu’on a à l’intérieur de soi, on pourrait faire des records. Records-souffrance. Des maux et des chiffres.
Je m’assieds par terre, contre mon copain l’arbre. Il s’en fout, lui, qu’il y ait des garçons qui s’embrassent, les pieds sur ses racines. Il a dû en voir, du monde. Des peines de cœur, des mots avoués à voix basses, des promesses, des chagrins d’amour et des chagrins tout court. C’est peut-être pour ça qu’il a l’écorce aussi abîmée. Peut-être qu’il aimerait voir les gens sourire un peu plus souvent. Sourire de partout, avec les mains les yeux le nez et la bouche. Entendre des rires et des soupirs heureux. Du bout des doigts je frôle son écorce rugueuse et je pense : désolé mon vieux, c’est pas pour aujourd’hui.
Peut-être demain.
Ou dans quelques jours.
Faut laisser l’orage passer. La pluie tomber. Le soleil finit toujours par revenir, non ?
Puis il s’en fout, l’arbre, il doit avoir au moins un siècle de vie derrière lui. Nous, on a pas autant à vivre. Je fais basculer ma tête en arrière (pour essayer de regarder le ciel à travers les branches et aussi et surtout pour pas pleurer encore).
T’es beau, Coma, t’es beau t’es beau t’es beau, personne peut m’entendre, enfin moi j’espère que personne peut m’entendre. Et puis j’aimerais dire je t’aime Coma, je t’aime je t’aime je t’aime. Mais ce sont des mots que je veux hurler. Ou alors écrire sur les murs du lycée « JE SUIS AMOUREUX DE COMA NOBODY ». Et ma tête qui cogne à plusieurs reprises l’écorce de l’arbre.
Boum boum boum.
Et mon cœur qui tambourine dans ma poitrine.
Ça fait bizarre d’être quelque part sans lui. De le savoir à quelques mètres. Peut-être qu’il fume une cigarette, peut-être qu’il regarde les enfants crier et s’amuser sur la structure.
Peut-être qu’il est parti parce qu’il assumait plus rien du tout. C’est pas grave. On se verra demain et on fera comme si rien ne s’était jamais passé. C’est facile, non ? Suffit de pas se regarder dans les yeux, suffit de pas regarder sa bouche, suffit de pas se souvenir… Je me lève finalement et moi aussi je contourne l’arbre, je marche dans les pas de Coma.
Il est là.
Et il a l’air terriblement seul.
Les pieds sur son skate qui roule tout doucement sur ses pieds. Gauche, droite, gauche, droite. Je l’entends renifler. Est-ce qu’il… pleure ?
???
Mon soupir s’étrangle dans ma gorge. C’est à moi de devenir un super-héros. Je m’assieds à côté de lui. Eh, pleure pas, eh. Ça va, Coma. Ma paume se pose sur sa main sans que je fasse vraiment attention. J’aurai aimé prendre son visage dans mes mains ou le tenir contre moi –  mais trop de monde autour, et puis, pas à la vue du ciel et des arbres et de la Terre entière. Et puis pourquoi tu pleures… ? On le fera plus jamais, ça, plus jamais.
C’était juste une fois, juste comme ça. Pour rigoler. Non, c’était pas du tout pour rigoler. Vous auriez dû voir sa tête. Il avait ce visage des grands jours, des moments importants, des « bon, écoute, faut que j’te dise quelque chose ». Je sais pas quoi lui dire. Je sais pas comment le réconforter. Je suis nul. Je peux pas le prendre dans mes bras, pas lui dire des mots qui font chaud au cœur, j’voudrais pas qu’il sache à propos de moi pour lui.
C’est pas à cause de moi que tu pleures, hein, dis ? Oh, ta gueule, Silas. Tu veux… tu veux rentrer chez toi ou-  ou boire quelque chose, je- j’sais pas.
Je pourrais plus jamais le regarder pareil.
Ça va crever les yeux de tout le monde (surtout les miens) qu’il se passe un truc pas net entre nous. Et bingo, j’ai réussi à ravaler toutes mes larmes.
Comme un chef.

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MessageSujet: Re: HAPPY VIOLENCE   Mer 20 Aoû - 10:26

- Putain mais t'es où Silas ... T'es où quand c'est mes larmes qu'il faut éponger ? J'te préviens, si tu t'es tiré comme une fillette, je te ramène par la peau du cul et j't'en mets une dont tu te souviendras toute ta vie ... Allez arrête de faire ton pédé et viens juste être mon ami steuplaît ... J'étouffe là ... J'ai trop d'air ...
Et elles sont où Debbie et Solweig ?
Mes mignonnes petites princesses ?
C'est pas avec elles que ça arriverait ce genre de conneries. Quoique, elles se sont embrassées, elles aussi, une fois. C'était à une soirée, elles étaient déjà bien arrosées (genre fleurs pendant la canicule) et elles ont eu un pari, un truc, une merde, fallait qu'elles s'embrassent et elles l'ont fait. Tout le monde se marrait (et moi). Pourquoi quand deux filles s'embrassent on rigole et quand c'est deux garçons on s'éloigne en les appelant des pédés ?
Et quand je parle (toute seul) y a des larmes qui se coincent dans ma voix, qui tombent sur mes lèvres et me font parler mouillé.
(Ma voix aussi pleure.)
J'ai besoin de lui là.
J'ai besoin qu'il vienne et qu'il me dise des jolies choses pour remettre mon cœur à l'endroit, au bon endroit (il est tombé, s'est décroché, il se promène sûrement côté genoux là). J'ai besoin de m'allonger sur le goudron avec lui et de lui dire : Silas j'ai fait une bêtise, tu vois qui c'est mon meilleur ami, eh ben, il est pédé, et moi je l'ai embrassé. Sauf que c'est lui mon meilleur ami, Silas, alors je sais pas comment faire. Les pinceaux se mélangent (avec les larmes).
Boum badaboum au cœur quand quelqu'un prend ma main.
(C'est Silas)
J'ai envie de dire non mais dégage tu te crois où là, je décale juste mes doigts de quelques millimètres pour les garder pour moi. Il a déjà eu ma bouche. Je peux pas donner plus. Sinon c'est burnout. Explosion moi. Des bouts de Coma sur les mains de Silas.
- Eh, pleure pas, eh. Ça va, Coma. Et puis pourquoi tu pleures… ? On le fera plus jamais, ça, plus jamais.
Mon visage fait oui.
Plus jamais les baisers.
En plus je crois que je l'ai embrassé deux fois parce qu'à un moment j'ai quitté sa bouche pour bouger ma tête et je suis retombé sur ses lèvres. Deux fois. Oh misère.
- C’est pas à cause de moi que tu pleures, hein, dis ? Tu veux… tu veux rentrer chez toi ou- ou boire quelque chose, je- j’sais pas.
Des mots toujours, qui se trébuchent par dessus et qui me rendent encore plus dingue.

D'habitude quand je pleure Silas me prend dans ses bras.

- Pourquoi je suis pas un invincible ?
Un Hulk de couleur humaine ? Pourquoi je me prends toujours tout en pleine gueule ? Pourquoi à chaque fois que je bouge un doigt ou la bouche ça m'affecte puissance étoile filante super mortelle ? Pourquoi je suis pas capable de tout laisser érafler seulement la surface ? Elle est solide pourtant ma surface. Pleine de vernis et de Debbie. Chui une tafiole.
Debbie ...
Debbie elle va le sentir. Silas, partout sur mon corps. Elle va le retrouver sur mon épiderme et sur (dans) ma bouche. N'importe qui d'autre elle aurait pas cramé mais son frère, si. Elle est pas (aussi) conne (qu'on le dit). Debbie, elle va m'embrasser demain matin et elle va avoir le goût de son grand frère dans la bouche. Elle va froncer les sourcils et je serai incapable de lui expliquer quelque chose sans pleurer.
Je regarde les mômes.
Qu'est-ce que je disais tout à l'heure ?
Ils savent pas ce qui les attend.
Ben, moi non plus, je sais pas, je sais plus. Hier je savais très bien. Debbie = petite copine (il faut l'embrasser) / Silas = meilleur ami (il faut pas l'embrasser). Maintenant j'ai le cerveau en pagaille, des nœuds partout, de la colère et de la honte et de la tristesse et de l'amour et de la gêne et de la peur. Et de l'amour.
Non pardon.
Rayez ça.
Pas d'amour.
Je soupire d'un soupir-d'après-larmes. Ça sonne lourd et encore bien humide, bien tremblant dans la respiration. Pas très sûr de lui le Coma.
Je le regarde et j'ai les yeux qui disent méchamment : t'as intérêt de le dire à personne. Puis j'ai la bouche qui se marre presque. Parce que s'il le dit, que je l'ai embrassé, je gueule qu'il est pédé. Ça ira, on va faire semblant. Je suis doué à ça, lui pas trop, mais tellement doué que je peux le faire pour deux. Je le fais bien pour Debbie.
- On s'casse.
Je sais pas depuis combien de temps on est là, depuis quand je suis arrivé et puis depuis quand il m'a rejoint. Je sais pas si on a d'abord parlé des pédés ou des habits de Debbie. Je sais pas à quelle heure exacte on s'est embrassés (je l'ai embrassé) mais je sais que je veux partir d'ici pour laisser tout ça derrière moi. Silas
Et Coma
Contre un arbre
En train de s'embrasser
(Et tout le reste qui va avec.)
Sur mon skate je pose qu'un pied, l'autre me pousse dans la rue, je suis prudent, pas d'excès de vitesse. Je suis pas encore sûr de mes jambes (elles sont devenues coton) et de ma tête qui est comme si j'étais bourré. De mon corps-Silas complètement désorienté. Je sais pas où on va. Techniquement et métaphoriquement. Je renifle encore mes larmes. Je suis pitoyable, misérable, lamentable.
Je le regarde et je me marre, sorti de nulle part.
Les nerfs.
Ça te fout en l'air.

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